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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 10:24
Par Nicolas Centa, PCF 5e.

Dans son article
« Liquidation, décroissance et Zizek »
, Aymeric Monville affirme que certains concepts développés par le philosophe slovène pourraient être rattachés à un but affirmé d’harmonie avec la nature, notamment par la voie de la décroissance comme diminution de la production. Je souhaite ici contribuer montrer en quoi les concepts marxistes développés dans « La Parallaxe » se montrent en fait bien difficilement interprétables en ce sens.

Sur la dialectique marxiste

La théorie développée par Slavoj Zizek dans « La parallaxe » est essentiellement un développement sur la dialectique marxiste, affirmant que toute chose, objet comme idée puisqu’il s’agit d’un matérialisme, est traversée d’un antagonisme irréductible, qui provoque en elle une lutte, dont les deux parties prenantes sont en fait deux expressions contradictoires au sein d’une même unité.

Ainsi, la société capitaliste présente un antagonisme qui la divise en bourgeoisie et prolétariat, perpétuellement en lutte. Mais, et c’est là où cette idée est véritablement dialectique et non dualiste, non seulement ces deux classes sont relatives, c’est-à-dire qu’elles n’existent pas en elles-mêmes mais relativement l’une à l’autre, mais elles ne sont pas situées sur le même plan : comme le dit l’œuvre de Marx et Engels, le prolétariat est en fait lui-même la contradiction et la lutte. La théorie bourgeoise, qui est l’expression de l’ordre de cette société, celle du pouvoir économique, politique et social, celle du libéralisme et des droits formels, ne connait pas de classes ; elle traite tous les individus de la même façon, mais pas de n’importe quelle manière : celle à laquelle ne correspond en réalité que la bourgeoisie. Comme il est montré dans « Le capital », l’existence même du prolétariat est donc la preuve de la contradiction intrinsèque à cet ordre ; et c’est pour cela que l’on peut affirmer que le prolétariat n’est pas simplement un groupe distinct et aux intérêts opposés mais l’incarnation même, dans une classe, de l’auto-contradiction de l’ordre bourgeois, donc de la lutte qui le traverse.

L’antagonisme étant constitutif de la chose, elle n’a qu’un seul destin : que la lutte qui en résulte finisse par la détruire en la transformant radicalement. En attendant, son unité est préservée par une articulation, nécessairement insatisfaisante et condamnée à la dissolution, visant à l’apaiser. Ainsi, les différentes formes de social-démocratie représentent des tentatives de médiation des oppositions traversant le capitalisme.

Réciproquement, cette idée nous dit que toute chose n’existe qu’en lutte avec un opposé avec lequel elle forme un tout : pour l’étudier, il faut donc considérer une triade constituée de la chose, de son opposé et du tout qu’ils forment ; en plus, bien entendu, de ses propres contradictions internes.

La critique du productivisme

La production est notamment le lieu d’un antagonisme entre travail et capital ; mais, dans ce contexte, nous ne pouvons nous contenter de l’étudier positivement, c’est-à-dire simplement par elle-même. Une dialectique dans laquelle est prise la production est celle qui traverse le produit, en tant que la perspective de sa consommation est ce qui justifie sa production, ainsi que le prolétaire, en tant qu’il est simultanément producteur et consommateur, qu’il ne vend sa force de travail que pour pouvoir consommer les produits de forces de travail : la production et la consommation ne peuvent être étudiés qu’ensemble, opposées et unies dans un tout.

Ainsi, en affirmant le règne de la consommation, l’ordre néolibéral renforce cet antagonisme en écrasant le producteur au nom du consommateur, oubliant qu’ils ne sont que deux aspects d’un même phénomène. Et, ce que reproche Zizek à l’ordre soviétique est rigoureusement l’inverse, c’est-à-dire d’assécher le consommateur au nom du producteur, ce qui procède du même aveuglement. En ce sens, les deux systèmes souffriraient du même défaut mais inversé ; productivisme et consumérisme seraient les deux faces d’une même pièce, sans qu’il soit possible de trancher en faveur de l’un ou de l’autre.

En particulier, la lutte anticapitaliste ne peut pas se concentrer uniquement sur les rapports de production, en considérant par exemple soit qu’ils constituent la vérité « en dernier ressort », qu’ils déterminent l’ensemble du système, soit que ce qu’il est convenu d’appeler « société de consommation » est uniquement un mensonge, un artifice idéologique destiné à les masquer. En ce sens on peut dénoncer le productivisme comme on le fait de l’économisme : pour paraphraser Bourdieu, production et consommation seraient des sphères d’autonomie relative.

L’étude et le développement des forces de production vont donc de pair avec ceux des forces de consommation ; et ceci, comme le fait remarquer à juste titre Aymeric Monville, n’est pas propre à la société capitaliste.

Conclusion

Bien que les concepts défendus par les différentes tendances écologistes méritent sans doute d’être analysés sous un angle marxiste, il me semble peu vraisemblable que l’analyse du productivisme par Slavoj Zizek puisse être vue comme s’y rattachant. Cependant, la question qu’elle pose est non moins fondamentale pour nous mouvements : elle est celle de la nature et du rôle de la consommation dans nos sociétés en évolution vers le postmodernisme.


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16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 10:07
Contribution de Pierre Laroche aux débats du Congrès.

La bourgeoisie, avant d’être classe dominante en Europe occidentale, a longtemps été classe dirigeante dans ces sociétés, en y construisant du XVIIe au XIXe siècle, sur la base de ce qu’on a appelé la « philosophie des lumières », sa domination, que Gramsci nomme « hégémonie », qui combine « domination et direction intellectuelle et morale […] force et consensus […] sans que la force soit trop supérieure au consensus, mais de façon qu’elle apparaisse comme s’appuyant sur le consensus de la majorité, exprimé par ce qu’on appelle les organes de l’opinion publique » (Cahiers de prison. Cahier 1 (XVI) 1929-1930, §44). Aux XIXe/XXe sicècles, cette hégémonie s’est étendue aux autres continents, sous les formes diverses de la colonisation, avec une prédominance évidente de l’aspect « domination », mais sans que disparaisse la recherche d’une direction intellectuelle et morale, par exemple avec le rôle de la religion.

Pourrait-on dire que le prolétariat a tenté de construire au XIXe-XXe une hégémonie analogue, de signe opposé, à partir d’une analyse critique de l’hégémonie de la bourgeoisie ? Il faut bien admettre, en tout cas, que l’actualité est marquée par l’échec de cette tentative en tant que domination et que, pour ce qui est de la direction intellectuelle et morale, elle est, pour le moins, fortement mise en cause.

La question est compliquée par une variation linguistique de Gramsci qui parle tantôt de « classe » (Cahier 1 (XVI) 1929-1930, § 59), tantôt de « groupe social » (Cahier 19 (X) 1934-1935 Risorgimento italiano, § 24).

Il me semble intéressant de tenter de voir comment se construit cette « direction intellectuelle et morale » et, si possible, à l’initiative de quels « groupes sociaux ». Pour ce qui est de l’hypothèse d’une tentative d’« hégémonie » de la part du prolétariat, il ne pouvait encore s’agir, au temps de Gramsci (1891-1937), que du prolétariat « classique » : les travailleurs salariés des mines, des usines, des chantiers et des transports. De même, la bourgeoisie qui a construit sa domination et sa direction intellectuelle et morale était fondamentalement celle des propriétaires des principaux moyens de production et d’échange.

