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Parti communiste français

42, rue Mouffetard

75005 Paris

Tél. : 01 43 37 44 19

section.pcf5@gmail.com

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Intervention liminaire de Marine Roussillon à l'Assemblée générale des communistes du 5e arrondissement le 29 septembre 2007.

L’échec des présidentielles a amené beaucoup de dirigeants communistes à se poser la question de l’existence du PCF. La France a-t-elle encore besoin d’un Parti communiste ? Il faudrait pouvoir interroger l’analyse qui est à l’origine de cette question, et chercher à déterminer les causes du très mauvais score de Marie-George Buffet aux présidentielles. Je l’ai fait ailleurs, et je me contenterai ici de clarifier les termes de la question : pourquoi l’existence du PCF est-elle en jeu ? Qu’est-ce au juste que le PCF ? Par quoi veut-on le remplacer ?

1. L’existence du PCF, un enjeu du Congrès

Dès le lendemain des présidentielles, un Congrès extraordinaire a été annoncé, dont l’enjeu essentiel est la disparition ou la rénovation du PCF. Le questionnaire envoyé à tous les adhérents en août dernier en témoigne. Il remet clairement en cause la référence au communisme, en demandant : « Quel sens donner aujourd’hui au mot communisme ? Quelle est l’image de ce mot dans l’opinion ? Faut-il continuer à s’y référer ? Le projet communiste ne se définit-il pas principalement « en creux », n’est-il pas d’abord anti avant d’être pour? » Et il n’hésite pas à poser la question de la disparition du PCF au profit d’un nouveau parti : « Peut-on concevoir, à partir du potentiel communiste,militant, historique et intellectuel, son propre dépassement pour poursuivre un projet politique d’émancipation humaine, de visée communiste ? Comment concevoir son rôle d’organisation politique ? Doit-il changer de nom, de mode d’organisation ? La forme « parti » est-elle à revisiter ? Faut-il aller vers la création d’un nouveau parti ? »

On retrouve ici des thèses qui sont celles d’une frange du Parti depuis plusieurs années déjà, autour de Roger Martelli, Patrick Braouezec, etc. La nouveauté aujourd’hui est que ces thèses semblent avoir gagné l’ensemble de notre direction. Marie-Pierre Vieu, membre du CN, amie de Robert Hue, et candidate à la succession de Marie-George Buffet, déclarait ainsi dans L’Humanité du 1er septembre : « il nous faut encore être lucides sur le fait qu’il va nous falloir évoluer, que le PCF pour une large partie de l’opinion est lié à un modèle vécu aujourd’hui négativement, au point de masquer notre apport exceptionnel à la société française. À rester emprisonnés dans des ornières, nous passerions à côté de l’essentiel : être à même d’ouvrir la voie politique révolutionnaire de notre temps. C’est pourquoi, restons attentifs et ouverts aux réflexions et expériences en cours de refondation de la gauche ; j’ai en tête plus particulièrement l’Allemagne et l’Italie. »

Jean-Claude Gayssot, ancien ministre de la gauche plurielle, allait beaucoup plus loin dans une interview donnée à l’Humanité  le 7 septembre : « Je crois que les militants communistes, leur intelligence collective, sont capables d’être à l’initiative de la création d’une nouvelle force politique. J’ai vu que Marie-George Buffet disait qu’il faudrait aller plus loin que tout ce qui avait été fait et tenté dans le passé. Qu’elle n’excluait pas le changement de nom. Très bien. Mais je pense honnêtement qu’il faut surtout en finir avec la conception de l’organisation qui a prévalu jusqu’ici. À mes yeux la force transformatrice qu’il faut créer ne peut l’être sous le label ou la houlette du parti ! (…)Nous devrions, dès la préparation du congrès extraordinaire, annoncer notre volonté de créer avec d’autres cette force politique nouvelle. »

Cette position n’est pas l’apanage des proches de Roger Martelli d’un côté, et de Robert Hue de l’autre, puisque Patrice Cohen-Séat, très proche collaborateur de Marie-George Buffet, vient de sortir un livre qui prône la création d’une nouvelle force politique. Il formule ainsi les problèmes liés à cette création : il faut que «  les partisans de l'émancipation humaine constituent un parti distinct » (mais ce n'est pas un parti communiste) « qui se rassemble avec d'autres dans un « front ». Ce front doit-il être « une fédération ou une confédération? » Ou faut-il « créer un parti au sein duquel chaque composante trouve sa place spécifique dans un ensemble fondé sur le projet commun? », sur le modèle par exemple de Die Linke en Allemagne (p.217).

