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Vous pouvez rencontrer les communistes du 5e arrondissement tous les week-end sur vos marchés. Ils y vendent l'Humanité Dimanche, y distribuent le 5e.communiste (leur journal) et  bavardent volontiers avec les passants.

Nous sommes tous les samedis à partir de 11h aux marchés de Port-Royal et tous les dimanches à la même heure au marché de la place Monge.

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section.pcf5@gmail.com

3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 21:18
Une contribution de Pierre Saly

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Une contribution de Pierre Saly.


Le PCF ne doit pas être dissout. Et ceci pour deux raisons
1) On ne voit pas ce que pourrait signifier une telle « dissolution ». Décision d’une AG dans les formes prévues par la législation de 1901 ? Certes pas, car le PCF n’est pas une association loi de 1901. Décision prise par une instance représentative des membres du PCF, à savoir un congrès après que cette question ait été mise à son ordre du jour (explicitement et préalablement à sa convocation). ? Peut-être, mais on ne voit pas qu’au jour d’aujourd’hui qui que ce soit, individu, groupe ou instance, ait l’autorité pour proposer et faire adopter un tel ordre du jour d’ici le prochain congrès. Et quelles conséquences pratiques une telle « dissolution » pourrait-elle avoir ? Dévolution des biens de la personne morale PCF par vente aux enchères ? Restitution à la puissance publique des subventions reçues selon les évaluations d’un « liquidateur » ? Restitution aux adhérents de la fraction de cotisations non utilisées ? Partage des droits acquis ? Cessation du rattachement des élus à une entité qui aurait cessé d’exister ? Bref un ensemble de procédures dont personne ne voit comment elles pourraient se réaliser.  Sans parler de l’essentiel : une telle dissolution mettrait par terre en pure perte un outil qui continue d’avoir une certaine efficacité politique, sociale, idéologique. Si on veut construire quelque chose on ne se défait pas d’un outil, si imparfait et inadapté qu’il puisse être devenu.       
             Il en résulte que le débat entre ceux qui « souhaitent » et ceux qui « refusent » la dissolution du PCF est l’exemple même du faux problème sur un faux enjeu, camouflant les vrais enjeux.

2) Quand un cachet d’aspirine se dissout il arrive qu’on avale le breuvage avant que la dernière particule du médicament se soit désagrégée.                                                          
Quand un parti a perdu plus de 80% de ses électeurs, plus de 90% de ses militants, une énorme part de ses moyens propres d’expression, un très grand nombre de ses permanents, quand un parti ne peut plus compter que sur des combinaisons changeantes et parfois hasardeuses pour essayer de maintenir ses élus et le potentiel d’action dont ils sont porteurs, quand un parti a perdu l’essentiel de ses relais organisationnels, formels ou informels, dans la société, quand un parti fort de 100000 militants ( ?) réunit aux élections présidentielles la moitié des voix d’un groupuscule qui en a vingt fois moins, quand un parti a vu se restreindre comme peau de chagrin son « hégémonie » idéologique (partielle et minoritaire mais réelle) sur des classes sociales entières et sur de très larges couches de la nation, quand un parti voit sa créativité théorique marxiste se perdre dans des bricolages marginaux, même intéressants, alors le processus de sa dissolution, c’est-à-dire de la dissolution de sa substance, est déjà presque arrivé à son terme.                                                            
La seule question qui se pose est celle de savoir comment analyser les causes de cette dissolution rampante, de prendre la mesure de ce qui relève des erreurs propres du PCF et de ce qui s’inscrit dans le mouvement de la nécessité historique (ce parti dut-il pour cela reconsidérer sa compréhension de la nécessité historique). Et ceci afin de se donner les moyens, à partir du socle du PCF tel qu’il existe, de combattre, autant que faire se peut, le déclin historique dont cette dissolution est l’expression. On a alors envie de paraphraser des formules célèbres : « jusqu’à présent les communistes n’ont fait qu’interpréter leur recul de différentes manières, mais il s’agit de transformer ce recul en nouvelles avancées » « pas de mannequins dans les analyses du parti ; que les bouches s’ouvrent ».

La « question de la dissolution du PCF » est donc un rideau de fumée destiné à occulter le nécessaire débat sur les causes du déclin historique, sur la viabilité d’une force progressiste de transformation politique, idéologique et sociale dans le cadre de cette nation particulière qu’est la France, à l’étape du capitalisme financiarisé (et sarkozysé) , sur les moyens par lesquels une telle force pourrait à nouveau installer au cœur de la configuration politique et sociale française la perspective du changement démocratique et social à gauche (appelons le, si on veut, le « communisme » au sens du « mouvement réel qui abolit » l’ordre des choses existant ) .

Certains répondent : faisons la même chose que ce que nous avons toujours fait et que nous avons longtemps assez bien su faire, continuons le PCF. Et les plus lucides ajoutent : au prix d’une novation fondamentale de sa stratégie, de sa théorie, de ses modes d’action , de son organisation interne. Mais quelle novation ? Les réponses me paraissent ici diverses, confuses et peu explicites, voire utopistes. Restaurer nos liens avec la classe ouvrière, avec les syndicats ? Certes mais comment le faire sans avoir analysé les raisons de nos échecs sur ce terrain . Rompre avec l’Europe ? Mais par la force de quelle lame de fond porteuse de cette exigence. « Remettre le PCF sur les rails de la luttes des classes » ? Mais (pour continuer dans cette bien curieuse image ferroviaire) pourquoi la locomotive du Parti-guide s’est-elle essoufflée. « Abandonner la mutation- liquidation » ? Mais pour revenir sur quelle mutation, celle des années 1990 (revendiquée sous ce nom par ses initiateurs), celle des années après 1968 (hésitante mais fondatrice), celle de 1934-1935 qui a conduit au Front populaire et dont on ne mesure pas assez combien elle a représenté dans le PCF d’alors un virage et un séisme d’une bien plus grande ampleur et signification que ce qui s’est fait dans les dix dernières années. Pour construire un projet/visée communiste de notre temps il ne suffit pas d’invoquer une « nouvelle civilisation », une « nouvelle société » assaisonnée d’un zeste de « révolution informationnelle », voire de « construction d’un dépassement des formes politiques délégataires » (dont, si j’ai bien lu Nicolas Marchand, « la conception de la forme parti », ce qui me semble peu cohérent avec l’axe de son argumentation par ailleurs). Si la « novation » mise en avant par certains de ceux qui veulent ainsi « continuer le PCF » (voire « réveiller le PCF ») signifie reconstruire la capacité d’initiative politique et la force de rassemblement du parti, né en 1920 mais refondé par le virage de 1934-1935, alors j’en suis, et beaucoup de communistes avec moi. Comme l’écrit Nicolas Marchand « On pourrait […], dans le cadre du chantier de la novation du PCF, explorer la voie d’un nouveau front politique et d’action, et pourquoi [pas] prendre l’initiative de la création d’un espace de dialogue et d’action, chacun y conservant sa totale autonomie ». D’accord à condition que Front et Espace soient durables, structurés, inscrits dans la perspective d’une collaboration loyale, nourrie de compromis réciproques, comme le PC d’Afrique du Sud, l’ANC et la Cosatu qui ensemble ont réalisé une tâche historique (ce qui ne signifie pas que leur union affrontera victorieusement d’autres tâches historiques). Mais si la novation était simplement un prétexte pour mettre la main sur des lieux de pouvoir, alors beaucoup de communistes cesseraient de s’intéresser à la grave question de savoir qui aura la main sur ce qu’il reste de gouvernail au radeau de la méduse.

