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Contribution de Pierre Saly au café politique du 22 octobre : "Que faire du passé des communistes?"


1- Le « modèle »  de la Révolution d’octobre n’est nullement périmé. Lénine et le parti bolchevik ont donné l’exemple de leur capacité à mobiliser les masses populaires non sur le programme de leur propre parti mais sur une stratégie de conquête des masses conjoncturellement appuyé sur un programme transformateur extérieur à sa doctrine et son identité.                                                                          
 a) Lénine s’est rallié dès avril 1917 à un programme de prise du pouvoir politique par les soviets, forme inédite de pouvoir direct des masses politisées, tout à fait extérieure à la tradition bolchévik. Et ceci alors que les soviets étaient encore très largement dominés par les forces politiques et sociales petites-bourgeoises. Rien n’est plus étranger à la démarche léniniste que l’illusion que le parti communiste est capable de peser sur l’évolution de la société, voire d’en changer le cours, en s’appuyant sur ses seules forces, surtout quand elles sont très minoritaires (comme c’était le cas en avril 1917) et sur le seul pouvoir de conviction des seules idées communistes. Naturellement, en s’immergeant totalement dans le mouvement populaire, même initié par d’autres, les communistes ne renoncent pas à leurs idées et  à gagner la masse du peuple à des solutions progressistes et/ou révolutionnaires. Même si le processus en 1917a été extraordinairement accéléré par le contexte de la guerre, et donc non transposable, la démarche léniniste reste une leçon pour aujourd’hui.
b) En novembre 1917 Lénine a adopté purement et simplement le programme des socialistes-révolutionnaires sur la question de la terre (ainsi qu’il s’en explique dans son discours sur le décret sur la terre) à la place de celui des bolchéviks. Ainsi a-t-il pu organiser le front de classe qui a permis de renverser non le capitalisme mais le pouvoir de la bourgeoisie.

2-L’étatisation généralisée de l’économie n’était absolument pas le projet des bolchéviks en novembre 1917. Leur démarche était celle de la construction du « contrôle ouvrier ». C’est la désertion généralisée des dirigeants bourgeois de l’économie et des cadres des entreprises qui a précipité la Russie dans le « communisme de guerre » dès les premiers mois de 1918. Lénine s ‘en est longuement expliqué quand il a initié la NEP au début de 1920. Hors jeu dès 1922 il n’a pas eu le temps de mesurer le risque qu’une réussite de la NEP faisait peser à terme sur le pouvoir prolétarien (ce qui se passe aujourd’hui en Chine en donne une idée), comme l’avait bien vu Trotski. Le « grand tournant » de Staline en 1927-1929 est le retour à un communisme de guerre qui installa pour cinquante ans l’URSS dans une économie de guerre. Il s’explique par la difficulté du régime face à la pression interne des forces économiques et sociales capitalistes, acculant le régime à la fuite en avant. Une telle étatisation de l’économie est impensable dans les pays industriels développés et se situe aux antipodes de « l’économie mixte à forte participation publique » justement mis en avant par le PCF.

3-Le régime du parti unique, ou même du parti guide entouré de quelques compagnons de route totalement alignés, n’est absolument pas consubstantiel à un régime progressiste. Ici encore c’est la désertion des forces politiques de la gauche transformatrice qui a précipité le régime des soviets dans le monopartisme. Lénine a fait tous les efforts humainement possibles pour maintenir une alliance de gouvernement avec les SR de gauche voire avec les mencheviks internationalistes, et ceci sans faire l’impasse sur les affrontements théoriques et politiques. Contrairement aux thèses de Shapiro et de toute l’école dite du « totalitarisme » communiste, la disparition du pluralisme politique a été le résultat des circonstances et non de la visée primitive des « ennemis de la société ouverte », de Platon à Lénine, via Rousseau et Marx. Accoucheuse des révolutions la guerre est aussi responsable de leurs dégénérescence. Telle demeure la validité de la notion trotskienne de « thermidor soviétique » même si l’interprétation me semble devoir en être profondément modifiée. En tout cas la  vraie fidélité au léninisme consiste à organiser les indispensables convergences  avec des forces politiques très différentes des communistes dans la conquête des pouvoirs et leur exercice. Hors de cette démarche il n’y a que repliement sur un pré carré de plus en plus étroit et en définitive impuissance à changer la société et changer dans la société.
   