Olivier Dartigole
, enfin, autre prétendant à la succession de Marie-George Buffet, déclare dans le Monde du 13 septembre, être persuadé qu'il faut « une nouvelle organisation politique dans laquelle existerait une sensibilité communiste organisée. Pas un parti ripoliné, mais bien une autre organisation avec d'autres sensibilités, antilibéraux, socialistes de gauche, syndicalistes, altermondialistes. »

Créer un nouveau parti, pourquoi pas ? Il est vrai que la droitisation continue du PS ouvre un espace à gauche pour un nouveau parti social-démocrate, comme Die Linke en Allemagne. Mais tous ces projets se font sur les ruines du PCF : tous ceux qui veulent créer ce nouveau parti veulent le faire en profitant de l’apport humain, militant, immobilier et financier du PCF. La question que nous devons-nous poser est donc claire : Pouvons nous prendre le risque de faire disparaître le PCF ?

Cette question implique de nous accorder sur une analyse de l’évolution de la société française et du déclin électoral du PCF. Je ne vous proposerai pas ici mes réflexions sur ce sujet. Je vais simplement essayer de clarifier cet enjeu existentiel en tâchant de définir ce qui fait la spécificité du PCF, et ce par quoi on nous propose de remplacer cette spécificité.
 
2. Qu’est-ce que le PCF ?

Je n’aborderai pas pour commencer la question du nom du Parti, question largement symbolique. Change-t-on d’image en changeant de nom ? Perd-on son identité en changeant de nom ? J’essaierai plutôt d’éclaircir ce que désigne ce nom « Parti communiste Français ».

Le projet communiste

Le Parti Communiste Français est né en 1920 d’une scission avec la SFIO, non pas tant sur la question de l’adhésion à la Troisième Internationale que sur des questions de projet. Le projet communiste est un projet de dépassement du capitalisme par l’abolition de la propriété privée des moyens de production et d’échange et la mise en place d’une véritable démocratie sociale. Ce projet est fondé sur une analyse de la société qui fait de la lutte des classes le moteur essentiel de l’histoire. Le PCF s’inscrit dans l’antagonisme entre classe ouvrière et bourgeoisie : il est le parti de la classe ouvrière.

C’est la première spécificité du Parti communiste.

Le projet communiste est menacé par les volontés de refondation. En effet, le nouveau parti n’est jamais défini comme un parti communiste : il s’agit de rassembler au-delà des communistes (avec ou sans carte). On évoque donc un parti progressiste, anti-libéral, de gauche, pour l’émancipation humaine… Dans tous les cas, il s’agit de renoncer au projet communiste.

Ce renoncement est, pour certains, justifié. Patrice Cohen-Séat, dans son ouvrage L’avenir d’une espérance, ne cache pas qu’il estime le projet communiste dépassé. Il récuse le qualificatif de « marxiste » et remet en cause les fondements même de la lutte des classes : « Même ceux qui ont voulu innover en avançant la proposition d'"autogestion" sont restés dans le cadre de l'opposition entre actionnaires et salariés d'une entreprise alors qu'il est de simple bon sens que la gestion des entreprises - principalement des plus grandes - combine des intérêts particuliers (du capital, du travail...) et l'intérêt général de la collectivité ».

Nous devons donc répondre à cette première question. Faut-il abandonner l’ambition de dépasser le capitalisme, l’analyse de classe et donc le PCF comme parti de classe ? Faut-il au contraire réactualiser cette analyse, en travaillant à l’identification d’une classe ouvrière du XXIe siècle, puis s’appuyer sur elle pour redonner au PCF une base militante et électorale ?

La forme parti

Le projet communiste ne suffit pas à définir le PCF. La forme d’organisation, le parti, est un deuxième élément de définition, tout aussi spécifique : aucune des autres organisations politiques françaises se réclamant du communisme n’est un parti.