D’autres répondent qu’il faut aller, au moins à terme, vers la construction d’une autre force politique, sur la base de l’anticapitalisme, susceptible de réunir les morceaux éclatés de ce qui se positionne à la gauche de l’antilibéralisme. Ainsi serait occupé le terrain, qui a toujours existé en France, de la gauche « radicale » nourrie des traditions et héritages du socialisme utopique, du « républicanisme rouge », de l’anarcho-syndicalisme, du guesdisme et du jaurésisme, voire de la protestation sociale humaniste et/ou chrétienne. Ainsi serait ouverte la perspective d’une alternative crédible au pouvoir de la droite et du patronat, aujourd’hui triomphant à la faveur de l’assourdissant silence de la direction du PS et du désarroi social, idéologique et politique des couches populaires. Le PCF en son temps (celui du congrès d’Arles en 1937) avait su. « revaloriser toutes les valeurs », assumer tous les héritages progressistes, celui de Jeanne d’Arc la (supposée) paysanne patriote  comme celui de la Commune de Paris, pourtant non marxiste, réconcilier Rousseau et Voltaire à la lumière de Marx. Une telle force politique ne pourrait exister qu’en assumant, avec ses ombres comme ses lumières, cette part décisive de l’héritage progressiste de la France qu’est le souvenir des batailles communistes en France ou plutôt le sens de ces batailles.
     Sans doute il semble bien difficile de croire qu’à court terme une même force politique puisse réunir la force militante et la capacité d’influence du PCF (ou plus exactement de ses multiples courants), des quatre tendances de la LCR, des deux pôles de LO, des Verts ou Républicains de progrès, des socialistes vraiment de gauche, sans parler de tous les inorganisés qui attendent la naissance d’une telle force de gauche? Si c’est pour que l’hégémonisme des uns et des autres (à commencer par celui des communistes), le patriotisme d’appareil, sans parler des réelles mais réductibles différences d’analyses, de stratégies et de propositions, fassent éclater une telle force politique à la première difficulté, alors il vaudrait mieux s’abstenir pour le moment. Les blessures des rassemblements avortés sont parfois plus lourdes à porter que les divisions enkystées dans la durée. Comme l’écrit Henri Malberg « En vérité, la fondation, refondation d’un parti révolutionnaire rassemblant les forces les plus progressistes ne se fait pas au détour d’un congrès ou par l’effet d’une construction intellectuelle. C’est le produit d’une phase historique, d’une profonde secousse qui rebat toutes les cartes ».
Mais on peut ne pas le suivre quand il en conclut « Nous n’en sommes pas là ». Car les profondes secousses qui rebattent toutes les cartes ont déjà eu lieu comme celle de 1989-1991, la disparition de toute voie révolutionnaire dans la plupart des pays du Tiers Monde à commencer par le plus peuplé, la Chine, et sans oublier le plus courageux, le Viet-Nam, les révolutions conservatrices de Bush, Reagan etc, la montée en puissance de la dictature libérale en Europe, la faillite de la social-démocratie, l’accélération de la financiarisation du capital. Pour le mouvement communiste ne pas être capable d’organiser une forme de résistance collective à cette avalanche c’est détruire sa raison d’être politique, c’est mourir autrement que la social-démocratie en 1914 (dans sa forme traditionnelle), quand elle accepta l’union sacrée et la guerre, mais mourir aussi sûrement. Nombreux sont les exemples historiques de mouvements qui, faute d’avoir pris la mesure des mutations stratégiques, théoriques, organisationnelles nécessaires, ont fini dans les poubelles de l’histoire, même glorieuses : les blanquistes, les socialistes-révolutionnaires etc.
Certes courir à la hâte vers des « usines à gaz » institutionnelles, dans un chaos de forces avides de dénonciations mutuelles,  et proposer aux communistes un tel programme c’est se préparer à « bien du plaisir » comme l’a écrit Henri Malberg . Mais Amsterdam-Pleyel, le comité de vigilance des intellectuels anti-fascistes dans les années 1930 c’était aussi bien du plaisir, et bien du plaisir aussi de faire accepter dans le parti la rupture de fait avec la stratégie « classe contre classe » qui avait conduit le mouvement communiste international aux désastres que l’on sait de 1927 à 1933. Et quand le PCF de Maurice Thorez et Jacques Duclos bataillait en 1945 pour donner chair au projet de réunification organique entre le PCF et la SFIO lancé par les communistes c’était encore  bien du plaisir. Sans actes politiques forts, de la part du PCF comme des autres, sans résolution farouche de retenir ce qui unit en écartant ce qui divise (par exemple le nucléaire), ou mieux et approfondissant les enjeux de ces divisions, il n’y aura pas de nouvelle construction à gauche. Sans un minimum de loyauté toute construction avortera. On ne rassemble que ceux qui sont différents. Dans le PCF lui-même le spectre des opinions est à peu près aussi large que celui qui différencie et oppose les divers courants non-communistes de la gauche alternative. Faire tenir debout tout cela n’est pas simple mais l’enjeu en vaut la peine.
Loin de « dissoudre » le PCF il faut le renforcer en bataillant contre ses dérives social-libérales, illustrées notamment par ses contorsions dans le cadre de la participation gouvernementale de 1997 à 2002 (le plus long passage aux marges du pouvoir dans son histoire) mais aussi en refusant les dérives du gauchisme qui, de maladie infantile du communisme, peut aussi devenir sa maladie sénile. Comme l’a écrit David Blumental la PCF doit « non pas se saborder mais se renforcer tout en intégrant dans le mouvement même de son renforcement théorique et pratique l’idée de son propre dépassement, c’est-à-dire le dépassement des divisions actuelles du camp anti-capitaliste ». Mais il y a urgence. Urgence à ne pas camoufler le débat derrière de faux enjeux, urgence à laisser la réflexion se déployer pleinement jusqu’au congrès avec une prise en compte loyale des différentes approches dans leur grande diversité, urgence à préciser le contour des initiatives qui pourraient alors esquisser les pistes de ce dépassement. Les participations partagées aux batailles sociales, au combat pour refuser l’adoption du traité constitutionnel par la voie parlementaire vont alimenter ces exigences de rassemblements fondateurs à terme.
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3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 19:40
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L’université Paris 1 a convoqué la semaine dernière une réunion des enseignants-chercheurs (excluant les enseignants et administratifs précaires) visant à « évoquer les mesures à prendre pour assurer la reprise des enseignements et la bonne fin du semestre ». Cette réunion s’est conclue par un vote visant à condamner les blocages. Vote qui n’était ni à l’ordre du jour, ni légitime, cette réunion n’étant ni une instance représentative de l’université, ni une assemblée générale. Dans le même temps, les représentants de la direction ont refusé d’examiner une motion proposée contre la LRU. Une partie des enseignants-chercheurs a refusé de participer au vote.

De telles modalités de « vote » sont d’autant plus étonnantes qu’elles ont été imposées par ceux-là mêmes qui n’ont de cesse de dénoncer le caractère non-démocratique des assemblées générales étudiantes. Ainsi le vote exprimé par « une majorité » d’enseignants-chercheurs signifie que 12% des 800 enseignants-chercheurs de Paris-1 condamnent le blocage chiffre à rapprocher des 19% d’étudiants inscrits qui ont exprimé la même position lors de la « consultation » par Internet qui avait eu lieu quelques jours auparavant.

Ce vote, loin d’apporter une solution aux problèmes qui se posent actuellement, fait passer au second plan la nécessité pour la communauté universitaire de Paris 1 d’informer, de débattre et de prendre position sur ce qui reste le fond du problème : la loi LRU.

Il semble en effet important de réfléchir non seulement aux conséquences à court terme posées par l’absence de cours (pour cause de blocage étudiant ou de fermeture administrative), mais aussi aux conséquences pédagogiques à long terme qu’implique la loi LRU parmi lesquelles notamment : le découplage entre l’enseignement et la recherche par la modulation des services, la précarisation des enseignants, le siphonnage de moyens budgétaires des salaires des personnels vers l’entretien et l’investissement immobiliers.
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2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 13:28
640616-782177.jpgSi N. Sarkozy veut faire rentrer par la fenêtre le traité européen que le peuple a mis à la porte en 2005, c’est que ce traité porte en lui les politiques de casse sociale et d’austérité qu’il tente de mettre en place en France, et qui sont à l’origine des luttes de plus en plus fortes de ces dernières semaines.