4-La caporalisation de la société  n’est pas davantage consubstantielle à une société orientée vers le progrès démocratique et social. C’est l’absence de bases démocratiques dans la société russe de 1917 qui a entraîné une quasi immédiate dégénérescence des soviets et transformé ceux-ci dès 1918 en courroie de transmission passive des orientations du parti bolchevik. L’absence de démocratie a été imposée aux bolcheviks par les rudes nécessités de la guerre civile, puis de la reconstruction économique, puis surtout de la collectivisation. Mais celle-ci a été menée de façon totalement dictatoriale et très violente. Boukharine avait très bien vu que la violence à l’encontre de la masse des paysans (et non des seuls koulaks, contrairement à la légende dorée), souhaitée et approuvée de son exil par Trotski, entrainerait la violence envers la masse du peuple puis envers le parti lui-même jusqu’à priver le socialisme de la dimension démocratique qui, selon Marx, est consubstantielle à l’émancipation des travailleurs qui ne peut être que « l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Pouvait-il en être autrement ? Personne ne peut le dire car il n’y a pas de contre-épreuve en histoire. Pour ma part j’en doute et je tends à penser que Trotski aurait fait la même chose que Staline. Quant à Boukharine aurait-il été le Teng Hsiao Ping de la révolution russe ?
         Par delà les horreurs de la répression de masse qui est une réalité historique et pas seulement une invention anti-communiste, cette absence de démocratie, conjuguée à l’extraordinaire dureté des conditions matérielles, a conduit a une désaffection silencieuse mais très large envers le pouvoir soviétique qui n’a été très largement populaire que pendant la brève période où il a su incarner la résistance nationale à l’agression étrangère.

5-Dès que les terribles contraintes associées à la période de Staline ont été desserrées les exigences sociales se sont à nouveau affirmées et à terme le régime s’est effondré comme la coquille vide qu’il était devenu. Jamais au cours de l’histoire depuis Constantin une idéologie n’avait cédé aussi vite la place à une autre qui niait totalement la précédente. Jamais au cours de l’histoire un système social ne s’est effondré avec aussi peu de résistance de ceux dont il était censé défendre les intérêts et les conquêtes. Et il en a été de même des autres pays socialistes (mis à part à part la résistance de la Securitate, triste parodie roumaine d’une résistance populaire). Contrairement aux analyses typiquement idéalistes qui expliquent la chute du communisme soviétique par « la défaite dans la bataille des idées » cette chute s’explique à la lumière des géniales anticipations de Marx sur la chute d’un régime social quand il a épuisé ce qu’il pouvait avoir de vertus historiquement nécessaires. Sans doute la terrible pression de la guerre chaude puis froide a-t-elle créé les conditions de son effondrement mais celui-ci n’a été possible qu’à cause de sa croissante faiblesse interne. En paraphrasant la célèbre controverse historique sur l’assassinat ou le suicide de l’Empire romain on peut dire que le régime soviétique est mort par suicide plus que par assassinat.

6-La triste confirmation de cette analyse est dans l’évidence que nulle part dans les ex pays socialistes (sauf dans ceux qui avaient préalablement une forte classe ouvrière et une vraie tradition démocratique, au moins relative, la République tchèque et l’est de l’Allemagne) il ne s’est dégagé de force politique exprimant une forme de regret de l’ancien régime. Partout les anciens apparachiks du communisme sont devenus les plus zélés et parfois les  plus chauvins des partisans du capitalisme sauvage et de l’alignement sur l’OTAN. Partout (sauf en République tchèque et à l’est de l’Allemagne) les partis réputés héritiers du communisme sont devenus des groupes populistes et/ou nationalistes comme en Russie et plus souvent des groupuscules sans audience.