La forme parti est une conquête historique du mouvement ouvrier, qui lui a permis d’inscrire ses luttes sur le terrain politique, et d’affirmer que la division économique entre producteurs et exploiteurs était la seule division pertinente. Le choix du parti est aussi un choix stratégique : le parti est un mode d’organisation reconnu par la Constitution de la 5e République, et rendu nécessaire par ses institutions. Enfin, le parti communiste s’est construit comme un parti de militants, réunis par un projet, et par des actions communes. Cette organisation est une force énorme : c’est elle qui nous permet de résister – faiblement, certes – au pouvoir de plus en plus fort des médias.

Cette organisation est en danger depuis plusieurs années : la disparition de la formation, la difficulté à transformer les adhérents en militants, le renforcement du pouvoir des élus, symétrique à l’affaiblissement financier et militant de l’organisation, sont autant de problèmes qu’il faut résoudre. Mais faut-il pour autant abandonner la forme parti ? Pouvons-nous, face aux attaques de la droite, à la pression de plus en plus forte des médias, à l’affaiblissement des syndicats, nous priver d’un outil de lutte – certes imparfait ?

Une relation spécifique au pouvoir.

Dernier élément de la définition du PCF : sa stratégie. Le PCF occupe de ce point de vue une place unique dans le champ politique français. En effet, le PCF a fait, depuis 1946, le pari des institutions. Il a renoncé à la révolution violente pour choisir de transformer la société par le biais des institutions. Il est donc susceptible de participer au pouvoir. Mais parmi les partis « de gouvernement », il est le seul pour lequel le pouvoir ne constitue pas un objectif. L’objectif du PCF, on l’a dit, est de dépasser le capitalisme. La participation au pouvoir peut, dans certaines circonstances, être un moyen de ce dépassement, mais elle n’est jamais le seul. La stratégie du PCF n’est donc pas figée, elle dépend du rapport de force dans la société. Cette absence d’électoralisme fait du PCF un parti différent des autres, et a longtemps été une motivation importante du vote communiste.

Malheureusement, notre affaiblissement, financier et militant, nous a fait perdre de cette spécificité. Nous nous transformons lentement en parti électoraliste. Là encore, les projets de refondation veulent simplement accélérer cette évolution : ils se fondent sur une analyse uniquement électorale, veulent figer les alliances dans le cadre d’une coordination « de gauche », et ont pour objectif premier l’accession au pouvoir, comme si elle pouvait seule permettre la réalisation d’un projet « antilibéral » ou « émancipateur ».

Au terme de cette tentative de définition, la question est donc : A-t-on encore besoin en France d’un parti politique qui se donne pour objectif le dépassement du capitalisme et qui défende les intérêts de la classe ouvrière ? Une réponse positive à cette question nécessite bien sûr de plus amples réflexions : Comment définir la classe ouvrière du XXIe siècle ? Comment reconstruire le PCF pour en faire un parti de classe ? Comment réorganiser un contrôle de nos élus ?… Mais pour l’instant, nos dirigeants nous proposent plutôt de répondre non à la première question, de se « libérer » de la référence au communisme, de la forme parti et de nos spécificités stratégiques. Pour faire quoi ?

3. Casser le PCF, pour faire quoi ?

Les projets de refondation, différents dans leurs formes, vont tous dans le même sens : il s’agit d’occuper l’espace laissé libre à gauche par la droitisation du PS. (Dans cette perspective, il ne serait pas inutile de se demander d’où vient cette droitisation. Existe-t-il bien un espace à gauche ? Où est-ce la disparition de cet espace qui a conduit le PS à se déplacer ? Mais ce sera pour plus tard, je suis déjà bien trop longue). Dans ce projet, les modèles allemand et italien occupent une place importante. Il faudrait prendre le temps de les étudier de plus près. Ce sera pour une autre fois.

Rassembler la gauche

Pour créer ce nouveau parti, ou cette confédération de partis, il nous faut des partenaires. Le but affiché est de rassembler bien au-delà des communistes. La Fête de l’Humanité a vu se rassembler à nouveau la « gauche du non » : PRS, PCF, LCR, certains Verts. Évidemment, tout cela pourrait attirer des individus non-organisés. La fameuse « dynamique », que nous avons longtemps attendue dans les collectifs anti-libéraux… Il faut rappeler qu’aucun de ces partenaires n’existe encore véritablement : prêts à nous rejoindre le temps d’un débat, le PRS reste membre du PS, la LCR construit un nouveau parti dans son coin pour ramasser le bénéfice de la modernisation, et les Verts intéressés sont minoritaires dans leur parti.