Ce « nouveau » traité est bien le frère jumeau de la Constitution européenne, rejetée par référendum le 29 mai 2005. Giscard d’Estaing, rédacteur du défunt projet, a parlé clair : « Les outils sont exactement les mêmes, seul l’ordre a été changé dans la boîte à outils ». La concurrence comme dogme intangible, y compris concernant les services publics, y est réaffirmée. Le marché du travail est déréglementé alors que le dumping fiscal et le moins disant social s’imposent. La Banque centrale européenne demeure intouchable. L’allégeance à l’OTAN est maintenue. Bref, on fait revenir ce qui a été rejeté.

Ce débat sur l’Europe refait surface alors que grandissent, en France et dans d’autres pays, les mobilisations sociales. Le projet de traité européen, en maintenant le cadre de la concurrence libre et non faussée, les pouvoirs de la Banque centrale et le Pacte de stabilité, pousse à la mise en concurrence des salariés et des peuples, à la généralisation de la précarité, au démantèlement des services publics, des droits sociaux, démocratiques et culturels de l’ensemble des peuples.

Il faut empêcher qu’on ne vole aux Français leur vote. Seul le peuple peut, par référendum, valider ou invalider ce qu’il a lui-même décidé par cette même voie. Deux Français sur trois réclament un référendum. De plus en plus nombreuses sont les voix, qu’elles soient pour ou contre le traité, qui s’élèvent pour l’exiger au nom de la démocratie. Nous ne sommes pas seuls en Europe. 76 % des Allemands, 75 % des Britanniques, 72 % des Italiens et 65 % des Espagnols se prononcent aussi dans ce sens.

Les communistes mettent toute leur volonté pour donner une force majoritaire au rassemblement qui porte cette exigence démocratique. Ensemble, nous imposerons le référendum.

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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 13:36

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L’actuelle offensive contre les retraites s’inscrit dans une cohérence globale de la politique du gouvernement. L’objectif : transférer toujours plus de richesses du travail vers le capital, et pour cela s’attaquer aux garanties sociales et aux acquis démocratiques conquis par les générations précédentes. C’est tout le modèle social français qui est en ligne de mire.

La lutte pour défendre les régimes spéciaux est un combat d’intérêt général contre une politique de régression sociale qui vise tous les salariés. La liquidation des régimes spéciaux et l’allongement à 40 ans sous couvert d’équité préparent de nouvelles attaques contre le système des retraites et le passage à 41, puis 42 annuités pour tous. L’action des agents de la RATP, de la SNCF, d’EDF-GDF porte donc des enjeux qui dépassent leurs seuls intérêts immédiats.

Le pouvoir prétend que la France n’a pas les moyens de financer son système social. C’est un mensonge. Le pays est riche. L’argent coule à flot pour les dividendes des actionnaires, les stock options, la spéculation financière tous azimuts. En réalité, le pouvoir met tout en oeuvre pour protéger les profits et les grandes fortunes. En matière de retraites, la véritable question est celle de la part des richesses que la collectivité nationale décide de consacrer aux nouveaux besoins nés de l’évolution démographique. Financer la retraite pour tous sur la base de 37,5 annuités de cotisations, dans le public et dans le privé, représente 4 points de PIB jusqu’en 2040. Ils seront largement assurés par le doublement des richesses créées dans le même temps, à la condition de s’attaquer aux vrais privilèges : ceux des gros actionnaires et des marchés financiers.

Le mouvement qui se développe est une chance pour le pays et l’ensemble du monde du travail. Il porte en effet l’exigence d’en finir avec des reculs sociaux sans fin qui débouchent sur une société plus inégalitaire, plus dure et plus injuste. Elargir encore le rassemblement, gagner la bataille de l’opinion publique sont les conditions pour que ce mouvement l’emporte, et pour construire un autre avenir que celui auquel nous destinent N. Sarkozy et le Medef.

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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 10:25
Les communistes du 5e vous invitent à leur prochain

CAFE POLITIQUE

TRAVAILLER PLUS LONGTEMPS ?
COMMENT SAUVER NOS RETRAITES

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Avec
Eric NABET agent d'exploitation sur la ligne A du RER;
Jeannette LESCURE, retraitée de la RATP;
Un élu du personnel au conseil d'administration de la RATP;
Catherine Mills, économiste, membre de la direction du PCF.

JEUDI 29 NOVEMBRE A PARTIR DE 18H30
AU PMU – VAL DE GRACE, 137 BD SAINT-MICHEL
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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 15:38
Après les résultats catastrophiques de notre candidate aux élections présidentielles, la direction du Parti Communiste Français a décidé de convoquer une Assemblée Générale Extraordinaire (AGE) des communistes les 8 et 9 décembre 2007. Cette assemblée aura pour tâche de préparer notre prochain Congrès, qui aura lieu un an plus tard. Elle devra donc élire une commission de préparation du Congrès, et lui donner un mandat, qui mentionnera les principales questions à traiter lors de ce Congrès et proposera diverses modalités de préparation du Congrès.

La section du 5e arrondissement de Paris doit envoyer un délégué à cette assemblée, et réfléchir au mandat qu’elle souhaiterait voir adopter par l’AGE. Dans cette perspective, nous avions organisé une première assemblée générale de section, sur le thème : « À quoi sert le Parti Communiste Français ? », le 29 septembre 2007. Nous avons poursuivi notre réflexion lors d’un café politique consacré au passé des communistes, et d’une assemblée générale sur les élections municipales. Et samedi 24 novembre, nous nous sommes réunis en assemblée extraordinaire de section, pour élaborer la contribution de la section aux débats en cours, et élire notre délégué.

Vous trouverez ici quelques éléments de notre débat:

- La prise de position préliminaire sur l'utilité du Parti communiste ;


- L'ordre du jour ;

- Le rapport de Pierre Saly sur les causes du déclin du PCF;

- Le rapport de Marine Roussillon sur l'analyse de la société et l'actualisation du projet communiste;

- Le mandat finalement adopté, résumant l'essentiel de nos débats.

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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 00:46
Contribution de Marine Roussillon à l'Assemblée générale extraordinaire de section du 5e arrondissement.


  • Préalables : pourquoi actualiser le projet communiste ?

« Les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette formule unique : abolition de la propriété privée ». (Marx, Manifeste du Parti communiste)

Le communisme comme mode de production

Le communisme, c’est d’abord un mode de production, fondé sur l’abolition de la propriété privée des moyens de production et d’échange, et par conséquent sur la suppression du rapport d’exploitation. Ce mode de production est ainsi un mode de production émancipateur, qui fait de la société communiste

« une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous » (Engels).

Le projet communiste, ainsi défini, ne semble pas avoir besoin d’être actualisé. Tant que le capitalisme et l’exploitation existeront, le communisme existera lui aussi, comme espoir et comme projet.

Le communisme comme mouvement

Mais le communisme est aussi « le mouvement réel qui abolit l’état des choses existant » : le développement du capitalisme a pour corollaire le développement de ses contradictions, contradictions qui portent en elles la possibilité d’un dépassement du capitalisme. La définition du communisme, comme mouvement, est donc étroitement liée à l’analyse de l’évolution du capitalisme. C’est le premier élément qui rend nécessaire l’actualisation du projet communiste.

Communisme et lutte des classes

Enfin, l’avènement d’une société communiste n’est pas la conclusion inévitable du développement du capitalisme. Le capitalisme peut surmonter ses contradictions, évoluer, perdurer. Les hommes font l’histoire, et l’évolution du capitalisme vers le communisme dépend d’un combat : la lutte des classes. C’est le second élément qui rend nécessaire une actualisation du projet communiste. Non seulement ce projet doit s’inscrire dans l’évolution du capitalisme, mais il doit aussi correspondre aux aspirations de l’une des classes en lutte, pour avoir une chance d’être un jour réalisé.

Ce seront donc les deux critères qui guideront mes tentatives :
- un projet répondant aux contradictions actuelles du capitalisme, et s’inscrivant dans la continuité d’une analyse de la société contemporaine ;
- un projet porteur de dignité et d’espoir : l’actualisation doit aussi être au service de la mobilisation.

  • 1. Où est la classe ouvrière ?

« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte des classes »

Si l’on en croit Marx et Engels, la lutte des classes est et restera le moteur de l’histoire, jusqu’au jour où elle aboutira à l’avènement d’une société sans classe : la société communiste. Si pendant un temps on a pu croire – analyses sociologiques à l’appui – que la lutte des classes était un outil périmé (avènement de la « classe moyenne », mobilité sociale due à l’essor économique…), ce n’est plus le cas aujourd’hui. La crise économique, la force du mouvement social, la dégradation des conditions de travail, la prolétarisation des couches moyennes, sont autant d’éléments qui rendent extrêmement perceptible la réalité de la lutte des classes dans notre société. Au point que les sociologues et les économistes reviennent à ce concept autrefois abandonné (cf. Paul Bouffartigue et alii, Le retour des classes sociales). Pourtant, si les classes sociales sont de retour, elles sortent d’une crise qui a brouillé leur définition. Quelles sont les classes sociales en présence ? Peut-on encore parler de classe ouvrière ? Comment définir la classe ouvrière ? le prolétariat ?

Classe ouvrière et prolétariat

Il est nécessaire avant toute chose de rappeler la distinction théorique entre classe ouvrière et prolétariat. La classe ouvrière désigne pour Marx la classe des producteurs, de ceux qui sont directement impliqués dans le processus matériel de production. Cette classe est pour Marx la classe révolutionnaire, parce que c’est celle qui a la perception la plus directe de l’exploitation capitaliste. Le prolétariat regroupe tous ceux qui ne sont pas capitalistes, c’est-à-dire tous ceux qui doivent vendre leur force de travail : les exploités, qu’ils soient ou non directement productifs.

Où est la classe ouvrière ?

Où est la classe ouvrière aujourd’hui ? La définition et la localisation de la classe ouvrière sont au fondement du projet communiste. De profondes modifications des conditions de travail – précarisation, chômage important qui fait pression sur ceux qui ont un emploi, flexibilité et horaires décalés… - ont eu pour effet de fragmenter la classe ouvrière, et de l’empêcher de s’organiser. (C’est ici une piste pour notre réflexion sur notre propre organisation : comment répondre à ces problèmes ?)

En outre, la mondialisation capitaliste a mis en place – dans une certaine mesure – une division mondiale du travail qui conduit à concentrer le processus de production matérielle dans certains pays. Comment alors poursuivre une lutte nationale – puisque la nation reste le cadre du combat politique – pour le projet communiste dans les pays qui voient progressivement s’éloigner la production ? C’est un problème d’acteurs, mais aussi d’idéologie : les Français ne croient plus aux usines, et les ouvriers français eux-mêmes ne sont plus fiers d’être ouvriers. Le terme « ouvrier » est discrédité, on lui préfère souvent celui de « technicien ». Sans identité commune, sans fierté d’appartenir à un collectif, comment la classe ouvrière peut-elle être un acteur des luttes ?

L’actualisation du projet communiste passe donc par une redéfinition à la fois pertinente économiquement et efficace du point de vue de la mobilisation de la classe sociale porteuse de ce projet. Une telle définition doit permettre de mettre en avant ce qui unit les prolétaires d’aujourd’hui, ce qui fait qu’ils ont des intérêts communs. Dans la définition marxiste du prolétariat, cet élément commun, c’est l’exploitation. Nous devons donc caractériser la forme contemporaine de l’exploitation capitaliste.

Proposition : prolétariat et soumission à la rentabilité financière

Nous devons d’abord insister sur le rôle essentiel que doit jouer la classe ouvrière, même réduite ou fragmentée, dans notre projet. Elle est la première victime de l’exploitation. C’est elle qui produit les richesses, et c’est elle qui subit les évolutions du capitalisme avec le plus de violence. Pour jouer nôtre rôle aux côtés de la classe ouvrière, il est essentiel d’affirmer la place centrale dans notre projet de la question du travail et de celle de la proporiété des moyens de production. Il ne s’agit pas là d’une réactualisation, mais bien d’un retour aux fondamentaux, c’est pourquoi je ne développe pas.

J’en reviens donc à ma tentative de définir ce qui unit l’ensemble des prolétaires dans le capitalisme d’aujourd’hui, ce qui peut permettre à leurs luttes de converger. Dans cette perspective, les définitions du prolétariat comme « salariat » ou « précariat » me semblent largement insuffisantes. Insuffisamment mobilisatrice – que pourrait être une lutte de tous les salariés ? – elles me semblent plus juridiques qu’économiques. Je proposerais plutôt – reprenant ainsi l’une des conclusions du séminaire d’économie animé par Frédéric Boccara à l’École Normale Supérieure l’an dernier – une définition du prolétariat contemporain par sa soumission à la rentabilité financière. Le prolétariat contemporain est caractérisé par le fait qu’il subit un critère de gestion qui lui est imposé : la rentabilité financière.

Cette définition a de multiples avantages, que je n’ai pas le temps d’énumérer. Elle permet d’inclure dans le prolétariat des formes nouvelles de travail, comme la sous-traitance. Elle est extrêmement mobilisatrice, dans la mesure où elle permet de rendre compte de multiples aspects de la vie, y compris hors-travail : le crédit, l’évolution des loyers, la question environnementale… Elle permet de poser la question de la propriété des moyens de production en termes de pouvoir : qui choisit et impose les critères de gestion ? Enfin, d’un point de vue économique, elle correspond à la mise en avant de l’aspect financiarisé du capitalisme actuel et permet d’affirmer le rôle essentiel des banques et de la finance.



  • 2. Le projet communiste face à la mondialisation capitaliste

Caractériser la mondialisation

La financiarisation de l’économie me semble en effet la caractéristique essentielle de l’évolution actuelle du capitalisme. C’est elle qui fait la spécificité – et la nocivité – de la mondialisation que nous sommes en train de vivre. En effet, la mondialisation capitaliste n’est pas un phénomène nouveau (cf. Fernand Braudel). Mais le rôle des capitaux financiers dans cette mondialisation lui donne un visage nouveau. Une seconde caractéristique de cette mondialisation doit être mise en avant : la possibilité nouvelle d’échanger des informations de plus en plus nombreuses, de plus en plus rapidement, grâce aux nouveaux moyens techniques.

    Cette mondialisation pose un problème essentiel au projet communiste : celui de la possibilité de mener un combat dans le cadre de la nation contre un système économique qui en ignore les frontières. Ce problème se décline sous deux aspects.

    Division mondiale du travail et internationalisme

    Le premier aspect, le plus concret, est celui des effets de la mise en place d’une division mondiale du travail sur la société française, et plus spécifiquement sur le prolétariat français : délocalisations, perte de notre industrie, mais aussi difficultés à définir la place de la France dans cette division mondiale du travail, qui suscite la peur d’être dépendants, marginalisés voire tiers-mondisés.
Face à cette peur, deux options politiques sont possibles : la première est celle d’un repli national qui se traduirait par un refus de la mondialisation. Cette option ne me semble pas pertinente économiquement : encore une fois, la mondialisation en elle-même n’est pas un processus négatif, au contraire, dans la mesure où elle peut permettre des gains de productivité, c’est-à-dire de temps ; le problème est que cette mondialisation est guidée par des intérêts financiers (la rentabilité) et non par des intérêts humains et sociaux. En outre, étant fondée essentiellement sur la peur, elle me semble insuffisamment mobilisatrice.

La deuxième option, qui devrait être je crois celle du projet communiste, est celle de l’internationalisme : affirmer le rôle des luttes nationales dans une lutte internationale pour imposer d’autres critères que celui de la rentabilité financière. Concrètement, cette option devrait se traduire par des partenariats accrus entre le PCF et les partis menant cette lutte dans les pays qui sont « sur le front » de la mondialisation : l’Amérique latine, mais aussi et surtout la Chine (voir en particulier les articles d’Yves Dimicoli sur la question dans le dossier Asie d’Economie et politique, dernier numéro de l’année 2004). Il faut préciser que cet internationalisme n’est pas un mondialisme : si nous refusons le repli national, il ne s’agit pas pour autant de brader notre tradition républicaine, qui peut jouer un rôle important dans la construction des mobilisations.