Sur ce point, une mutation s’est opérée dont le début me paraît à rechercher dans les années 70-80 du XXe siècle. Au moment où les forces de progrès saluaient les succès politiques des mouvements de libération nationale, notamment en Afrique et au Vietnam, tout en sous-estimant sans doute la puissance des dominations économiques et les réalités de leur poids sur la lutte des classes dans chacun de ces pays, comme on l’a vu bien vite en Amérique latine et en Afrique.
On a assisté à ce moment à un tournant dans la stratégie de la bourgeoisie en divers pays. Je ne prétends pas que quelque organisation clandestine ait décidé : « maintenant, le mouvement de libération des peuples, ça suffit, on change tout ». Mais il y a quand même au cœur et au cours de cette période des signes d’un changement stratégique volontaire, avec la venue au pouvoir de tenants du libéralisme pur et dur, Margaret Thatcher, présidente du Parti conservateur de 1975 à 1990, puis Premier ministre du Royaume-Uni de 1979 à 1990 et Ronald Reagan, président des Etats-Unis de 1981 à 1989.
Dans les années 80, en Italie aussi, qui souffre d’une grave crise économique, une fois retombé le « miracle économique » consécutif à la reconstruction d’après-guerre, s’élabore une théorisation pour un nouveau cours du capitalisme. Guido Carli, successivement directeur de la Banque d'Italie (1960-75), président de la Confindustria (le syndicat des dirigeants des grandes entreprises italiennes) de 1976 à 1980, ministre de l’Economie en 89-92 dans l’un des gouvernements Andreotti, présente le programme : moins d'Etat, avec des nuances concernant les champs où l'Etat doit intervenir moins ou plus, réhabilitation du profit comme moteur de la société, valorisation de la concurrence entre entreprises et entre individus, rôle dirigeant des grands groupes économiques. Cesare Romiti, administrateur délégué de Fiat, groupe devenu, depuis la Première guerre mondiale, leader et symbole du capitalisme industriel italien, conteste en 1987 la loi de finances en lui reprochant d’être marquée par « un esprit de gauche anti-capitaliste et par un esprit catholique qui se défie du profit » (il est exact que le programme économique de la démocratie chrétienne italienne était fortement marqué par le programme inspiré de la doctrine sociale de l’Eglise, diffusée par l’encyclique Rerum novarum de Léon XIII en 1891
Cette volonté de changement de stratégie, en rupture avec ce qu’a été, depuis la Deuxième guerre mondiale, la politique de la bourgeoisie d’Europe occidentale (je suis conscient de la généralisation rapide et sans doute abusive de mon propos) me semble ainsi clairement inspirée par les intérêts des couches les plus puissantes de la bourgeoisie, ce qui laisse de côté bien des secteurs de la société, mais peut inclure des secteurs ou des individus proches de ces couches les plus puissantes, dans l’édition, la presse et plus largement l’information, puis la communication, dans le monde des « intellectuels », chez ceux que Gramsci appelait les intellectuels « organiques » d’une classe, en l’occurrence de la grande bourgeoisie « d’affaires ». Puissantes financièrement, techniquement, mais aussi culturellement, car leur nouvelle orientation  ne peut passer dans les faits que parce qu’elle s’appuie sur une activité idéologique rénovée au plan mondial.
Il y a eu de la part des classes dirigeantes des initiatives diverses, économiques, financières, politiques, militaires, appuyées ou liées à une réponse idéologique diverse, certainement pas univoque, probablement pas entièrement concertée, mais puissante et parfois violente. Nous avons alors parlé de «contre-offensive de l’impérialisme » ; c’était probablement une expression marquée par l’illusion qu’il y avait un « sens de l’histoire » et que ce qui se passait était un incident de parcours et non pas un nouveau moment du développement du capitalisme, un nouveau moment qui a pour protagoniste le capital financier, et, plus que jamais, pour moteur non la production, mais le profit, à l’échelle mondiale compte tenu de la révolution informationnelle. Ces transformations ouvrent la voie à une véritable culture de la spéculation : la spéculation a existé dès les débuts du capitalisme (cf. Law), et même avant, mais désormais les informations quotidiennes en regorgent. On conçoit quel rôle ont dû jouer pour faire accepter une conception et une pratique aussi absurdes de l’économie et de la société, les idéologies conservatrices voire rétrogrades, pour faire revenir dans les consciences des idées rétrogrades ou, pour le moins, hostiles à des transformations révolutionnaires, face aux aspirations sociales, égalitaires, humanistes (« catholiques », disait avec dédain Cesare Romiti), aux idées qui, depuis les physiocrates, faisaient de la production (agricole en l’occurrence) le vecteur du bien-être, si ce n’est de la prospérité (N.-B. : il est vrai que les physiocrates étaient aussi des « libéraux » au sens économique contemporain).

Je ne peux donner que quelques indices des prémisses de cette grande mutation idéologique qui soutient le passage à la domination, à l’hégémonie mondiale du capital financier. 
En 1968 naît le Club de Rome, qui soutient l’objectif de la croissance zéro, dont le récent avatar est la dénonciation du « productivisme », en réaction contre la « culture » de la consommation. En 1972, à l’initiative de ce club, était publié le rapport Meadows,  Halte à la croissance ?, suivi en 1974 de Sortir de l'ère du gaspillage : demain.
En juin 1972, David Rockefeller et Zbigniew Brzezinski, conseiller politique au Département d'État, qui deviendra en 1977 conseiller du Président des Etats-Unis Jimmy Carter, avancent le projet de ce qui va devenir la Commission Trilatérale, officiellement créée à Tokyo le 1er juillet 1973. En 1977, dans sa Présentation de la Trilatérale par la Trilatérale, cette commission se présente comme « une organisation orientée vers la prise de décision » entre les « démocraties industrielles », définies comme « une communauté ayant son identité propre et constituant un enjeu vital ».
En 1976, l’Internationale socialiste, à son congrès de Genève, décide que ses forces devront être présentes partout où il se passe quelque chose. Selon le mot d’ordre de ce congrès : lutter contre le capitalisme exploiteur et contre le communisme d’Etat et de parti unique.
Dans l’Eglise catholique, en délicatesse avec les orientations du Concile Vatican II (1962-1965) et en opposition à la théologie de la libération en Amérique du sud, la Congrégation Propaganda Fide rejette la théologie de la libération en 1984-86 à l’initiative de Jean-Paul II (élu pape en 1978) et du cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, au motif que cette réflexion d’une partie importante des catholiques et du clergé d’Amérique du sud liait la question de la rédemption à l’engagement politique et à la violence contre les dirigeants politiques et économiques. Le pape et son futur successeur reconnaîtront d’ailleurs que cette approche pouvait comporter des éléments positifs. Mais ils ont fait cette concession dans les années 90, quand elle avait été très affaiblie. Il y eut aussi dans les milieux catholiques (mais aussi dans d’autres religions) des réticences, crispations, menaces et réactions dans les domaines des mœurs et de l’idéologie, des interventions souvent violentes contre les mouvements ou individus favorables à l’IVG, début de la pression en faveur du créationnisme, réactions mal cachées contre les idées d’égalité entre peuples, entre hommes et femmes, entre riches et pauvres, entre valides et handicapés, entre homosexuels et hétérosexuels, bref : contre les idées de progrès, d’égalité, de liberté, de solidarité, de laïcité.
Toutes ces recherches et réflexions ne sont pas explicitement liées à la transformation du capitalisme, mais elles sont des indices de réflexions qui ont en commun de chercher à effacer du paysage tout ce qui peut faire obstacle à ce nouveau développement du capitalisme.

Sur ce terrain de la confrontation « idéologique », le Parti communiste français, pourtant armé d’une presse diversifiée, plus ou moins explicitement et organiquement liée au Parti, allant de « l’Humanité » et « l’Huma-dimanche » à « Regards » (1ère formule), en passant  par les « Cahiers du communisme », « Economie et politique », « la Nouvelle Critique », « France Nouvelle », « la Pensée » et bien d’autres périodiques nationaux et régionaux, de 2 maisons d’édition (les Editions sociales et les Editeurs français réunis), d’un service de diffusion (le célèbre CDLP, centre de Diffusion du livre et de la presse), d’un institut de recherche (le CERM, centre d’études et de recherches marxistes qui connut par la suite d’autres appellations), n’a pas tenu le choc, le Comité central d’Argenteuil étant sans doute intervenu trop tard (1966) pour rompre avec un longue et lourde période où la réflexion théorique, bien réelle, de quelques militants, sympathisants et dirigeants, ne passait pas, ou peu et mal, dans le tissu du Parti, en un moment où précisément, il fallait s’atteler à la compréhension de ce qui mûrissait en dehors du champ étroitement politique.
Il ne s’agit pas de faire le procès des « responsables »  du travail intellectuel du parti et dans le parti comme cela a été parfois esquissé lors de diverses « affaires » ou dans des propos railleurs sur le manque de charisme de Waldeck Rochet (qui mourut trop tôt sans doute pour débrider la réflexion sans faire éclater le PCF) ou sur « la Nouvelle Critique », rebaptisée de façon élitiste « revue du marxisme des militants » (en dérision de l’officiel « revue du marxisme militant »). C’est tout le fonctionnement du parti tel qu’il était devenu, qui est responsable de ce blocage, une conception qui rendait inconcevable de contester les orientations et décisions de la direction et de proposer de véritables changements de pratique et des enrichissements théoriques (je réserve le mot « idéologie » et ses dérivés pour d’autres usages : le marxisme n’est pas, selon moi, une idéologie mais – résumé en trois mots - une théorie matérialiste du changement).

Est-il concevable maintenant d’avoir un fonctionnement plus dynamique et efficace ?  Avec pour objectif, non seulement de reprendre le terrain perdu, conquis par la droite, notamment dans sa version sarkozienne, sur les salaires, les horaires de travail, les loisirs, la recherche, la sécurité de l’emploi, de la santé, de la formation, du logement, avec les privatisations, le démantèlement de la fonction publique, les inégalités croissantes en tous domaines, mais aussi pour frayer, dans une réalité en changement continuel et, sans doute, accéléré, des voies vers une société différente, moins inégalitaire, moins répressive, moins stérilisante.
 
Marx observait, dans Misère de la Philosophie, que « la ‘coalition ‘ [des salariés] a un double but : faire cesser la concurrence des ouvriers entre eux, pour pouvoir faire une concurrence générale au capitaliste. Si le premier but de la coalition n’a été que le maintien des salaires, à mesure que les capitalistes s’unissent à leur tour avec pour but la répression, les coalitions, d’abord isolées, se constituent en groupes et, face au capital toujours uni, le maintien des associations devient pour les ouvriers plus nécessaire encore que celui du salaire […] A ce point, l’association acquiert un caractère politique » ». Ce texte date de 1847 : on ne parle plus maintenant de coalitions mais de syndicats, le patronat n’est pas uni mais divers et travaillé par des contradictions, l’expérience prouve que le passage à la dimension politique est loin d’être mécanique et qu’en rester à la revendication n’a jamais permis de triomphe décisif sur le capital ; on le voit bien maintenant : des conquêtes des deux siècles passés sont balayées sans hésitation. On ne peut miser abstraitement sur le « rassemblement », mais travailler concrètement sur les contenus, les objectifs, la mise en œuvre, le mouvement des idées et des faits, et pas seulement sur les alliances dont Marie-George Buffet constatait il y a quelques mois que nous avons « surdimensionné » cette question. Mais il reste que les luttes sociales et civiques peuvent être des lieux et des moments de réflexion, d’approfondissement de la réflexion : elles donnent la possibilité de démystifier certaines opérations idéologiques du capital qui traînent, dominantes depuis des décennies : je pense à l’actuelle solidarité autour de la lutte des sans-papiers (hommes et femmes) qui montre concrètement – et cela commence à être compris – qu’il ne s’agit pas de délinquants, mais de travailleurs sans droits, hypocritement exploités, et qui, en outre, servent de moyen de pression sur les autres salariés.