7-. Le fonctionnement réel du système soviétique a été le contraire même de ce que le marxisme avait supposé (vaguement) pouvoir être les caractéristiques du socialisme victorieux et du communisme mis en œuvre. Au lieu de la mobilisation et de la souveraineté des masses il a institué le pouvoir d’un seul. Au lieu de l’administration des choses par en bas il a institué le gouvernement d’en haut par des chefs non responsables devant leurs mandants. Au lieu du dépérissement de l’Etat il a institué son omnipotence. Au lieu de la libération du travail il a institué son asservissement, très imparfaitement compensé par quelques appréciables avancées sociales. Au lieu de l’épanouissement des individus il a institué leur aliénation. Au lieu de la libération de la culture il a institué son asservissement. Au lieu de la société sans classe elle a institué un nouveau pouvoir de classe (et pas seulement de caste comme le pensait Trotski) dans les formes originales d’un capitalisme d’Etat fondé non sur la propriété individuelle des moyens de production mais sur l’exploitation du travail au profit d’une minorité de détenteurs du pouvoir d’Etat.

8-Pour autant je ne crois pas qu’on puisse employer sans précautions, comme le fait le PCF, le terme d’ »échec » du « socialisme » soviétique. Le modèle soviétique, plus ou moins identifié à l’œuvre de Staline,  était fondé sur la modernisation culturelle, économique et sociale d’un immense pays retardataire par l’application d’un despotisme éclairé de type moderne. Cette tâche historique a été accomplie grâce à la mobilisation des ressorts les plus archaïques de la motivation politique, en particulier le nationalisme russe. Le régime soviétique a mis en œuvre une « accumulation socialiste primitive » comme aucune révolution capitaliste, sauf peut-être au Japon, n’avait pu le faire en une période de temps aussi courte. En ceci il a réalisé la tache historique que la bourgeoisie a été incapable de réaliser en beaucoup d’endroits du tiers monde : arracher à marches forcées un pays à la gangue de la misère et du sous-développement. Et ceci n’est pas une mince réussite.

9-Comme n’a pas été mince la signification de l’exemple du régime soviétique, forme sui generis de société, non socialiste mais néanmoins antagoniste avec le capitalisme. La crainte de cet exemple a glacé et parfois tétanisé les élites capitalistes, comme il a exalté les combats prolétariens dans un petit nombre de pays . Il a bien été le « spectre » qui a hanté l’Europe et le monde capitaliste. Mais sa vraie signification n’était pas ce pour quoi il se donnait et ce pour quoi il était reçu par les protagonistes de la lutte des classes. Le fait que l’existence du régime soviétique ait été un point d’appui pour les luttes transformatrices dans le monde capitaliste ne dispense pas d’une analyse critique de sa signification historique.

10-Plein de signification a également été l’existence du régime soviétique pour les combats nationaux émancipateurs des pays du Tiers-Monde. Non par l’aide effective apportée à ces combats (souvent très faible, mais parfois décisive en certaines circonstances comme en 1956) mais parce que la révolution russe avait donné l’exemple de l’émancipation envers les pays impérialistes. Le communisme national de la Chine, du Viet-Nam, de Cuba, de tous les mouvements de libération qui ont hésité aux abords du communisme ont d’abord été des patriotismes, voire des nationalismes, pouvant virer au nationalisme le plus réactionnaire, au sens propre du terme (Cambodge). Pareillement le fond du stalinisme a été un patriotisme russe parfois tournant au chauvinisme grand-russe, (déjà perceptible dans les débats à la direction du parti bolchévik en 1921).

11-Toutes les réalisations du régime soviétique ont été accomplies au milieu de souffrances gigantesques, comparables à toutes les horreurs de la généralisation mondiale du mode de production capitaliste (même si Staline et ses lieutenants y ont apporté leur touche personnelle). La vulgate krouchtchevienne de 1956, reprise par le PCF, et dont le gorbatchevisme a été le dernier feu,  était que le stalinisme était une « déviation » maladive (aux raisons d’ailleurs non identifiées) sur le corps sain d’un socialisme authentiquement progressiste. Il n’en était malheureusement rien et le stalinisme était indissociable d’une « révolution » qui n’était pas ce pour quoi elle se donnait. D’une certaine façon le « socialisme » a balayé (incomplétement comme on le constate aujourd’hui) les stigmates russes d’un archaisme pré-capitaliste pour préparer une révolution capitaliste fondamentale. En ce sens le capitalisme est bien le stade suprême du « communisme » soviétique qui l’a méthodiquement préparé en son sein. Les succès, immenses, du régime soviétique n’avaient donc rien à voir avec quoi que ce soit qui ressemblât au « socialisme », encore moins au « communisme » ou même à l’émancipation humaine tout court.

Pierre Saly
Section du 5e arrondissement

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