    Discrédit du politique et conscience de classe

Deuxième aspect du problème : la mondialisation financière porte en elle le discrédit de la politique. Face au pouvoir des multinationales, que pèsent les élus d’une nation ? Cette question crée chez nos concitoyens la résignation et le fatalisme, et nuit aux possibilités de mobilisation. J’ai déjà montré comment l’internationalisme pouvait constituer une réponse à ce problème. Je voudrais maintenant me faire un peu plus polémique, en tâchant de montrer que loin d’être un problème, ce deuxième aspect des choses est peut-être une chance pour le projet communiste.

Permettez-moi pour cela d’en revenir rapidement à Karl Marx et à sa critique de la politique comme représentation dans La Question Juive. Marx y pose le problème : dans quelle mesure la politique, dans le cadre d’une démocratie représentative, ne fonctionne-t-elle pas comme un masque dissimulant les véritables divisions qui traversent la société ? (La démocratie représentative constitue cependant pour Marx une étape possible de la mise au jour de ces divisions) Dans quelle mesure l’opposition entre droite et gauche, par exemple, ne contribue-t-elle pas à camoufler l’opposition entre exploités et exploiteurs, ou pour reprendre ma proposition, entre ceux qui subissent la rentabilité financière et ceux qui la décident ? Dans ce cas, ne devons-nous pas nous réjouir du fait que la mondialisation capitaliste mette au jour l’idée que le véritable pouvoir est économique ?

Le problème n’est donc pas tant que la mondialisation discrédite la politique, mais que dans le même temps, l’idéologie dominante affirme que l’acteur économique est un individu – là où l’acteur politique est un collectif. Et la tâche du parti communiste n’est plus tant de réhabiliter le politique – ce qui constituerait, dans une certaine mesure, un retour en arrière – que de construire la possibilité d’un collectif fondé sur des bases économiques, c’est-à-dire une conscience de classe. Nous en revenons au problème précédent.

  • 3. Capitalisme informationnel et développement de l’individu

Pour terminer, je voudrais chercher encore une fois à caractériser la société actuelle, à travers deux aspects qui reviennent souvent dans nos discussions : le développement d’une société des savoirs, qui fait jouer à l’information un rôle de plus en plus important dans la production économique ; et la domination d’une idéologie fondée sur l’individualisme. Ces deux éléments sont liés par la question centrale pour notre projet de l’émancipation individuelle.

Contradictions nouvelles portées par la révolution informationnelle

L’étape actuelle de l’évolution économique est caractérisée par le développement de techniques nouvelles de diffusion et de partage des informations, qui modifie profondément l’ensemble de la production. C’est ce que les économistes appellent la « révolution informationnelle », expression calquée sur celle de « révolution industrielle ». Ce progrès technique ne change en rien l’importance de la production matérielle dans notre société, mais elle en modifie les outils. Ces techniques nouvelles sont porteuses de contradictions nouvelles. En effet, leur développement nécessite un développement parallèle des compétences de l’ouvrier qui les utilise : il ne s’agit plus seulement de compétences techniques, mais bien de capacités d’abstraction, d’autoformation… Dans l’idéal, l’ouvrier de l’âge informationnel doit pouvoir faire fonctionner n’importe quel logiciel, et donc comprendre comment il fonctionne, s’autoformer pour suivre l’évolution de ses outils… Évidemment, de telles exigences entrent en contradiction avec l’impératif économique de rentabilité financière à court terme : la formation d’une main d’œuvre qualifiée, la formation continue, sont autant de dépenses qu’une entreprise soumise aux logiques financières ne se permettra pas.

Les réponses à cette contradiction : révolution informationnelle et individualisme

Cette contradiction entre la nécessité d’une formation émancipatrice et l’impératif de rentabilité financière est d’autant plus forte qu’elle fait écho à la valeur majeure de l’idéologie dominante : l’individualisme. Nous présentons souvent l’individualisme comme un obstacle pour la réalisation du projet communiste. Et si au contraire il était pour nous une chance ? Nous pouvons en effet nous appuyer sur l’individualisme pour faire monter l’aspiration à l’émancipation individuelle, et mettre au jour la contradiction entre cette aspiration et les logiques capitalistes.

Le capitalisme met en place des réponses à cette contradiction nouvelle. Le développement d’une consommation de « distinction », individualisée à l’extrême, la marchandisation croissante des savoirs, la destruction des outils de formation et d’émancipation qu’auraient pu être l’école publique, le service publique d’enseignement supérieur, les médias publics ou la recherche publique, pour les asservir de plus en plus rapidement aux logiques de rentabilité… sont autant d’éléments qui prennent sens dans ce contexte de révolution informationnelle.

Articuler émancipation individuelle et émancipation collective

Mais ces réponses suscitent des oppositions, et le projet communiste a ici une place pour se développer. Le projet communiste propose en effet de dépasser cette contradiction en supprimant l’exigence de rentabilité financière (notamment grâce au contrôle public des banques) et en faisant le choix de l’émancipation individuelle. En outre, contrairement au capitalisme, il n’oppose pas l’émancipation des uns à celle des autres, ne dresse pas les individus les uns contre les autres, mais fait de l’émancipation de chacun la condition de l’émancipation de tous, en articulant émancipation individuelle et émancipation collective.

Cette articulation me semble possible autour de deux notions : l’intérêt et la culture. Le projet communiste passe souvent pour peu crédible, parce qu’il supposerait un homme nouveau, généreux, prêt au partage… Or dans le contexte actuel de crise et de précarisation, l’égoïsme est bien compréhensible. C’est pourquoi plutôt que de se fonder sur ces valeurs – justes et belles, mais peu efficaces -, le projet communiste me semble devoir mettre en avant la notion d’intérêt, et montrer que l’intérêt individuel des exploités – de ceux qui subissent la rentabilité financière – rejoint l’intérêt collectif de la société toute entière. Il est de l’intérêt des exploités d’être mieux formés, de manière à maîtriser leur travail, et à pouvoir en changer. Il est de l’intérêt de la société toute entière que cet impératif de formation – garant d’efficacité économique à long terme – prenne le pas sur l’impératif de rentabilité financière, qui profite à une minorité à court terme (les actionnaires) mais conduit à long terme l’ensemble de la société dans l’impasse. La crise d’Airbus en est un exemple frappant. L’intérêt individuel des prolétaires rejoint ici l’intérêt commun, et l’émancipation individuelle l’émancipation collective.

Plus concrètement, et pour revenir à la question qui constitue le « fil rouge » de cet exposé, l’articulation de l’émancipation individuelle et l’émancipation collective peut aussi passer par la construction d’une culture, à la fois émancipatrice pour les individus et fondatrice d’un collectif – d’une conscience de classe. Par culture, je n’entends pas seulement un ensemble de savoirs, mais aussi un certain nombre de valeurs et de principes : respect du travail et exigence d’excellence, respect des positions individuelle (tolérance) et volonté de travailler collectivement, etc. Ce travail de (re)construction d’une culture émancipatrice et collective doit faire partie du projet communiste. Ses formes concrètes sont multiples : développement de la démocratie et du débat dans le parti et dans la société, diffusion des savoirs, développement de la formation… Ce travail est nécessaire pour lutter contre l’uniformisation culturelle de la société, qui sous couvert d’individualisme enferme les individus dans un modèle unique différencié à la marge (seule la couleur du téléphone portable change), et qui masque la division fondamentale entre exploiteur et exploités. Il fut un temps où les patrons allaient à l’opéra, aujourd’hui Sarkozy s’affiche avec Johnny Hallyday et regarde les mêmes séries télévisées que sa femme de ménage… et que les dirigeants du PCF. Comment s’y retrouver ?


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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 15:51
Voici le mandat adopté par les communistes du 5e à l'issue de leur assemblée extraordinaire, en vue de l'Assemblée Nationale extraordinaire des 8 et 9 décembre.


