Pour un discours théorique clair et utile à l'action
Cette contribution a été rédigée collectivement par les militants de la section du 5e arrondissement de Paris du PCF, réunis en assemblée générale.
À propos de l’organisation des débats et de l’usage d’internet
En guise d’introduction, nous voudrions faire quelques remarques sur l’organisation du débat et de la préparation de ce Congrès, en espérant qu’elles serviront à l’organisation de discussions futures. La période choisie pour l’appel à contribution – les deux mois d’été – a empêché beaucoup d’adhérents de participer activement au débat, et a freiné la discussion collective (cela explique d’ailleurs la date tardive d’élaboration de ce texte). En outre, le choix de publier les contributions seulement sur internet, et non pas dans l’Humanité (à l’exception de certaines…) ou dans Communistes, prive beaucoup d’entre nous des éléments de la discussion. Même dans notre section du centre parisien, près de la moitié des adhérents n’ont pas accès régulièrement à internet. Et il ne s’agit pas seulement de camarades âgés, mais aussi d’étudiants ou de jeunes précaires. Internet est un outil extrêmement utile, mais il ne peut pas remplacer toutes les autres formes de diffusion et d’échange de l’information ! À cela il faut ajouter que la publication uniquement sur internet renforce notre scepticisme sur l’avenir et l’utilité des contributions : par qui seront-elles lues ?
La diffusion d’un discours communiste à contre-courant de la pensée dominante est difficile. Nous pensons qu’il est important d’engager une réflexion sur nos rapports avec les médias existants qui conditionnent en partie notre manque de crédibilité auprès de la population. Le bourrage de crâne médiatico-capitaliste brouille les cartes et nos repères. Quelle attitude adopter ? Jouer le jeu des medias pour espérer être entendus plus largement au risque de nous détourner insidieusement de notre but = le doigt dans l’engrenage qui broie toujours plus fort ? ou refuser d’utiliser (ou d’être utilisés par) les medias actuels, dans leur format actuel et lutter pour le développement d’un droit à l’information (informer et être informés) en tant que bien public. Quelle que soit la réponse, cela ne pourra se faire qu’en élaborant pour nous-mêmes et pour nos interlocuteurs un discours communiste sur des bases théoriques claires qui s’articulera sur la réalité quotidienne et encouragera les luttes.
Comment être crédibles ?
Venons à l’essentiel. Qu’attendons-nous du Congrès du PCF qui se prépare ? Nous voulons que ce Congrès donne au PCF les moyens de reprendre le combat idéologique. Trop souvent, nous avons l’impression que les communistes – dirigeants, mais aussi militants – n’osent pas dire ce qu’ils pensent, agir comme ils le souhaiteraient, tenir un discours communiste. Nous voulons en finir avec l’autocensure et le suivisme.
Deux jeunes adhérents évoquent un exemple : la vente de fruits et légumes organisée par le PCF et le MODEF à Paris le 21 août dernier. Alors que cette vente offrait une occasion formidable de développer un discours communiste, ils ont eu l’impression d’un vide politique. Parce que nous nous limitions à dire, comme tout le monde, que la vie est chère alors qu’on devrait poser les questions des rapports de production et de l’exploitation du travail.
Pourquoi croit-on être plus entendus lorsque nous parlons de « pouvoir d’achat » que lorsque nous parlons de salaire, ou de production ? D’abord, trop souvent nous pensons que pour être crédibles il faut en rabattre sur nos exigences. Ensuite, nous croyons aussi être plus facilement entendus en utilisant les mots de tout le monde, ceux des médias.
Mais nous y perdons doublement. D’abord, nous y perdons en clarté : notre discours est plus difficile à identifier, à distinguer des autres. Nous sommes pour l’augmentation du pouvoir d’achat, « comme » Nicolas Sarkozy et l’ensemble des forces politiques.
Ensuite, en croyant devenir plus crédibles, nous perdons en fait ce qui fait notre crédibilité. C’est une erreur de croire que les propositions les moins ambitieuses sont les plus crédibles. Après l’expérience de la gauche plurielle, nous avons nous-mêmes insisté sur la nécessité de mobilisations populaires pour réaliser nos propositions. Puisque nous ne pouvons pas agir seuls, puisque nous avons besoin que la population se mobilise pour faire passer nos propositions, nous ne sommes crédibles que quand nous sommes mobilisateurs. Et qui descendrait dans la rue pour le SMIC à 1500 euros ? Pour être crédibles, nous devons être ambitieux, et donner envie aux travailleurs de se battre.
Nos revendications, nos luttes, doivent avoir une portée idéologique, s’articuler à un projet de société global. Ainsi, nous serons plus mobilisateurs, plus crédibles, mais aussi plus capables de rassembler. Plus nos positions seront claires, plus il nous sera facile de nous rassembler avec d’autres, dont les projets seront différents, sans avoir peur de nous perdre.
Qu’est-ce qui fait de nous des communistes ?