Peut-on donner à ces luttes de véritables objectifs transformateurs ? On ne devrait pas se contenter de donner dans la presse des informations sur les privilèges, y compris les avantages financiers, dont jouissent les dirigeants des entreprises du CAC 40 en regard des salaires en berne et du chômage des jeunes, sans appeler explicitement à refuser concrètement cette société. Pas en condamnant simplement en paroles le capitalisme mais en le combattant partout, dans les entreprises, et aussi, à la différence de certains courants « à gauche de la gauche », dans les lieux du pouvoir politique où notre audience nous donne parfois accès, comme cela a été le cas à propos des OGM, malgré les limites évidentes des possibilités de notre action parlementaire en ce moment.

Cela nous donne des éléments concrets de départ pour reprendre, de façon moins abstraite (moins dogmatique sans doute) que ce qu’on a pu connaître jadis, la formation et la réflexion sur la société, son mouvement, ses contradictions, la lutte des classes, le marxisme, tout ce que nous pouvons et pourrions dire dans notre presse et dans notre activité sur la baisse du pouvoir d’achat (ne devrait-on pas poser d’abord la question de la valeur de la force de travail ?) en liant  du mieux possible ces questions à la théorie économique, à l’histoire, aux luttes passées, présentes et futures. Avec l’objectif de reconstruire un consensus combatif pour que ces reconquêtes soient le point de départ pour aller à une société plus juste, plus libre, plus égalitaire, plus ouverte. 

Arrivé ici, se pose la question du fonctionnement du Parti, tel qu’il est toujours, sur certaines questions délicates : formation et rôle du groupe dirigeant, rapports « base-sommet », rapports élus/parti, les élus communistes étant les élus des électeurs, mais aussi  une des expressions du Parti. Il me paraît clair que la définition et la dénomination de Parti Communiste vont de soi dans notre pays et peut-être en Europe occidentale, compte tenu de nos origines historiques, de notre expérience avec ses échecs, ses erreurs et ses succès.. Malgré le passage des ans et des siècles, je me sens descendant de Babeuf, je n’ai pas l’intention d’abandonner « l’Huma » de Jaurès préservée par Camelinat et je souhaite vivement qu’elle redevienne « organe central du Parti communiste français » et qu’on puisse ajouter « sauvé par ses militants et sympathisants », en référence à la réponse de l’ensemble du parti devant la crise actuelle (qui méritera un peu d’éclaircissements). Je souhaite vivement que nous évitions le sort de « l’Unità », devenue « journal fondé par Antonio Gramsci », sans audience, après avoir été « organe central du Parti communiste italien ».

Cela impose à l’évidence des transformations, des changements voire des renoncements individuels : je ne pense pas qu’il soit bon que nos instances nationales comptent un aussi grand nombre  de membres, que les voix du groupe dirigeant soient si souvent discordantes, mais regroupées de façon clanique, alors que chacun dit refuser l’organisation en tendances. Je ne crois pas qu’il soit de l’intérêt du parti, mais pas plus de celui des camarades impliqués, dirigeants et/ou élus, qu’il y ait d’inamovibles professionnels de la politique, courant le risque d’être un jour au chômage et/ou en mal de politique, sans compter le risque des successions tardives, difficiles ou hasardeuses. Je sais que cela ramène au problème non résolu de « l’après » et donc d’un « statut de l’élu » : « tout le monde n’a pas la chance » de pouvoir se recycler comme président de la filiale américaine de LVMH. Il me semble de l’intérêt de la démocratie que cette question soit posée publiquement, dans le parti et hors du parti.

Je ne sais pas si nous pourrons établir « un programme » pour les luttes à venir, mais nous devrions être au moins capables, en un premier temps, de redonner aux militants, aux travailleurs, aux citoyens, du souffle, de la créativité, de la combativité, de la colère, dans l’espoir et la volonté d’une société et d’un avenir moins sinistres que ce que nous promettent et préparent une droite vorace et une « gauche » perméable et résignée.
 
Pierre Laroche
Parti communiste français
Section  Paris 5e

 
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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 14:33
Aymeric Monville, qui nous avait déjà fait part de ses réflexions sur le dernier livre d'Alain Badiou, s'attaque maintenant à la pensée de Slavoj Zizek. Le débat est ouvert...

Liquidation, décroissance et Zizek

Les idées dominantes étant celles de la classe dominante, il n’est guère étonnant que l’anti-productivisme à la mode chez les couches moyennes, puisse trouver ça et là un écho au cœur des organisations ouvrières. Ce qui, par contre, est plus préoccupant, c’est l’empressement de la direction de notre parti à faire désormais de cette idéologie le nouvel horizon indépassable de notre temps. Ainsi l’Humanité, qui à défaut d’être le journal du Parti communiste se contente d’être celui de sa direction, donnait un bien étrange compte-rendu des discussions internes au parti. Rien bien entendu sur la révolte qui gronde contre la ligne de mutation-liquidation. Au contraire, selon le quotidien, les militants ne parlent entre eux que de décroissance, développement durable et renoncement au productivisme :

« Une idée émerge : au coeur du projet des communistes doit être placé un développement qui implique le dépassement de toutes les formes de domination et d’exploitation de l’homme par l’homme, de la femme par l’homme, de la nature par l’espèce humaine. Pour les communistes, cela impliquerait un renoncement définitif au modèle productiviste. Croissance, décroissance, nouvelle croissance, sont des options en débat.»  

(Olivier Mayer, « Le monde, le développement, l’union, le projet, le Parti : regards nouveaux », l’Humanité, 14 juin 2008. )

La nature exploitée ?

Il serait souhaitable que l’Humanité cessât d’attribuer, par le procédé très douteux des comptes-rendus de débats, des propos aussi ineptes aux camarades.

Lorsque le communisme se pose pour but de mettre fin à l’exploitation de l’homme par l’homme, il prend «l’homme » au sens générique pour manifester immédiatement que deux sujets entretiennent une relation sociale inégale (capitaliste et ouvrier), relation qu’il s’agit d’abolir, au nom, précisément, de l’humanité générique. Le tour de passe-passe consiste ici à abstraire graduellement ce rapport de ce contenu social concret, donc de vider de sa substance le motif premier de la lutte ; de la domination sociale du capitaliste sur l’ouvrier on passe à la domination ontologique de l’homme sur la nature. Le communisme n'est plus la lutte contre l'exploitation de l'homme par l'homme, mais la lutte contre le concept d'exploitation, de domination. Ainsi, le bûcheron qui coupe des arbres pour construire sa maison est mis sur le même plan que le capitaliste qui exploite l’ouvrier. Il suffira donc seulement de montrer que le productivisme est une « domination » de l’homme sur la nature pour faire de la décroissance le véritable aboutissement du projet «communiste », avec une facilité déconcertante.

Ce dualisme entre nature et histoire humaine montre que ces prétendus communistes, voire marxistes, voire « post »-marxistes en sont encore restés, au mieux, au subjectivisme kantien. S’ils ne sont même pas arrivés au niveau de Schelling, en revanche, ils se sont trouvé une nouvelle coqueluche : le philosophe Slavoj Zizek.

Un contresens sur la technique

L’homme de Neandertal « exploitait » déjà la nature en faisant des outils.  L’histoire de l’humanité n’est qu’une succession de modes de production. Et la nature de producteur n’a rien à voir avec le mode de production, contrairement à ce qu’affirme Slavoj Zizek, pour qui « le communisme marxiste, cette idée d’une société fondée sur une pure productivité extérieure à la structure du Capital, était un fantasme constitutif du capitalisme lui-même : sa transgression essentielle sous sa forme la plus pure ». (Slavoj Zizek, Fragile absolu. Pourquoi l’héritage chrétien vaut-il d’être défendu, Flammarion, Paris 2008, p. 31.)

Zizek confond productivité et production.  La productivité, c’est la production ramenée au temps de travail nécessaire à cette production. Dans toute société où on produit, c'est-à-dire depuis le début de l’histoire humaine, il y a donc productivité. C’est une notion quantitative totalement objective, banale. Notre philosophe s’en tire comme il peut en adjoignant l’épithète « pure » (???) qui donne subitement à ce concept banal une coloration mystérieuse, transcendantale, « fantasmatique », contre laquelle, bien évidemment, il est facile d'opposer sa raison. 

Ce qui, pour reprendre sa terminologie, est de l’ordre du fantasme, c’est bien l’idée qu’on pourrait en finir avec la production, diviniser le statu quo en mythifiant la nature. Dès que l’homme est confronté aux éléments naturels, c’est-à-dire menacé par eux, il ne peut s’empêcher de réagir par son activité.  Il est aussi poussé par ses besoins, notamment suite à sa sédentarisation : invention de l’agriculture, irrigation, construction des premières cités, etc. Les problèmes – éventuels – de mauvaise gestion des ressources naturelles restent un problème interne à la production.

Leroi-Gourhan nous mettait déjà en garde contre toute illusion d’un mouvement des mutations technologiques envisagé séparément des aptitudes et qualifications humaines, et hors de l’ensemble des rapports sociaux. Le développement technique ouvre simplement, pour l’ensemble de l’humanité et l’ensemble des rapports sociaux, un champ nouveau de possibilités, exigences, contraintes, risques. Et la manière dont les forces productives sont utilisées dépend des luttes en cours. Il faut abandonner en la matière toute conception positiviste, mécaniste ou finaliste.

