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Note de lecture sur un passage du Dix-Huit Brumaire de Louis Bonaparte de Karl Marx.
Par Olivier Ritz et Marine Roussillon.




dix-huit-brumaire.jpgNous nous sommes beaucoup interrogés ces derniers temps sur l'impact de l'individualisme sur la lutte des classes: n'avons-nous pas sous-estimé l'importance de l'idéologie ? En ne menant pas suffisamment le combat idéologique, n'avons nous pas laissé s'installer un individualisme nocif à toute vélléité d'organisation collective, de lutte, de solidarité ?

Marine a déjà réfléchi, ailleurs, sur les contradictions de l'individualisme caractéristique de l'idéologie dominante et sur les possibilités d'exploiter ces contradictions pour faire triompher l'aspiration à l'émancipation individuelle et collective, et le projet communiste. Nous souhaiterions plutôt ici recontextualiser cette question de l'individualisme dans un double rapprochement: rapprochement historique d'abord, qui permettra de ne pas se laisser abuser par les apparences de nouveauté du phénomène, rapprochement économique ensuite, qui posera les jalons d'une réflexion sur les fondements économiques de cette évolution idéologique.

Pour points de départ, un passage de Marx, repéré au hasard d'une lecture, et un rapprochement fréquent et sûrement trop facile entre notre actuel président et le premier président de la République élu au suffrage universel en France: Louis Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III.

Karl Marx a fait le récit de la courte histoire de la Seconde République et de la prise de pouvoir de Louis Bonaparte dans un ouvrage intitulé Le Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte. Dans le dernier chapitre, il s'interroge sur la classe sociale qui a permis à Bonaparte de prendre le pouvoir. Il propose de considérer qu'il s'agit de ceux qu'il appelle les paysans parcellaires.

Les paysans parcellaires constituent une masse énorme dont les membres vivent tous dans la même situation, mais sans être unis les uns aux autres par des rapports variés. Leur mode de production les isole les uns des autres, au lieu de les amener à des relations réciproques. Cet isolement est encore aggravé par le mauvais état des moyens de communication en France et par la pauvreté des paysans. Leur terrain de production, la parcelle, ne permet, dans la culture, aucune division du travail, aucune utilisation des méthodes scientifiques, par conséquent, aucune diversité du développement, aucune diversité de talents, aucune richesse de rapports sociaux. Chacune des familles paysannes se suffit presque complètement à elle-même, produit directement elle-même la plus grande partie de ce qu’elle consomme et se procure ainsi ses moyens de subsistance bien plus par un échange avec la nature que par un commerce avec la société. La parcelle, le paysan et sa famille ; à côté, une autre parcelle, un autre paysan et une autre famille. Quelques dizaines de ces familles forment un village et quelques dizaines de villages un département.

Ainsi, la grande masse de la nation française est constituée par une simple addition de grandeurs de même nom, à peu près de la même façon q’un sac rempli de pommes de terre forme un sac de pommes de terre. Dans la mesure où des millions de familles paysannes vivent dans des conditions économiques d’existence qui séparent leur mode de vie, leurs intérêts et leur formation de ceux des autres classes et les font se confronter à ces dernières en ennemies, elles constituent une classe. Mais elles ne constituent pas une classe dans la mesure où il n’existe entre les paysans parcellaires qu’un lien local et où la similitude de leurs intérêts ne crée entre eux aucune communauté, aucune liaison nationale ni aucune organisation politique. C’est pourquoi ils sont incapables de défendre leurs intérêts de classe en leur propre nom, soit par l’intermédiaire d’un Parlement, soit par l’intermédiaire d’une Convention. Ils ne peuvent se représenter eux-mêmes, ils doivent se faire représenter. Leurs représentants doivent en même temps leur apparaître comme leurs maîtres, comme une autorité supérieure, comme une puissance gouvernementale absolue, qui les protège contre les autres classes et leur envoie d’en haut la pluie et le beau temps. L’influence politique des paysans parcellaires trouve, par conséquent, son ultime expression dans la subordination de la société au pouvoir exécutif.

(Karl Marx, Le Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte, traduction revue par Gérard Cornillet, Messidor/Éditions sociales, 1984, extrait du chapitre VII, pages 188 et 189.)


Bien sûr, Karl Marx décrit là une période révolue, une économie qui n'existe plus, une classe aujourd'hui disparue. Et pourtant...
la similitude de leurs intérêts ne crée entre eux aucune communauté, aucune liaison nationale ni aucune organisation politique. Comment ne pas penser à la division actuelle de la classe ouvrière ? Leurs représentants doivent en même temps leur apparaître comme leurs maîtres, comme une autorité supérieure, comme une puissance gouvernementale absolue, qui les protège contre les autres classes et leur envoie d’en haut la pluie et le beau temps. Comment ne pas lire ici la description de la relation d'une partie toujours plus importante des travailleurs à la politique et aux politiciens ?

Alors, en serions-nous arrivés aux "ouvriers parcellaires" ? Le démantèlement des grandes unités de production et l'importance de plus en plus grande de l'information et des nouvelles technologies dans le processus de production ont contribué à isoler le travailleur, à le séparer de ceux qui font le même travail que lui. Le développement des services a individualisé le travail, la progression de la sous-traitance, en dissimulant le salariat et l'exploitation sous le masque de la petite entreprise indépendante, a contribué aussi à cet isolement. La "parcellarisation" de la classe ouvrière, c'est ce processus qui fait de chaque ouvrier une entreprise à lui tout seul, qui remplace le salariat par la sous-traitance, qui camoufle l'exploitation sous le masque des relations contractuelles. La précarisation, la multiplication des formes de contrats et des statuts, contribuent à diversifier les situations, à singulariser, à isoler. Et tous pensent que leur situation professionnelle est particulière, et  tous ont peur que cette situation s'aggrave.

Voici donc l'individualisme replacé dans un contexte économique : et si cet isolement des travailleurs était l'une des caractéristiques fondamentales du capitalisme d'aujourd'hui, du nouveau capitalisme informationnel qui se développe ?

Le voici aussi situé historiquement: il ne s'agit pas d'un phénomène nouveau, qui invaliderait - comme le pensent certains à gauche - tout raisonnement en termes de classe. Même s'il nous lance évidemment un défi : à nous, communistes, de lutter contre la division des travailleurs en nous opposant à toutes les mesures qui l'aggravent (précarisation, casse du code du travail, diversification des contrats et des status, négociation des modalités de départ en retraite entreprise par entreprise, puis travailleur par travailleur, etc...) et en travaillant à la construction d'une conscience de classe. Un phénomène dont les conséquences politiques peuvent aussi éclairer notre présent : p
ourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il été élu par ceux qui n'avaient pas intérêt à son élection ?

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