La section du 5e arrondissement ne veut pas voir disparaître le PCF. Nous sommes attachés à la forme parti et au projet communiste, même si nous pensons que l’un comme l’autre doivent être améliorés. Dans cette perspective, nous pensons qu’un changement de nom du PCF ne serait pas efficace. Nous travaillerons à préserver et à développer le PCF, et à lui donner une plus grande efficacité :

1. En articulant luttes sociales, programme du PCF et projet communiste

Il nous semble que nos propositions ne peuvent être crédibles et mobilisatrices que si elles sont articulées à un projet réellement communiste. Notre programme doit être enrichi et développé par l’ensemble des communistes dans cette perspective. Ce projet doit s’appuyer sur une analyse de l’état actuel du capitalisme caractérisé par la financiarisation de l’économie, la mondialisation et le développement de la révolution informationnelle.

Il nous semble essentiel d’articuler dans le projet communiste émancipation individuelle et émancipation collective, en particulier à travers le développement d’une culture (ensemble de valeurs et de références communes) émancipatrice pour l’individu et fondatrice du collectif.

        - Mise en place d’une école de section (formation sur les fondamentaux du marxisme et les acquis théoriques nouveaux), et développement de la formation aux niveaux fédéral et national ;
        - Organisation d’une assemblée générale ouverte avec l’UEC sur la situation des universités pour faire le lien entre les luttes et le projet de société.

Le projet communiste ne peut pas faire l’impasse sur l’évolution de la lutte des classes dans le monde. Dans cette perspective, le PCF doit ouvrir une discussion sur les mouvements communistes dans le monde : situation en Amérique latine, analyse critique des expériences en cours se réclamant du communisme, enjeux des orientations de la Chine.

2. En luttant contre la perte d’influence du PCF dans la société par le développement du combat idéologique

L’aspect le plus grave du déclin du PCF nous semble être sa perte d’influence dans la société. Comment amener des gens qui ne connaissent que le système capitaliste à envisager la possibilité d’une autre société ? C’est le rôle du PCF que de construire la critique théorique et pratique de la pensée dominante pour avancer ses propositions et son projet de société. Pour cela il doit assumer un discours véritablement communiste et revenir aux fondamentaux.

Affirmer notre héritage et notre projet :
    - en mettant en valeur l’histoire des militants ;
    - en menant des luttes propres, offensives et pas seulement défensives.

L’idéologie dominante, diffusée par les médias, nuit au projet communiste, en entretenant le fatalisme.

  Actions à mener pour la critique des médias :
        - Au niveau local, mise en place d’un ciné-club communiste et d’une formation à la critique des images;
        - Au niveau national, nous souhaiterions le développement des actions de critique des médias.

Développer d’autres moyens d’information que les médias :
        - développement de l’Humanité (vente militante) et de la presse communiste ;
        - développement du porte-à-porte ;
        - création de comité d’usagers pour défendre les services publics.
 
3. En améliorant le fonctionnement interne du parti

Notre organisation doit prendre en compte l’évolution des conditions de travail (précarité et flexibilité) qui rendent la mobilisation de plus en plus difficile.

        - Reconstruction des cellules locales et d’entreprise, unités plus petites et donc plus adaptables à l’évolution des conditions de travail et des disponibilités des militants ;
        - Pour aider au renforcement du parti dans les zones les plus faibles (milieu rural où les militants sont dispersés), nous pensons qu’il serait utile de mettre en place des initiatives ponctuelles impliquant des militants venus de toute la France.

Les militants sont nombreux à réclamer un fonctionnement plus démocratique du Parti. Les consultations à répétition ne constituent pas une véritable association des militants aux prises de décisions. Les échanges entre la base et la direction doivent être plus fréquents et plus transparents.
       
        - Nous souhaiterions que les réunions des instances dirigeantes aux niveaux fédéral et national soient ouvertes aux militants qui souhaitent y assister et fassent l’objet de comptes-rendus.

Le fonctionnement démocratique du parti nous semble incompatible avec la mise en place de tendances organisées. Nous souhaitons continuer à privilégier le travail collectif et la construction de positions communes dans l’action. Nous sommes tous communistes, et ce qui nous unit est plus important que ce qui nous sépare.

Nous nous sentons insuffisamment informés de l’activité de nos élus. Les élections municipales approchent. Pour défendre l’action des élus communistes et nous mobiliser pour les faire réélire, nous aurions eu besoin d’être mieux informés et plus souvent consultés.

        - Nous souhaiterions que soient organisées des réunions régulières permettant aux élus de rendre compte devant les militants de leur action et de leurs difficultés à agir.

4. En construisant un large rassemblement

Nos alliances électorales de ces dernières années ont été jugées inadaptées à l’évolution de la situation historique. Les positions du Parti socialiste nuisent aux perspectives d’union transformatrice dans la mesure où une telle union n’est possible que sur un objectif de rupture et de transformation des bases économiques de la société.

Mais sans perspective de transformation, les luttes sociales ne peuvent pas converger. C’est pourquoi nous affirmons la nécessité de construire un rassemblement large. Des alliances stratégiques sur des bases programmatiques sont donc nécessaires. Pour construire ce rassemblement, nous devons partir des luttes.

Comment contribuer à construire ce rassemblement ?

        - présence dans les organisations de masses (syndicats, associations…)
        - au niveau local, nous développerons l’organisation d’initiatives communes avec les associations : le MRAP, Sauvons la Recherche, Acrimed (Action Critique Medias), Collectif pour un paix juste au Proche Orient, …
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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 10:13
La section du 5e arrondissement, réunie en Assemblée générale extraordinaire, a adopté ce texte à l'unanimité moins deux abstentions.

La section du 5e arrondissement ne veut pas voir disparaître le PCF. Nous sommes attachés à la forme parti et au projet communiste, même si nous pensons que l’un comme l’autre doivent être améliorés. Dans cette perspective, nous pensons qu’un changement de nom du PCF ne serait pas efficace. Nous travaillerons à préserve et à développer le PCF, et à lui donner une plus grande efficacité.

Pour cela, nous sommes convaincus qu’il faut améliorer le fonctionnement interne du parti en le rendant plus transparent et plus démocratique. Trop souvent, les militants ont l’impression de ne participer que marginalement aux décisions.

Nous pensons aussi qu’il est nécessaire d’actualiser le projet communiste pour construire un parti viable et efficace. Mais cette actualisation ne doit pas être un abandon. Notre militantisme, notre expérience professionnelle et politique, tout nous montre que la lutte des classes est plus que jamais d’actualité.

Cet attachement à notre organisation ne nous empêche évidemment pas d’affirmer la nécessité d’un rassemblement plus large. Pour mener la bataille des idées, nous avons besoin d’atteindre une taille critique, de réunir le plus de gens possible sur des idées communes. Des alliances stratégiques sur des bases programmatiques sont donc nécessaires. Pour construire ce rassemblement, nous devons partir des luttes.

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22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 11:13
Contribution de Pierre Saly à l'Assemblée de section extraordinaire des communistes du 5e arrondissement.