C’est d’ailleurs pourquoi les récentes déclarations de Marie-George Buffet, à la réunion hautement symbolique de Tours, sur la nécessité de passer « du productivisme au développement durable » nous laissent sur notre faim. Elles ne posent pas la question pourtant essentielle : qui détient les moyens de production ? Envisager la production indépendamment de la formation, de la maîtrise des forces productives et des rapports de production, c’est faire régresser le mouvement ouvrier aux temps du luddisme.

En tout cas, nous ne pouvons pas accepter que les problèmes environnementaux auxquels nous sommes – ou pas – confrontés soient envisagés sous l’angle de la critique de la production, voire de celle la technique supposée aliénante en soi, puisque Zizek se place en ce domaine sous les auspices d’Heidegger.

Marx corrigé par Heidegger ?

En effet, le philosophe slovène pose délibérément les questions d’organisation de la production dans une alternative singulière, à mi chemin entre Marx et Heidegger :

    « Où en est-on aujourd’hui dans cette alternative qui oppose l’analyse marxiste classique (le capitalisme conçu comme une formation sociale concrète) aux tentatives – de Heidegger jusqu’à Adorno et Horkheimer – qui voient dans la folle danse capitaliste de la productivité l’expression d’un principe ontologico-transcendantal plus fondamental (« la volonté de puissance », « la raison instrumentale »), également à l’œuvre dans les tentatives communistes pour dépasser le capitalisme, et qui concluent à ce titre – comme Heidegger l’a formulé à une identité métaphysique de l’Américanisme et du Communisme ? »

Zizek conclut que « les deux camps ont tort ». Et il ajoute :

    « L’erreur fondamentale de Marx a été de conclure, sur la base de ces avancées, à la possibilité d’un nouvel ordre social supérieur (le Communisme), d’un ordre qui non seulement maintiendrait, mais aussi réaliserait la spirale productiviste perpétuellement en excès, laquelle, dans le capitalisme, en raison de sa contradiction ou de son obstacle constitutif, est continuellement déjouée par les crises économiques socialement destructrices. »

(Slavoj Zizek, Fragile absolu, op. cit., p. 30.)

 On voit mal comment l’on pourrait passer au communisme par un arrêt des forces productives dès le capitalisme. Ce en quoi il rejoint d’ailleurs un Badiou qui rajoute, dans la lignée des Fourrier, Proudhon et consorts, que le communisme doit être réalisé par « expérimentations locales » (Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Nouvelles Editions Lignes, Paris 2007, p. 155). Est-ce ainsi que l’on espère lutter contre le capitalisme et faire dépérir l’Etat ? Marx aimait à dire : donnez-moi le moulin à vent et je vous donnerai le Moyen-Âge. On peut ajouter que si l’on nous ramène ainsi au Moyen-Âge, c’est plus au féodalisme qu’au communisme que nous retournerons. Quant à l’arrêt de la logique productiviste dans un îlot local où le communisme à la Badiou-Zizek aurait triomphé – d’ailleurs on ne sait par quel miracle –, je ne donne guère cher de sa survie face à l’armada des puissances capitalistes.   

C’est d’ailleurs l’absence de réflexion sur la période de transition au communisme et la formation historique concrète des pays socialistes qui intrigue le plus chez nos deux penseurs, lesquels préfèrent s’en tenir à des généralités péremptoires sur le « stalinisme », phénomène dont ils ne proposent aucune conceptualisation sérieuse et auquel ils réduisent toute l’histoire des pays socialistes. Ce qui caractérise Badiou et Zizek, c’est que sous prétexte ne pas vouloir réitérer les erreurs du stalinisme, ils vont imputer ces erreurs non à des circonstances historiques précises, mais l’un (Badiou) aux fondements mêmes de l’organisation léniniste et l’autre (Zizek) à l’idéologie productiviste, en oubliant complètement que c’est le développement des forces productives qui rend le renversement du capitalisme possible.

Je précise que les thèses de Zizek et Badiou font presque désormais fonction de philosophie officielle du parti. En effet, l’Humanité a endossé la responsabilité de faire distribuer par les militants leur interview double: « Que peut la philosophie pour la politique ? » Intitulé auquel on aurait malicieusement envie de répondre : « que peut la politique pour la philosophie ? »
 
Mais puisque nous évoquons l’heideggérisme de Zizek, notons qu’il ne s’agit pas seulement d’un léger flirt avec le tristement célèbre contempteur de la technique, mais d’une réhabilitation complète, du moins au plan philosophique.

La pensée par additions

En effet, dans son dernier ouvrage, La Parallaxe, Zizek explique doctement que les marxistes (rien que ça)  

« approuvent le passage, accompli par Heidegger dans Sein und Zeit, du sujet extérieur observant le monde à l’homme comme être toujours-déjà-jeté, engagé dans le monde, bien qu’il ait été incapable de situer l’être humain dans la totalité historique de sa pratique sociale ; mutatis mutandis, il en va de même pour Levinas, Derrida, Rorty, certains wittgensteiniens (Dreyfuss), et même Badiou. »

(Slavoj Zizek, La Parallaxe, Flammarion, Paris 2008, p. 349.)

Mettons les choses au clair. Lorsque Heidegger dépasse le néo-kantisme par l’être-déjà-jeté – en fait en partant de présupposés de Husserl –, c’est-à-dire lorsqu’il propose le dépassement de l’être extérieur au monde par l’être au monde, il propose la résolution d’un problème interne à la philosophie bourgeoisie de son époque. Avec près de cent ans de retard sur les marxistes ! Il suffit d’évoquer la première thèse sur Feuerbach. Pour Feuerbach, le sujet est passif devant la réalité objective. Il ne reconnaît la réalité que comme sujet épistémologique et donc ne peut connaître l’histoire réelle.

Il faut toujours voir dans quelle mesure un « progrès » réalisé à l’intérieur de la philosophie bourgeoise peut être digne d’intérêt ou non. Surtout quand cet « être-au-monde », avec ses caractéristiques propres, n’apparaît et n'a de sens que dans un contexte philosophique qui est tout entière dirigé contre le marxisme. Comment un marxiste sérieux pourrait approuver ce point en l’isolant de tout le reste ?

Nous pouvons d’ailleurs poser la question : en quoi des philosophes ouvertement antimarxistes (Heidegger, Deleuze…) peuvent contribuer à un renouveau du projet communiste comme l’annonce Zizek ? En effet, l’éditeur du livre – dont le directeur de collection n’est autre que Badiou ! – affirme dès la quatrième de couverture, que son collègue slovène « tente de renouveler le matérialisme dialectique, tout en restant fidèle au projet communiste ». Il est d’ailleurs étonnant que pour renouveler un projet communiste, il faille faire appel exclusivement à des penseurs bourgeois du passé…

Comme de nombreuses fois dans l’histoire du marxisme, nous assistons à des tentatives pour « renouveler » ou « compléter » Marx en donnant tous les gages possibles à l’idéologie dominante. Ces phénomènes ne datent pas d’hier. Le marxisme de chaire s’est toujours caractérisé par ce genre d’éclectisme mutilant, qui noie le poisson en faisant semblant de découvrir la lune. A la fin du siècle dernier, le marxisme de chaire mélangeait Marx avec Spencer, Darwin, Lassalle. Puis on tenta de l’acoquiner avec l’existentialisme. Puis vint le temps des grands écarts théoriques. C’est la pensée par additions des années 70 : Marx + Nietzsche + Lacan = obsolescence du Parti Communiste (Ce qu’il fallait démontrer).

Freudo-marxisme ?

Mais plus que le contenu de ces références, c’est surtout leur absence d’articulation entre elles qui pose problème. En effet, la question n’est pas, par exemple, de nier certaines avancées indéniables présentes dans le corpus freudien, auquel Zizek puise abondamment ; mais il faut voir précisément en quoi une synthèse avec le marxisme est possible, autrement que par une juxtaposition de thématiques à laquelle il suffirait d’apposer le mot de « freudo-marxiste ». Par exemple, un marxiste peut très bien prendre acte des remarques judicieuses de Freud sur le rôle des névroses dans la pratique religieuse, mais il ne saurait accepter l’idée d’une « théorie psychanalytique de la religion » qui expliquerait la genèse du phénomène religieux par la seule névrose.

Le dernier livre de Zizek, La Parallaxe, qui se veut une réinterprétation des graves problématiques épistémologiques qui ont scandé l’histoire de la philosophie, témoigne de ces impasses. Personne ne niera que presque toutes les révolutions philosophiques, s’articulent autour de questions épistémologiques et cognitives. Les avancées en la matière ont eu d’importantes répercussions politiques et ont grandement contribué à saper les concepts féodaux et bourgeois de la réalité. Mais de toutes ces avancées, la seule dont – et c’est un comble pour un « marxiste » – Zizek ne fait jamais état, c’est celle du statut du sujet traversé par les enjeux de classe et les rapports de production. En revanche, Zizek se montre très disert sur le fameux « décentrement » du sujet lacanien qu’il interprète dans le sens d’un scepticisme. Malgré tout le respect que l’on peut avoir pour l’inventeur de la psychanalyse et son continuateur le plus célèbre, la freudisation du sujet au détriment d’une approche sociale et historique de l’être humain n’est qu’une régression conceptuelle.

L’Humanité, une fois de plus, tombe à pieds joints dans le panneau et présente La Parallaxe comme une « astucieuse modification du ‘freudo-marxisme’, jadis repoussé par les héritiers immatures de Marx et aujourd’hui devenu compatible avec le communisme de la maturité, qui évidemment brille… par son absence » (Arnaud Spire, « Remue-méninges dans la dialectique », in l’Humanité, 11 juin 2008). Là aussi, camarades, avant de nous donner des leçons de « maturité », assurez-vous de bien savoir de ce dont vous parlez.