Cela nous conduit à affirmer que nous souffrons d’un manque théorique. Nous avons besoin de définir théoriquement le combat et le projet communiste. Nous nous sommes posé la question : qu’est-ce qui nous rassemble ? Qu’est-ce qui fait de nous des communistes ?
La réponse la plus immédiate a été : nous luttons contre le système de production capitaliste. Être communiste, c’est tenir un discours sur le capitalisme comme système de production, sur l’exploitation capitaliste et l’aliénation. C’est se positionner en fonction d’une lutte des classes qui a pour principe la place de chacun dans le processus de production. Cela peut paraître bien abstrait. Mais en même temps, la production, les rapports de production, beaucoup d’entre nous en font l’expérience quotidienne dans leur travail.
Nous avons besoin d’un discours théorique clair, utile à l’action, qui articule analyse de la société, projet global et propositions. La réflexion sur la production, sur la façon dont elle est organisée par le capitalisme, et en particulier par le capitalisme financier, sur les relations qu’elle met en place entre les hommes, nous semble être au cœur de notre engagement communiste, et peut nous permettre d’être au plus près des conditions concrètes de vie et de travail de chacun, et donc d’être audibles, tout en tenant un discours spécifiquement communiste, loin de l’idéologie dominante véhiculée par les médias.
Progressistes et communistes
Mettre la production au cœur de nos analyses ne signifie pas que nous tenons pour secondaire les aliénations et les dominations construites en dehors du processus de production. Communistes, nous sommes progressistes, et luttons pour l’émancipation de chacun face à toutes les formes de domination.
Cependant, il nous semble que notre rôle de communiste dans les luttes auxquelles nous participons est d’apporter une analyse spécifiquement communiste, c’est-à-dire une analyse de classe. Ainsi lorsque nous nous battons pour la régularisation des sans-papiers, nous le faisons bien sûr au nom du droit de chaque homme à la dignité et au respect. Mais ce qui est spécifiquement communiste, c’est le discours que nous pouvons tenir sur le rôle de l’exploitation des sans-papiers dans la dégradation des conditions de travail de tous les travailleurs. Si l’action revendicative est évidemment extrêmement importante, elle ne suffit pas. Le Parti doit jouer un rôle différent de celui des syndicats. En proposant une analyse des rapports de classe, il peut permettre aux salariés de prendre conscience de la nécessité d’une transformation de la société. Les luttes ne peuvent grandir et rassembler que si elles reposent sur une analyse de la société, des politiques menées, et de leurs contradictions, et si elles contribuent à la réalisation d'un autre projet de société, en rupture avec le capitalisme.
Le cheminement d’une adhérente récente illustre bien le rôle que peuvent jouer les communistes dans les luttes. Charline a adhéré au PCF en tant que parti progressiste, en particulier sur la question de l’immigration. Puis elle dit être « devenue communiste », au fil des discussions et des actions.
Le rôle de l’organisation dans la lutte idéologique
Cet exemple souligne combien il est important que le PCF continue de permettre aux nouveaux adhérents de « devenir communistes », dans la rencontre et le débat avec d’autres, membres ou non du PCF. On n’est pas communiste tout seul.
L’organisation doit permettre à chacun de participer aux discussions, à la mise en commun des informations et des réflexions, mais aussi donner à chacun la possibilité d’agir, d’aller à la rencontre des travailleurs, de ceux qui luttent, de l’ensemble de la population. Pour cela, les structures les plus proches du quartier ou du lieu de travail, cellules et sections, sont essentielles. Là se développent une discussion à laquelle chacun peut participer, et des actions où chacun peut trouver sa place. La formation joue aussi un rôle important, et doit être développée. Elle ne doit pas seulement aborder les sujets d’actualité, mais aussi permettre à chacun d’acquérir des outils théoriques.
Il nous semble qu’il manque au Parti un lieu d’élaboration d’une réflexion marxiste ou communiste, un lieu où nous pourrions partager nos réflexions théoriques et participer à la construction collective d’un discours théorique communiste. Dans cette perspective, il nous semblerait utile de développer les commissions thématiques, et de les ouvrir plus largement aux adhérents, par exemple en en publiant les dates de réunions. Cependant, le développement des commissions consacrées à des domaines spécifiques ne suffit pas à répondre à l’exigence d’une réflexion théorique d’ensemble, permettant de définir un projet communiste global. La formation devrait pouvoir devenir non seulement un lieu de transmission de savoir, mais aussi un lieu de travail et d’élaboration.
Dans la situation actuelle, la faiblesse relative du parti peut faire penser que l'exigence de réflexion théorique équivaut à un repli sur soi, sur une identité communiste figée. Nous sommes conscients de ce risque, mais nous sommes convaincus que la participation active des militants à la réflexion, la possibilité d’un contrôle militant des lieux d’élaboration théorique, en maintenant le lien entre réflexion et action, peut être le principe d’une réflexion vivante, en prise sur l’action.
Nous ajoutons que faute de temps pour mener la discussion, les propositions de certains camarades n’ont pas pu être examinées par la section et ne figurent donc pas dans cette contribution.
Parti communiste français
Section du 5è arrondissement de Paris
28 août 2008