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  • La mesure du phénomène

1 -En termes d’adhérents au PCF (je cite les chiffres de mémoire)

Au congrès de Tours une majorité de la SFIO, soit environ 100000 militants constituent les effectifs du PCF naissant. Très rapidement une majorité de ces militants, non gagnés en réalité  aux exigences des 21 conditions (bases minimales du communisme organisé selon le Komintern), quittent le PCF. Le sectarisme de ce dernier fait le reste et les effectifs du Parti se retrouvent autour de 20000 vers 1930. 1934 et le Front populaire  décuplent les effectifs qui restent à un niveau élevé en 1938. Le pacte germano-soviétique et l’interdiction du Parti puis la clandestinité profonde du début de l’Occupation réduisent les effectifs à quelques milliers sans que des chiffres précis puissent être avancés (il était sage de ne pas tenir des listes d’adhérents !). La montée en puissance de la Résistance apporte un nouveau lot d’adhésion à partir de 1942. En 1944 les effectifs du Parti explosent sans jamais atteindre le million (peut-être 850000). Jamais le PCF ne se hissera au niveau atteint à un certain moment par le PCI (plus de 1,5 million ?). L’éviction du gouvernement, les difficultés de la guerre froide, le XXe congrès, la Hongrie entraînent leur flot de départs et les effectifs retombent à leur niveau de 1938. Les grands changements stratégiques initiés par le PCF, surtout à partir de 1968, le programme commun induisent au début des années 1970 un nouveau gonflement des effectifs qui ont pu atteindre, non les 700000 alors revendiqués, mais le demi-million. Ces nouveaux adhérents sont souvent issus des couches moyennes salariées. Les successives décrédibilisations de la stratégie communiste, la rupture du programme commun en 1978, le « tournant de la rigueur »  de Mitterrand en 1983 , les soubresauts du socialisme réel puis sa chute ont peu à peu réduit les effectifs du PCF à environ 100000 « adhérents » (soit presque un dixième des effectifs d’il y a un demi-siècle pour une population française plus nombreuse de près de moitié) mais sensiblement moins de cotisants et encore moins de militants réels. Le PCF semble se trouver aujourd’hui autour de 50000 militants réels soit beaucoup plus que la plus forte des organisations situées à sa gauche (la LCR avec environ 3000 militants effectifs). En comparaison avec 1930 les effectifs militants sont plus nombreux mais l’investissement personnel des militants me semble moins fort, ce qui s’explique entre autres raisons par les fait que l’âge moyen des militants est considérablement plus élevé qu’en 1930 (age médian voisin de 50 ans). Les effectifs des JC, en sensible progrès récent, restent très faibles en comparaison de ce qu’ils étaient jadis. Le nombre des adhérents de l’UEC est inférieur à ce qu’il était en 1957 alors que le nombre des étudiants a été multiplié par dix. Quant à la composante prolétarienne elle est incomparablement plus faible qu’en 1930 ou même 1980 (environ la moitié des adhérents en 1980 sont des ouvriers contre un peu plus du quart aujourd’hui).

2- En termes de résultats électoraux

Avant 1936 le PCF a bataillé dans trois élections législatives seulement et son pourcentage national a oscillé entre 9,5% en 1924, 11,4% en 1928 et 8,4% en 1932. La stratégie de rassemblement adoptée en 1934 a eu immédiatement sa traduction électorale aux élections de 1936 (antérieures, rappelons-le, à la grande vague de grèves de mai juin) : les candidats du PCF ont réuni 15,4% des suffrages exprimés. En novembre 1946 l’influence électorale du PCF est à son maximum (28,6% aux première élections législatives de la 4e République). Mais cette influence ne s’est affaiblie que lentement : 26% en 1956 puis, après le décrochage des législatives de 1958 au lendemain de l’arrivée de de Gaulle (19%), encore 22% en 1962 et 1967 et même 20% aux élections de la peur de juin 1968. Le PCF retrouve son chiffre de 21% aux législatives de 1973 et 1978. Le grand décrochage commence aux législatives de 1981 (16,1%) durement confirmé en 1988 (9,6%). Le redressement des législatives de juin 1988 (11,1%) ne contredit pas la descente aux enfers : 9,1% en 1993, 9,8% en 1997, 4,8% en 2002, 4,6% en 2007. Les élections européennes se situent un peu au dessous des niveaux correspondants des législatives et les élections présidentielles aussi. Le fait d’avoir présenté un candidat communiste au lieu de faire bloc dès le premier tour avec le candidat socialiste (comme en 1965 et 1973) n’a pas  changé fondamentalement le rapport des forces électoral : Duclos a réuni 21,5% des voix en 1969, Marchais 15,4% en 1981, Lajoinie 6,8% en 1988, Hue 8,7% en 1995 puis 3,4% en 2002, Marie-George Buffet 1,9% en 2007 avec dans ce cas un décalage plus important que d’habitude par rapport aux législatives. S’agissant des municipales le tableau est nuancé par la persistance de l’influence de responsables communistes locaux (de toutes tendances d’ailleurs) sans qu’on puisse dire que les facteurs du déclin historique précipité depuis une trentaine d’années soit différent sur le fond.

3-En termes d’hégémonie sur la société française

La part communiste d’hégémonie (qui n’était pas aussi grande dans les années 1950 qu’on se plait parfois à le dire) passait pour une large part par le relais de grandes figures intellectuelles et artistiques, par l’influence théorique du marxisme ou de ce qui était présenté comme tel  et par le relais de ce que la tradition léniniste appelait les organisations de masse. Les grandes figures ont disparu. L’influence intellectuelle du PCF s’est dramatiquement rétrécie. Dans de nombreux secteurs des sciences humaines la référence au marxisme a cessé d’être significative. La vision caricaturale du marxisme que certains intellectuels communistes ont pu mettre en avant a contribué à décrédibiliser le marxisme lui-même. A l’inverse le marxisme s’est enrichi de questionnements qui n’étaient pas nés dans la mouvance politique du PCF, parfois dans des milieux en opposition frontale avec lui (y compris sous l’influence d’anciens membres de ce parti). De nombreuses organisations ont disparu ou ont évolué vers des horizons très éloignés du communisme (UFF par exemple). Dans les grandes organisations syndicales, aux liens eux-mêmes distendus avec la société française, les communistes ont cessé de jouer un rôle déterminant. Beaucoup de dirigeants, même quand leur orientation est parfaitement en phase avec le fond d’une démarche communiste, ne sont plus membres du PCF ou ne mettent plus en avant cette appartenance ou n’ont plus aucun rapport avec l’organisation communiste. L’hégémonie communiste sur la CGT n’existe plus aujourd’hui même si de larges degrés de convergence demeurent. Certaines organisations, dirigées ou pas par des communistes critiques,  sont devenues un lieu de rassemblement de forces en dissidence ouverte ou feutrée avec l’orientation du PCF.

  • « classe ouvrière », travailleurs, opprimés et victimes

1- Le PCF se voulait le « parti de la classe ouvrière », clairement identifiée par Marx au prolétariat industriel concentré dans les usines (ou du moins ce qui apparaissait alors comme tel). Le lien avec le processus productif direct apparaissait à Marx comme central pour définir les ouvriers. Or le nombre des usines et celui des ouvriers d’industrie a augmenté en France jusque vers la fin des années 1960 puis a connu une baisse importante pendant le demi-siècle suivant. L’importance relative des ouvriers dans la société française a diminué encore plus que leur nombre absolu. Par ailleurs le lien entre de larges secteurs du monde ouvrier et le processus productif direct s’est sérieusement relâché. La concentration industrielle proprement dite a diminué en même temps que l’industrialisation pénétrait plus profondément dans le tissu social. D’une certaine façon la concentration financière, dont les progrès ont été spectaculaires, a rendu moins vigoureuse l’exigence capitaliste de concentration proprement industrielle. Les conditions de la construction d’une conscience de classe se sont brouillées.

2- Réduite en nombre la classe ouvrière a aussi changé de composition. Tandis que les enfants de l’élite ouvrière politisée accédaient largement aux études secondaires et supérieures et quittaient la classe ouvrière pour les couches salariées intellectuelles, les nouveaux ouvriers se recrutaient largement dans la population rurale déracinée et les jeunes « issus de l’immigration ». L’hérédité ouvrière, encore si forte dans les années 1930, a beaucoup reculé. La conscience de classe, qui s’était fortement structurée dans la première moitié du XXe siècle, s’est trouvée fortement diluée dans la seconde moitié. On a même vu des forts courants progressistes issus de certaines immigrations peu a peu se diluer, se décomposer, voire se muer en affirmations nationalisto-particularistes. En outre les clivages à l’intérieur de la classe ouvrière se sont développés. La part des ouvriers qualifiés a augmenté. Celle des OS et celle des manœuvres s’est réduite. A tous les niveaux de direction du PCF la place des ouvriers en général et spécialement de cette élite militante qu’étaient les métallos qualifiés, a reculé, sans qu’aucune des politiques volontaristes conduite depuis un demi-siècle pour enrayer ce phénomène ait donné des résultats. Le sol (sociologique) s’est dérobé sous les pieds du PCF.