Renouveler le matérialisme dialectique, pourquoi pas ? Le marxisme n’est pas intouchable. Mais encore faut-il l’articuler à un programme politique et là Zizek n’est guère disert. Certes, contrairement à Badiou, dont les thèses représentent une offensive immédiate portée contre notre organisation, Zizek n’est pas un adversaire objectif. Si ce sont précisément les ambiguïtés et imprécisions que recèle sa pensée qui le rendent tolérable en milieu bourgeois, reconnaissons qu’il utilise au moins ce malentendu pour redonner une visibilité médiatique à Marx et Freud. De quoi redonner au moins envie de lire dans le texte ces deux grands penseurs de la déterminité. Mais comprenons bien qu’en l’état, son œuvre comporte des reculs théoriques à terme extrêmement préjudiciables.

Aymeric Monville

Aymeric Monville est membre du PCF et auteur d'essais philosophiques, éditeur et collaborateur de Michel Clouscard.




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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 16:29
Extrait de l'interview sur France Inter de Joseph Stiglitz, ancien conseiller économique de Clinton, ancien vice-Président de la Banque mondiale, Professeur d’économie à l'Université de Columbia,
Prix Nobel d’économie en 2001.



« - J. Stiglitz : 
Il faut avoir plus de transport public, plus de culture, avoir un nouveau modèle de vie, de société.

- Le Journaliste:
Vous n'êtes pas contre les 35h ? Ce n'est pas parce qu'on travaille moins  qu'on est dans une économie moins efficace?

- C’est exact, je crois que la question est comment concevoir une nouvelle efficacité, une nouvelle technologie, accroître la  qualité de la vie... On pourrait avoir plus de loisirs. […] Les Américains nous donnent un excellent exemple, ils travaillent de plus en plus mais qu’est-il arrivé à leur qualité de vie ? Ils n’ont plus de temps à passer ensemble. »

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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 17:45

Les Communistes de l’ENS vous invitent à débattre sur le thème de « L’IDÉOLOGIE EUROPÉENNE » autour de la sortie d’un livre militant consacré à la question en présence des auteurs
 
BENJAMIN LANDAIS, AYMERIC MONVILLE ET PIERRE YAGHLEKDJIAN

lundi 31 mars à partir de 19h30
Amphithéâtre Rataud, ENS - 45 rue d'Ulm

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Rapidement mentionnée puis vite passée sous silence par les médias
dominants, la ratification du « Traité de Lisbonne » par le parlement au
début du mois de février 2008 semble définitivement oublié après la
période des élections municipales. A la poubelle la victoire du «Non» à la
constitution européenne ? Pourtant, le 4 février 2008 marquera sans doute
dans l’Histoire de France le premier coup d’Etat politique du XXIe siècle.
Avec la bienveillance du Parti Socialiste, la nouvelle gouvernance à
l’américaine aura montré que la volonté souveraine exprimée par plus de 15
millions de Français en mai 2005 peut être violée par 560 parlementaires
moins de trois ans plus tard. Qu’importe puisque « L’Europe est sortie de
l’impasse ! ».

Il était donc urgent de reprendre l’offensive dans les luttes comme dans
l’analyse de ce que sous-tend réellement la « construction » européenne.
Car force est de constater que même la « Gauche du NON », qui prétend «
réorienter » l’UE et lui donner un contenu « social », a déserté ce
terrain.

La rédaction collective de ce livre a été guidée par trois idées
directrices :

• Identifier les conséquences réelles de la « construction » européenne.
• Retracer la généalogie de l’Europe en tant que mythe politique et culturel.
• Face aux impasses théoriques de l’altermondialisme, tenter de comprendre
dans quelle logique impérialiste l’Europe s’inscrit.


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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 11:59
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Il y a quelques semaines, on célèbrait la journée des femmes. Un article de Michèle Camous (PCF Paris 12) revient sur cette journée, et sur les luttes féministes pour l'égalité.


La journée des femmes a été l’occasion pour les uns et les autres d’y aller de leurs discours trop souvent réduits à un hommage plus ou moins sincère aux femmes, ou bien à des déclarations compassionnelles sur ces pauvres femmes qui continuent, année après année, à cumuler travail professionnel et travail domestique.

Pour les plus jeunes hommes ou femmes, cette journée du 8 mars peut apparaître quelquefois comme une commémoration de plus. Pourtant, l’officialisation de cette journée par l’ONU en 1977 est le résultat de plusieurs décennies de luttes des femmes du monde entier pour la reconnaissance de leur place dans la société, leur liberté, leur dignité et l’égalité.

Les femmes n’ont jamais été seulement des épouses ou des mères. La plupart d’entre elles a toujours travaillé, que ce soit à la ferme, dans l’artisanat ou dans le commerce de leurs maris. La grande transformation du travail des femmes s’est faite par leur arrivée massive dans les emplois salariés dès la fin du 19ème siècle. Et pourtant, ce n’est qu’en 1907 qu’elles ont eu le droit de disposer librement de leur salaire et ce n’est que depuis 1965 que leur mari ne peut plus s’opposer à leur activité professionnelle. Aujourd’hui, elles sont presque aussi nombreuses que les hommes à travailler. Mais en matière de salaire et d’égalité professionnelle, malgré toutes les lois qui se sont succédées depuis 1972, le compte n’y est toujours pas.

Pour qu’elles obtiennent enfin la qualité de citoyennes à part entière en 1945 avec le droit de voter et d’être élues, il a fallu leurs luttes opiniâtres soutenues particulièrement par le PCF qui, dès les années 20, présentaient des femmes sur ses listes. Mais, là non plus, le compte n’y est toujours pas.

Dans les années 60/70, sans doute dans un contexte accéléré par la remise en cause de toutes les hiérarchies très présente dans le mouvement de 1968, les femmes se sont battues et ont obtenu le droit d’être maîtresses de leur corps avec le vote mouvementé des lois sur la contraception en 1967 et autorisant l’IVG en 1975. C’est, à mon avis, une des conquêtes les plus importantes parce qu’elle rend les femmes maîtresses de leur décision d’avoir ou de ne pas avoir d’enfant, de leur orientation sexuelle comme pour les hommes. C’est tout leur rapport au couple, à la société et à elles-mêmes, qui se trouve changé. C’est un des moyens de les soumettre, de les dominer, qui ainsi disparaît. Mais, comme la plupart des acquis, ces avancées sont régulièrement remis en cause.

Le patronat a besoin d’un salariat bon marché, flexible, corvéable à merci. Avec la droite, il parle d’égalité mais réussit à obtenir des lois qui précarisent de plus en plus les salariés et en premier lieu les femmes avec notamment les temps partiels imposés, le travail du dimanche et le travail de nuit.

Le gouvernement Sarkozy/Fillon parle d’égalité mais il refuse d’augmenter le SMIC alors que 8 smicards sur 10 sont des femmes. Il refuse aussi de revaloriser les petites retraites qui sont principalement le lot des femmes. Et il prévoit de ramener de 30 à 5 ans la possibilité d’obtenir réparation pour discrimination, notamment de genre.

En matière de vie citoyenne, malgré la loi sur la parité l’Assemblée Nationale, par exemple ne compte en 2008 que 18,6% de femmes élues et le gouvernement, à l’occasion des élections municipales et cantonales, vient de remettre en cause indirectement l’efficacité de cette loi avec l’instauration de binômes titulaires/suppléants pour les candidatures aux Conseils Généraux. A votre avis, les remplaçants seront-ils des hommes ou des femmes ? Le résultat est prévisible dès maintenant : il y aura encore moins de femmes titulaires. Et puis, il faut créer les conditions de leur engagement en obtenant l’instauration d’un statut de l’élu, sans cesse refusé par la droite, qui permettra à tous les élus d’assumer pleinement leur mandat électif. Ce serait bénéfique aussi pour les hommes qui ne sont pas tous administrateurs de société ou exerçant une profession libérale.

En matière de droit à la maîtrise de leur corps, l’arrêt de la Cour de Cassation ouvrant la possibilité de donner un état civil à un fœtus mort avant l’accouchement soulève de grandes inquiétudes. C’est le statut de l’embryon qui est remis en question avec toutes les conséquences possibles de remise en cause du droit à l’IVG. S’y ajoute un manque cruel d’équipements et de personnels qualifiés pour les accompagner, et en particulier pour les très jeunes filles, dans leur choix de planification familiale. La maternité n’est pas mieux lotie et nous connaissons dans le 12ème des exemples montrant la nocivité de la politique de la droite qui met les établissements au bord de la faillite. C’est toute la santé qui est menacée en restreignant les moyens pour les naissances.

Enfin, un collectif national, auquel participent pleinement les communistes, a passé plusieurs mois à élaborer une loi contre les violences faites aux femmes. 4000 femmes sont violées chaque mois, une femme est tuée par son compagnon tous les 3 jours, 1 femme sur 10 se déclare victime de violences conjugales. Mais seulement 13% portent plainte. Le temps des souffrances silencieuses est donc très loin d’être révolu. Il faut hausser le ton et exiger des parlementaires et du Président Sarkozy (c’est encore une promesse non tenue) qu’ils votent enfin la loi-cadre contre les violences faites aux femmes.

Certains et même certaines disent « le féminisme c’est fini ». Pourtant l’examen des réalités montre tout le contraire. Et les discours de N. Sarkozy, martelant l’idée que les religions sont à la base des civilisations, permettent aux courants les plus réactionnaires de relever la tête ; c’est le cas un peu partout en Europe. La laïcité est menacée et c’est dangereux pour les femmes.