En bref, il semble bien qu’on nous refasse le coup des collectifs. Cette fois-ci, il ne s’agit plus de gagner les présidentielles, mais de créer la machine qui permettra de gagner en 2012 : le nouveau parti. Je passe sur les contradictions de l’entreprise (dans le même temps, nous nous allions au PS pour les municipales), et les leçons non-tirées (une fois encore, on oublie le rassemblement à la base, les luttes, pour conclure des arrangements de couloir). Mais j’aimerais savoir comment ce qui a échoué en 2007 pourra réussir en 2008 ?

Les obstacles : projet, stratégie, organisation

L’échec des collectifs était dû à deux raisons majeures : des divergences de fond et des problèmes de démocratie. Aucun de ces deux obstacles n’est levé. Sur quel projet la gauche progressiste se rassemblera-t-elle ? Le projet communiste n’est pas soluble dans l’antilibéralisme ou l’altermondialisme même si on peut penser que les antilibéraux constituent des alliés pour avancer sur le chemin menant à ce projet. Quel est l’objectif ? Le dépassement du capitalisme ? Un retour à l’État providence des années 70 ? L’autogestion ?

Quel sera le rapport au pouvoir du nouveau parti ? Quels seront ses alliés potentiels ? S’agit-il de créer une LCR géante ? Ou une nouvelle béquille pour le PS ? Cette question, l’un des problèmes essentiels auxquels se heurte le PCF, ne sera pas résolue par la fondation d’un nouveau parti.

Quelle forme enfin pour cette nouvelle organisation ?
Comment les décisions seront-elles prises ? Nous nous heurtons au même problème que dans les collectifs. Si les militants sont souverains – et c’est la seule forme d’organisation démocratique – les autres organisations reculeront devant la suprématie du PCF. Si on met en place un double collège (militants / organisations), nous nous retrouverons dans la situation paradoxale ou des groupuscules de moins de 10 adhérents comme le Mars ou Alternative Citoyenne compteront autant que le PCF.

Finalement, je me sens un peu comme en 2007. Je disais à l’époque, naïvement : « un rassemblement avec une candidate communiste ? mais ils n’accepteront jamais ! » Et je le dis aujourd’hui : dans cette confédération, nous serons seuls avec les habituels groupuscules que nous avons créés pour nous tenir compagnie. Mais entre temps, nous aurons abandonné notre projet, notre outil, notre organisation. Et nous serons un nouveau parti parmi d’autres nouveau parti : la Gauche Anticapitaliste de Besancenot, la Gauche Moderne de Bockel… et la Gauche pour l’Émancipation Humaine de Marie George Buffet ? Les salariés français seront-ils plus avancés ?

Conclusion

En fait, la solution proposée – grand parti de gauche ou confédération pour l’émancipation humaine – ne met pas en place une réponse aux problèmes rencontrés par le PCF (absence de base, difficultés à affirmer un projet, électoralisme croissant, manque de démocratie dans l’organisation), elle en constitue le prolongement, et comme la conséquence logique : plus d’électoralisme, moins de pouvoir aux militants, renoncement définitif au projet communiste,… Nous sommes à la croisée des chemins. Nous ne pouvons pas garder le PCF tel qu’il est. Il n’y a pas, dans ce débat, les conservateurs et les novateurs. Il y a un choix clair : continuer en l’accélérant un processus entamé depuis des années – mutation, modernisation, peu importe son nom – et qui conduit à la disparition du parti communiste au profit d’un nouveau parti de gauche, ou rénover le PCF en profondeur pour reconstruire un parti communiste utile aux travailleurs. Cette seconde solution – qui est la mienne – nécessite bien du travail : il faut d’abord obtenir que la direction prenne ses responsabilités, et soit renouvelée. Il faut ensuite mener une réflexion théorique et des expériences pratiques d’une grande ampleur. Mais je suis jeune militante encore, et ces défis posés par la vie m’effraient bien moins que la pulsion suicidaire de certains de nos camarades.

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