Il reste encore beaucoup de « Bastilles » à prendre et le féminisme a de l’avenir. On pourrait même dire que c’est l’avenir vu comme lutte émancipatrice contre toutes les ségrégations, toutes les formes d’exploitation, de domination y compris patriarcale. Le capitalisme se nourrit de toutes ces aliénations. Il a intérêt à la séparation des rôles qui divise celles et ceux qu’il exploite. Le féminisme c’est aussi le respect de l’autre, de celui ou de celle qui est différent.

Les luttes des femmes sont en train de prendre un élan nouveau malgré les difficultés, comme la lutte remarquable des femmes salariées du commerce, des hospitalières et aussi des étudiantes et lycéennes.

Les communistes sont bien décidés à mettre toutes leurs forces au service de celles et de ceux qui se battent, qui veulent une société une société qui permette l’émancipation, l’épanouissement de toutes et tous, en se servant de tous les points d’appui.
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7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 10:27

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La politique.
Selon le dictionnaire historique de Jean  Rey , le mot vient du latin politicus : relatif au gouvernement des hommes, lui-même emprunté au grec politikos : ce qui concerne les citoyens, l'Etat. Polis est la cité ou l'Etat.

La politique concerne donc la façon dont les êtres humains vivent ensemble. Elle est le vecteur d’un type de société. La politique intervient dans le quotidien de chacun au travers de la santé, du logement, du travail, de la culture, du rapport aux autres.

Il est temps de rendre au mot « politique » son sens premier et de rompre avec l’idée aujourd’hui très répandue et alimentée par les figures politiques les plus en vue. La politique n’est pas la conquête d’un pouvoir personnel, il ne s’agit pas de joutes oratoires creuses et dépourvues de toute conviction. La politique n’est pas un jeu télévisé auquel ne participe qu’une élite autoproclamée de puissants, nombriliste et coupée de la réalité du peuple. Ce n’est pas faire des sourires 2 fois l’an sur les marchés et serrer des mains devant les caméras. La politique c’est le combat pour l’augmentation des salaires, la construction de logements sociaux, la défense de la Sécurité sociale, l’accès à l’éducation pour tous, c’est le soutien aux sans-papiers, c’est la lutte pour le maintien des cinémas indépendants et l’indépendance des médias.

La politique appartient à tous et chacun a son mot à dire et le pouvoir de changer les choses.

Faire de la politique pour les militants communistes, c’est être à l’écoute de chacun et de tous et agir pour qu’ensemble nous construisions une société d’avenir solidaire et juste, c’est lutter contre les injustices et les inégalités que porte en son sein le système capitaliste, c’est ne pas se résigner mais  se battre, parce que l’Homme, et non le pouvoir et l’argent, est au cœur de nos préoccupations. C’est pourquoi, tout au long de l’année (même en dehors des périodes électorales !) nous sommes présents au quotidien sur les marchés, aux portes des entreprises et des universités, dans les mouvements sociaux. Notre engagement ne se résume pas à une ambition électoraliste ; nous voulons porter le combat communiste au quotidien.

Aujourd’hui, pour les municipales, en faisant liste commune avec le PS dans le 5ème arrondissement, c’est votre voix que nous souhaitons porter, les droits de tous que nous souhaitons défendre.
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1 mars 2008 6 01 /03 /mars /2008 23:13
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La laïcité ne va pas de soi : est-ce le refus de toute les religions ou leur acceptation ? Acceptation par qui : par la société, par l’Etat ? De nombreux Etats, y compris de ceux que l’on dit « modernes », ont des rapports privilégiés avec une religion : « Gott mit uns », disait l’Etat nazi, « In God we trust » dit la monnaie des Etats Unis, pays où l’on jure sur la Bible au tribunal ; en Grande-Bretagne le roi (ou la reine) est le chef de l’Eglise anglicane ; de nombreux Etats sont plus ou moins ouvertement théocratiques : en Israël et en de nombreux  pays à dominante musulmane. D’autres, de tradition chrétienne, ont établi un concordat avec le Vatican.

Quand on se demande par quoi commencer pour parler de laïcité, il me semble donc qu’il faut commencer par l’Etat, pas par la religion. Et cela ne regarde pas que l’enseignement, c’est toute la société qui est concernée par la question de la laïcité.

En France, la laïcité s’est construite après des siècles où l’Etat s’appuie – parfois de façon conflictuelle - sur le christianisme, dominateur par la parole, par la censure, la contrainte et la violence, y compris dans ses conflits internes entre diverses Eglises se réclamant du christianisme : albigeois, calvinistes, luthériens, catholiques, etc…. On peut, on doit, condamner la charia qui sanctionne une femme adultère par la lapidation ; cela n’efface pas les méfaits de l’Inquisition, les procès en sorcellerie conclus par le bûcher, la main-mise de l’Eglise chrétienne sur l’éducation, sur le droit et la justice, son rôle dans les Croisades, dans la conquête de l’Amérique, la place de nombreux missionnaires dans la colonisation de l’Afrique. Dans ces domaines, au nom de Dieu, avec le soutien de l’Eglise et de la quasi-totalité de la noblesse et du clergé puis d’une bonne partie de la bourgeoisie, l’Etat, la monarchie puis la République française, ont été de tous les mauvais combats jusqu’à la fin du XIXe siècle

La laïcité est donc dans notre pays le résultat d’un long combat commencé dès avant la Révolution et qui s’est poursuivi jusqu’au XXe siècle. Un combat pour une société et un Etat fondés sur la liberté, l’égalité et la fraternité, en substitution de la foi, l’espérance et la charité, les trois vertus théologales, combat qui apparemment n’est pas achevé en ce début du XXIe  siècle.

En effet, dans ce domaine comme dans les autres, « rien n’est jamais acquis à l’homme ». On voit bien la place que tendent actuellement à occuper les religions dans la vie politique de la Pologne ou des Etats-Unis, tout comme dans nombre d’Etats africains ou du Moyen-Orient. On la voit quand le Pape efface progressivement les avancées de Vatican II, non seulement dans le rite, ce qui reste une affaire intérieure à l’Eglise, mais dans la vie sociale, en démantelant, avec son prédécesseur, la théologie de la libération, en relançant la croisade contre l’IVG, l’homosexualité, la contraception, l’euthanasie, en cherchant à être reçu dans la principale université de Rome, comme il vient de le tenter en vain. En attendant de chercher à entrer dans la chapelle et le Grand Amphi de la Sorbonne ?

Dans ce contexte, comment ne pas s’inquiéter des propos du Président de la République dans la dernière période. Il ne m’appartient pas de rappeler qu’il est divorcé et que donc, il est exclu de la communion : c’est une affaire entre lui et sa religion. On a pu remarquer cependant qu’il y a apparemment des arrangements possibles, sinon avec le Ciel, du moins avec le Pape.

Mais c’est sa religion personnelle qui est en cause, la religion de Monsieur Nicolas Sarkozy, pas une sorte de religion d’Etat de la France ; ses prédécesseurs  de la 5e République ont toujours fait la différence (« Vous dites que la France est catholique, mais la République est laïque », Ch. De Gaulle aux évêques français, 1958). Que lui efface. Ostensiblement. Et c’est bien ce qui fait problème. Il n’y a pas de religion d’Etat en France et aucune, ni l’une ni toutes, ne peut faire l’objet d’une promotion, contrairement à  ce que l’on a vu et entendu ces dernières semaines. La question n’est pas de refuser ou de pactiser avec une ou des religions : c’est tout simplement hors sujet, ce n’est pas l’affaire de l’Etat. C’est un des fondements de la République française (Jean-Louis Debré y voit à juste titre « un des piliers de la République ») depuis la loi du 9 décembre 1905 (« loi de séparation des Eglises et de l’Etat »), malgré certaines anomalies qui s’expliquent (pas très bien) par des spécificités historiques, comme dans les cas de l’Alsace ou de la Guyane. Mais il est illégal que l’Etat subventionne des établissements d’enseignement motivés par une doctrine religieuse, des hôpitaux où figurent des symboles religieux, où interviennent des personnels religieux : l’école publique est laïque, les services publics sont laïques, de par la loi : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes (art. 1) […] La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte (art. 2) »

C’est donc clairement en contradiction avec cette loi que le chef de l’Etat affiche, en tant que tel, sa croyance et donne son aval public et officiel à une ou des religions, comme cela vient de se passer lors d’épisodes récents, sa visite d’allégeance au Vatican et son voyage en Arabie Saoudite.

Il est contraire à la loi de 1905 que le chef de l’Etat, qui n’est pas le chef d’une église, quelle qu’elle soit, dévalue la fonction civile des enseignants au motif qu’ils ne seraient pas porteurs d’espérance : « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé […] parce qu’il manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ». N’en déplaise à l’auteur de cette analyse, nous sommes des millions à avoir bénéficié de l’abnégation, du charisme des « hussards noirs de la République » et de la leçon de vie de professeurs pour qui compte en premier lieu la formation culturelle et humaine de leurs élèves et étudiants. Et dont bon nombre ont transcendé la peur pour défendre un avenir de liberté, égalité, solidarité. Cette espérance dont sont porteurs les enseignants est du domaine de la vie sur terre, de la formation des hommes à la vie sociale, au travail, au plaisir, à la culture.

Ensuite, il est faux de déclarer : « la laïcité a essayé de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû » (Rome, basilique Saint-Jean de Latran, 20 décembre 2007). Or la laïcité n’est pas anti-religieuse : il y a eu des conflits dans les premiers temps de l’application de cette loi, mais ils étaient dus pour l’essentiel à l’opposition de forces franchement rétrogrades, anti-républicaines, souvent de matrice antidreyfusarde, ou de courants catholiques qui n’acceptaient  toujours pas l’affirmation que le pouvoir n’est pas de nature divine, mais doit être l’émanation du peuple souverain et que tous les actes de la vie civile doivent être soustraits à l’emprise religieuse.

Il est contraire à la loi  encore que le Président de la République française chante (Discours à Riyad, 16 janvier 2008) les louanges de « Dieu transcendant qui est dans la pensée et le cœur de chaque homme », « n’asservit pas l’homme mais le libère », avec pour corollaire que toutes les grandes religions et toutes les grandes philosophies enseignent que « l’homme n’est pas sur terre pour détruire la vie mais pour la donner », allusion transparente aux prises de position de l’Eglise catholique contre  l’avortement, l’euthanasie, la contraception. Et de s’appuyer sur cette démonstration un peu courte pour fonder « la politique de civilisation dont le monde a besoin aujourd’hui »  et appeler toutes les religions à s’unir pour « combattre  contre le recul des valeurs morales et spirituelles, contre le matérialisme, contre les excès de l’individualisme ». 

La religion, les religions comme fondements de la civilisation ! On n’en est pas à brûler Giordano Bruno et exiger de Galilée qu’il se renie, mais comment comprendre ces propos autrement que comme la négation de la laïcité, la mise hors la loi des agnostiques et des athées ? Et qu’importe, pour ce dont nous parlons, que ceux-ci soient ou non majoritaires dans notre pays. La seule question porte sur le droit de chacun à la liberté de conscience et à l’égalité d’accès et de participation à la vie sociale. Alors, à quelle fin est-on en train de  changer les rapports entre l’Etat et les Eglises en France ?

Après avoir mis à l’ordre du jour le démantèlement des principes et des lois issus du Front Populaire, de la Résistance, de 68, ce nouveau coup de pied serait-il un premier pas vers une modification ou abrogation de la loi de 1905, fruit de la pensée et de l’action de Voltaire, de la Révolution et de toutes les luttes émancipatrices du XIXe siècle ? Encore une fois, le président Sarkozy, dans son entreprise de révolution conservatrice, frappe au niveau de l’idéologie, contre tout ce qui conforte les idées de lutte, de conquête de droits et de libertés pour favoriser en revanche les idées de résignation à la fatalité des différences de classe.

On peut le craindre : il y a probablement aussi là-derrière une autre idée pernicieuse : reconnaître comme fondements de la société une des sources du communautarisme, en faisant que les religions doivent contribuer à l’ordre social, à la « politique de civilisation ». A ce titre, les associations cultuelles pourraient être subventionnées comme des associations « loi de 1901 » et le Conseil économique et social pourrait leur être ouvert : on sait que des projets existent qui vont dans ce sens et chacun comprendra aisément que le pouvoir d’Etat fera en sorte que soient soutenues d’abord les associations qui ne remettront pas en cause l’ordre social. Ce modèle de société, qui fonctionne aux Etats-Unis, permettrait à des collectivités, fondées sur les origines géographiques ou les convictions religieuses de leurs membres, de prétendre être l’expression de ces groupes et de peser sur la vie sociale, culturelle, économique, politique, au mépris d’objectifs sociaux, économiques et politiques liés aux conditions de vie et de travail de ceux qui composent ces collectivités, et donc au mépris de la recherche de droits universels et au risque de rapports conflictuels entre elles.


Pierre Laroche,
Parti communiste français
Section Paris 5e
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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 18:26
Note de lecture sur un passage du Dix-Huit Brumaire de Louis Bonaparte de Karl Marx.
Par Olivier Ritz et Marine Roussillon.


dix-huit-brumaire.jpgNous nous sommes beaucoup interrogés ces derniers temps sur l'impact de l'individualisme sur la lutte des classes: n'avons-nous pas sous-estimé l'importance de l'idéologie ? En ne menant pas suffisamment le combat idéologique, n'avons nous pas laissé s'installer un individualisme nocif à toute vélléité d'organisation collective, de lutte, de solidarité ?

Marine a déjà réfléchi, ailleurs, sur les contradictions de l'individualisme caractéristique de l'idéologie dominante et sur les possibilités d'exploiter ces contradictions pour faire triompher l'aspiration à l'émancipation individuelle et collective, et le projet communiste. Nous souhaiterions plutôt ici recontextualiser cette question de l'individualisme dans un double rapprochement: rapprochement historique d'abord, qui permettra de ne pas se laisser abuser par les apparences de nouveauté du phénomène, rapprochement économique ensuite, qui posera les jalons d'une réflexion sur les fondements économiques de cette évolution idéologique.

Pour points de départ, un passage de Marx, repéré au hasard d'une lecture, et un rapprochement fréquent et sûrement trop facile entre notre actuel président et le premier président de la République élu au suffrage universel en France: Louis Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III.

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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 00:25
Une contribution de Pierre Laroche

Les années 70 ont été marquées par des avancées sensibles des mouvements de libération, notamment au Vietnam, bien sûr, mais aussi, sous d’autres formes et sur d’autres objectifs de libération, aux Etats-Unis et en Europe. On peut quand même dire que l’on a ressenti comme un point d’orgue symbolique la fuite sans gloire des Américains réfugiés sur le toit de leur ambassade à Saïgon le 29 avril 1975, devant la guerre des Vietnamiens pour leur indépendance.

Point d’orgue mais aussi point de rebroussement.

Car il y a eu de la part des classes dirigeantes des réactions diverses, économiques, financières, politiques, militaires, appuyées ou liées à une réponse idéologique diverse, certainement pas univoque, probablement pas entièrement concertée, mais puissante et parfois violente. Nous avons alors parlé de « guerre idéologique », de « contre offensive de l’impérialisme » : expressions contestées au sein du parti et en dehors, contestables peut-être. Toujours est-il que les idéologies conservatrices ou rétrogrades ont, sans nul doute, pesé face aux aspirations libertaires, pour faire revenir dans les consciences des idées hostiles à des transformations révolutionnaires.

Dans l’église catholique, face aux orientations du Concile Vatican II (1962-1965) et à la théologie de la libération en Amérique du sud, la Congrégation Propaganda Fide rejette la théologie de la libération en 1984-86 à l’initiative de Jean-Paul II (élu pape en 1978) et du cardinal Ratzinger, au motif que cette réflexion d’une partie importante des catholiques et du clergé d’Amérique du sud liait la question de la rédemption à l’engagement politique et à la violence contre les dirigeants politiques et économiques. Le pape et son futur successeur reconnaîtront d’ailleurs que cette approche pouvait comporter des éléments positifs. Mais ils lui ont fait cette concession dans les années 90, quand elle avait été très affaiblie.

En 1976, l’Internationale socialiste, à son congrès de Genève, décide que ses forces devront être présentes partout où il se passe quelque chose. Selon le mot d’ordre de ce congrès : lutter contre le capitalisme exploiteur et contre le communisme d’Etat et de parti unique.

En 1968 naît le Club de Rome, qui soutient l’objectif de la croissance zéro, en réaction contre la « culture » de la consommation.

En juin 1972, David Rockefeller, rapidement rejoint par Zbigniew Brzezinski, conseiller politique au Département d'État, qui deviendra en 1977 conseiller du Président des Etats-Unis Jimmy Carter, avance le projet de ce qui va devenir la Commission Trilatérale, officiellement créée à Tokyo le 1er juillet 1973 et à laquelle participèrent, sauf erreur de ma part, Raymond Barre et Valéry Giscard d’Estaing. En 1977, dans sa Présentation de la Trilatérale par la Trilatérale, cette commission se présente comme « une organisation orientée vers la prise de décision » entre les « démocraties industrielles », définies comme « une communauté ayant son identité propre et constituant un enjeu vital ». Le document précise que le système de l’après-guerre est dépassé («une puissance était prédominante - les Etats Unis - tandis que les autres lui sont étroitement associées ») et qu’il est nécessaire de « promouvoir un ordre international plus équitable », en mettant en place un « travail en commun entre les régions trilatérales, la Commission devant générer le contexte favorable à la concrétisation de cet effort». Ce qui confirme qu’il y a des contradictions internes au capitalisme, y compris au plan de l’idéologie et qu’une certaine tendance du réformisme, axée sur l’hypothèse d’un rôle de l’Europe comme contre-poids, était encore crédible. Mais en 1981, Ronald Reagan est élu président des Etats-Unis et va s'attacher à réaffirmer le leadership américain.


La double question que je veux poser est la suivante : les reculs mondiaux des forces de libération et de leurs idées sont-ils dus uniquement aux faiblesses et aux erreurs de ce qu’on a appelé le « camp socialiste » et notamment des dirigeants soviétiques, auxquelles se sont ajoutées les erreurs des partis communistes occidentaux, par suivisme, manque de créativité, perte du contact avec les évolutions politiques et économiques ? Ou bien, le durcissement politique du capitalisme dans le domaine idéologique à partir des années 70 n’a-t-il pas lourdement pesé sur l’histoire du monde et n’a-t-il pas largement contribué à la dynamique qui a conduit au monde actuel ? Regroupant les deux ensembles de questions : avons-nous bien fait face à cette bataille idéologique (culturelle, dans un sens large du mot), ne l’avons-nous pas sous-estimée ? Avons-nous su être sur ces terrains ?

En bref, n’avons-nous pas sous-estimé la place de la lutte idéologique, alors comme aujourd’hui ? Ainsi, dans nos analyses de ce qu’on peut appeler des erreurs ou même des crimes des pays du camp socialiste, après les avoir couverts, nous ne les avons pas analysés fondamentalement, mais condamnés sur un plan moral, ce qui n’est pas rien mais n’épuise pas la question.

N’accablons pas les camarades qui raisonnaient jadis en termes de « camps », un concept né des modalités de la fin de la guerre (accords de Yalta) et qui, en 1956, voyaient disparaître une « démocratie populaire », apprenaient que les hobereaux hongrois préparaient leur retour, qu’on pendait des communistes à Budapest, qu’à Paris on brûlait le siège du PCF alors situé au carrefour Kossuth (alors carrefour de Chateaudun). Ils y voyaient donc une régression du « camp socialiste ».

Quant à l’intervention soviétique en Afghanistan en 1979, elle était motivée par des raisons difficilement acceptables, de politique de grande puissance, colonialiste pourrait-on dire, dans la situation de la guerre froide. Mais il existait aussi d’autres éléments d’explication : la certitude – hélas confirmée – que l’Afghanistan risquait non seulement d’être déstabilisé, mais de régresser vers un Etat confessionnel médiéval, répressif, avec en particulier des mesures anti-féminines comme la lapidation.

Nous avons ensuite dit qu’on ne construirait pas le socialisme sans et encore moins contre la démocratie, sans peut-être définir suffisamment ce terme, mais c’était quand même un véritable pas en avant..

Mais nous avons aussi dit que les erreurs tenaient à ce qu’on n’avait pas compris qu’on ne peut exporter la révolution et la démocratie. Pourtant, nous avions une expérience en la matière : les Français l’ont fait en Italie à la fin du XVIIIe. L’export de la démocratie, les USA s’en prévalent partout, et nous l’avons approuvé dans le cas de leur participation à la défaite du nazisme. Il y a eu d’autres cas, différents : les Brigades internationales en Espagne, l’intervention vietnamienne pour libérer le Cambodge du régime de Pol Pot. Pouvait-on aller jusqu’au « devoir d’ingérence » ? Est-il exact que les Vietnamiens ont refusé le renouvellement de l’expérience espagnole des Brigades internationales dans leur guerre de libération contre les Américains. Mais la contre-révolution s’exporte : au Viet Nam, en Amérique latine, à la Grenade, en Afghanistan, en Irak, j’en oublie et la liste n’est hélas pas close.

Pour ce qui est de l’exportation de la Révolution française en Italie, elle me ramène à mon propos. Cela n’a pu se faire de façon durable que parce que le XVIIIe siècle italien (notamment en Lombardie, mais aussi à Naples) a été très fécond en réflexions sur l’Etat, le pouvoir, l’équilibre des pouvoirs, la place du « peuple » : des soulèvements ont éclaté dans divers Etats italiens, indépendamment de l’intervention française. Ici, la bataille des idées a conditionné la suite. La philosophie des Lumières était tellement liée à la France pré-révolutionnaire que, lorsque est sorti en Italie et en italien le livre de Cesare Beccaria Des délits et des peines, on a dit en Italie que c’était forcément la traduction italienne d’un ouvrage français (c’était faux, évidemment). L’intervention française a quand même, sinon exporté, du moins contribué à la diffusion des idées de la Révolution, de la transformation politique (et sociale jusqu’à un certain point, mais cela nous entraînerait trop loin. Albert Soboul a dit, selon moi, l’essentiel sur cette question).

Il n’y a pas à faire le procès de qui que ce soit. Nous avons fait beaucoup de choses et nous avons obtenu des résultats. Mais maintenant comme en d’autres périodes, ne sommes-nous pas en deçà des besoins en matière de réflexion théorique (je suis réticent devant l’adjectif « idéologique » en ce cas : le marxisme n’est pas une idéologie, mais une théorie matérialiste de la transformation révolutionnaire du réel) : ne restons-nous pas souvent sur l’immédiat et le conjoncturel ? Pour prendre, pas tout à fait au hasard, un exemple proche et concret : pendant ces dernières semaines de luttes, nous avons pris, tant bien que mal, la défense des travailleurs des entreprises publiques, des étudiants et des lycéens, nous avons été à leurs côtés. Mais avons-nous été assez été offensifs sur les  idées à faire reculer et celles à faire avancer : nous n’avons sans doute pas suffisamment mis en cause le capitalisme, nous n’avons pas fait reculer la résignation à sa domination, nous n’avons pas assez fait progresser le refus de l’exploitation. Nous avons accusé le personnel politique, nous avons dénoncé la politique du pouvoir, sans doute pas assez le MEDEF, et  pas explicitement le système économique et social. Nous avons eu une condamnation morale à propos des augmentations des  indemnités  des parlementaires et du président de la République en les mettant en parallèle avec les baisses du pouvoir d’achat des travailleurs. C’était justifié, mais partiel, presque anecdotique, au vu des enjeux, au vu des cadeaux, fiscaux et autres, faits aux classes possédantes, aux grandes entreprises privées, au capital financier : ces phénomènes ne sont pas en parallèle, ce qui va de pair ce sont l’exploitation du travail et la montée fabuleuse des profits, de moins en moins liés à la production mais à la spéculation financière.
   
La place de l’idéologie a été  très spectaculaire ces dernières semaines. Sarkozy a été relativement discret, mais les ministres se sont succédés à la radio et à la télé. Et surtout l’information radio et TV a été massive, avec la reprise constante, jour après jour, de thèmes et de termes agressifs contre les grévistes, avec des détournements du sens de certains mots : réforme (qui prend le sens de retour au passé), privilégiés, preneurs d’otages. On a truqué une lettre de Guy Môquet, on en a détourné le sens politique pour en faire un texte familial et nationaliste. On a tronqué une citation de Maurice Thorez sur la fin des grèves (ce n’est pas la première fois). Les auditeurs ont été lourdement sollicités, les micros-trottoir et les micros-métro ont rivalisé d’ardeur pour œuvrer à des sondages défavorables aux grévistes : si l’on demande ce qu’il pense des grèves à quelqu’un qui doit conduire son enfant à l’hôpital, à quelqu’un qui a un rendez-vous pour trouver un emploi, bien sûr qu’il est dans les meilleures conditions pour dire qu’il n’en peut plus. Les questions sollicitent des réponses qui correspondent à l’attente du questionneur. On ne peut nier, a priori, toute valeur scientifique aux sondages. Il y a des organismes sérieux (l'INSEE) où travaillent de vrais scientifiques, sociologues, statisticiens, etc… Mais on ne peut nier non plus que toute démarche scientifique est sous l’emprise de l'idéologie.

Le sens du mot « idéologie » est lui-même détourné : à entendre le discours dominant, l'idéologie est une maladie qui caractérise la gauche marxiste. On confond idéologie et adhésion à une finalité politique. Alors que c'est l'approche non scientifique du réel, à laquelle on recourt, inconsciemment en général, pour expliquer ce qu'on n'a pas la capacité théorique d'expliquer scientifiquement (je ne porte pas là  une accusation de stupidité, c’est l’état des connaissances actuel et futur : la connaissance, en aucun domaine, n’est jamais achevée : parlez aux physiciens de la théorie des quantas en optique, ou même de la relativité einsteinienne). C’est donc un processus inconscient (du moins en partie) et, comme personne n’a le savoir absolu (et personne ne l’aura jamais), elle est le fait de tout un chacun.

Ainsi, nos scientifiques de l'INSEE introduisent (peut-être pas toujours inconsciemment, je l'accorde) leur propre vision idéologique du monde et, en l'occurrence : du monde des opinions, dans une analyse qui se prétend et se veut scientifique. Ils posent leurs questions à des gens qui répondraient autrement si quelqu'un (eux-mêmes éventuellement) les leur posait autrement. Toutes les sciences, et pas seulement les sciences humaines, sont pleines de ces ambiguïtés et de ces erreurs, et pas seulement les  théories de Lyssenko. « Le soleil tourne autour de la Terre, centre de l’univers» : c'était de l'idéologie (et malheureusement, ça existe encore avec des prétentions scientifico-bibliques). La théorisation du changement climatique contient sans doute une large part idéologique !

L'idéologie est porteuse de l'histoire, notamment par la langue, surtout les idéologies de la classe dirigeante : qu’on pense à la main-mise du masculin sur la grammaire française, mais aussi sur la lecture de l’histoire, quand on parle de Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, en oubliant Olympe de Gouges et la Déclaration des Droits de la Femme. Dans un autre domaine : quelles raisons – plus ou moins conscientes – ont-elles présidé à l'unification linguistique de la France par extinction des cultures et langues régionales, populaires ? C’étaient même sans doute des raisons qui avaient leur justification dans la volonté d’unifier la Nation : dans le domaine idéologique aussi, les contradictions existent. L’ensemble de l’appareil d’Etat est pour une part importante composé d’appareils idéologiques : la justice, l’enseignement à tous les niveaux, la recherche dans toutes les disciplines, la politique étrangère, l’économie, le tourisme, etc… Mais, comme tout objet social, il est soumis à des contradictions, qui tiennent :

1/ à ce que ses différents composants sont faits de strates idéologiques qui remontent ( c’est particulièrement vrai pour le droit et l’enseignement) à la Rome antique, en passant par la domination chrétienne puis le siècle des Lumières, la Révolution, l’Empire avec le Code civil mais aussi la restauration de l’esclavage, puis le « grand siècle » (« je veux dire le XIXe », disait V. Hugo) et sa marche vers la laïcité, etc…

2/ à la présence en son sein d’individus porteurs d’expériences sociales différentes, de classes sociales différentes et antagonistes.

Ces quelques réflexions me semblent appeler à un renouveau du travail des communistes sur les idées, en essayant de ne pas trop tomber dans l’idéologie. Mais ne soyons pas paralysés par cette crainte : l’idéologie se glisse partout, dès qu’on parle ou qu’on écrit.




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