3- Sans doute les PCF a conduit un travail théorique de grande envergure pour redéfinir la notion de classe ouvrière. Il a étendu la notion de « force productive directe » au-delà du champ industriel et par là il a théorisé l’appartenance de nouvelles couches au prolétariat. Au point parfois de se bercer de l’illusion que la généralisation du salariat (qui aujourd’hui concerne plus des quatre cinquièmes de la population active) équivalait à une extension du prolétariat. Mais, même si il est évident qu’il existe de larges domaines de convergences fortes entre les revendications de la classe ouvrière et celles des couches sociales salariées non ouvrières, on est loin pour celles-ci d’une conscience de classe comparable à celle du prolétariat industriel. La nécessité de la prise en compte d’une très grande variété de revendications a pu brouiller le caractère prolétarien du PCF et brouiller l’idée qu’il était le représentant par excellence des ouvriers. A tous les niveaux de direction du PCF les couches intellectuelles et les couches moyennes salariées dans le tertiaire l’emportent, et parfois de beaucoup, sur les ouvriers.

4- Dans de nombreux cas, surtout dans le Midi, le PCF a occupé un terrain qui lui préexistait dans les consciences et qui préexistait à l’industrialisation. Il a repris à son compte des sociabilités et des solidarités de groupe, de village, de proximité dont les racines étaient fort anciennes, en particulier dans les campagnes mais aussi dans des banlieues qui ont longtemps porté en elles la marque de l’origine paysanne de leurs habitants. Dans l’Allier, dans la Haute-Vienne, dans la Creuse, dans le Lot-et-Garonne, dans le Var et ailleurs être communiste était une façon d’être héritier de Jacquou le croquant. Or ces sociabilités se sont disloquées en même temps que la France paysanne traditionnelle se délitait et que son héritage se perdait. Comme au temps de la Révolution française des couches sociales objectivement tournées vers une société passée en train de disparaître fournissaient de gros bataillons de l’espoir dans une société nouvelle. L’extension et la généralisation du mode de production capitaliste a parfois favorisé les développements du communisme mais parfois aussi sapé certaines de ses bases. En ce sens la « modernisation » de la France, c’est-à-dire le déferlement du mode de production capitaliste et la destruction de pans entiers de la société française qui antérieurement n’y étaient soumis qu’à la marge, a déstabilisé certaines bases du communisme français.

5- Le PCF a été le recours des laissés pour compte de notre société, des « pauvres ». Mais la pauvreté absolue a reculé, surtout pendant la période des trente glorieuses. Les conditions de misère totale qui avaient précipité des millions de travailleurs appauvris par la crise des années 1930 dans l’adhésion au communisme, n’existaient plus dans les années 1970. Le thème de la paupérisation absolue ou même relative avait cessé d’être crédible. Les mesures instaurées (souvent à l’initiative des communistes) dans le cadre du compromis social d’ensemble institué après 1945 ont permis de limiter la colère sociale et la pression des « deshérités ». La croissance des inégalités sociales, précipitée dans les dernières décennies, a pesé moins dans les esprits que le recul universellement perçu du total dénuement. Sans doute la misère fait-elle un retour en force dans notre société, mais plutôt sous la forme de la précarité, perçue comme un facteur de misère circonstancielle. Le capitalisme, dans sa version keynésienne, a quand même largement amorti les terribles soubresauts de la conjoncture. Les gens les plus en difficulté (sans-abri, travailleurs pauvres, fin de droits, minuscules retraites etc.) sont des minorités, de plus en plus significatives dans notre société, mais perçues par la grande majorité comme « en marge » quand l’idéologie perverse de la bourgeoisie ne susurre pas l’idée qu’au fond c’est leur faute. Même une question comme celle du chômage, qui pourtant touche plus ou moins toutes les familles, qui est perçu comme une menace potentielle pour tous, n’arrive pas à unifier les luttes.

  • Le PCF et l’ « utopie réalisée » du « socialisme réel »

1- L’existence de l’URSS et du « camp socialiste » donnait une crédibilité au projet communiste en le soustrayant au domaine de l’utopie. La démonstration pouvait paraître faite qu’une société de justice et de progrès pouvait exister quelque part. L’immense prestige de l’URSS au lendemain de la Seconde Guerre mondiale nourrissait cette crédibilité. Mais le souvenir de Stalingrad s’effaçait dans les esprits au fur et à mesure du déroulement du temps. Les cotés sombres de la domination communiste, d’abord niés, ont commencé à être mieux connus. Après le XXe congrès il est apparu de plus en plus difficile de nier ces cotés sombres et le PCF a été de plus en plus perçu comme cherchant à nier ou à minimiser « les erreurs et même les crimes » du socialisme réel. En dehors des aspects cachés l’évidente dégénérescence et l’immobilisme de la société soviétique sautaient de plus en plus aux yeux.

2- Le schisme titiste avait eu des effets limités d’autant que cinq ans après son éclatement les Soviétiques faisaient amende honorable (après que le PCF ait mobilisé toute son énergie pour « démontrer »  la justesse des critiques contre Tito !). Le schisme chinois à partir de 1960, mettant hors du champ de la « société libérée » plus de la moitié des populations vivant sous l’autorité communiste, signifiait que le « ailleurs » de justice et de liberté se fractionnait en deux, ce qui lui retirait une bonne part de sa crédibilité. Les autres différences et divergences dans le monde communiste (guevarisme etc) nourrissaient un scepticisme croissant qui ne pouvait que se répercuter sur le PCF.

3- La succession des soulèvements dans les pays communistes (1953, 1956, 1960, 1968 etc.), réduits par l’intervention directe ou indirecte des l’Armée rouge, a miné peu à peu l’idée de sociétés justes bénéficiant du soutien quasi-unanime des populations. La guerre « coloniale » en Afghanistan a fait le reste. Le PCF lui-même, en exprimant sa « surprise et sa réprobation » pour l’entrée des troupes soviétiques dans une Tchécoslovaquie aspirant à une forme rénovée du socialisme, semblait prendre acte d’une perte de confiance dans la validité de la transformation dont il avait fait lui-même un « modèle » (dans les deux sens du mot). Le terme ultime de ces mutations a été la capitulation sans combat des régimes communistes en 1989-1991. Le PCF n’a pu que prendre acte de cette déroute de ce qui avait été pour lui son « utopie terrestre » mobilisatrice, même si il n’était pas obligé de susciter un immense éclat de rire en proclamant par la bouche de Georges Marchais que les communistes n’avaient jamais rien de commun avec cette société « de caserne » .

4- Les hésitations du PCF dans son rapport au « socialisme réel » n’ont pas arrangé les choses : enthousiasme inconditionnel, « rapport attribué au camarade Krouchtchev », dénonciation de l’intervention en Tchécoslovaquie, eurocommunisme, soutien de l’intervention en Afghanistan etc. Ces tergiversations n’ont pas renforcé l’autorité du PCF perçu en l’affaire comme une girouette.

5- Sans doute ce rôle central du « socialisme réel » dans l’imaginaire politique que le PCF proposait aux Français relève beaucoup plus qu’on ne le croit des représentations et non des déterminations effectives de l’action politique. Le PCF a en réalité toujours orienté son action en fonction de réalités proprement nationales. Mais son association aux tares de ces régimes l’a gravement et durablement décrédibilisé. Une telle décrédibilisation ne se traduit pas immédiatement en termes d’influence électorale et il est naïf d’objecter que le déclin électoral du PCF ne suit pas immédiatement 1989-1991. Mais en France comme dans tous les pays de la planète les années 1990 ont été marquées par un reflux décisif de l’influence communiste.

  • Le souvenir estompé des grands combats fondateurs du PCF

1- Le PCF a payé du sang de ses militants son engagement décisif dans la Résistance. Les tentatives pour brouiller cette image des communistes en jetant le doute sur la signification de leur engagement n’ont convaincu que ceux qui voulaient bien l’être. Mais la Résistance est aujourd’hui vieille de presque deux tiers de siècle, plus vieille que les batailles contre la boucherie de 14-18 (constitutives de l’identité originelle du PCF) pouvaient l’être en 1968. Elles sortent peu à peu de l’imaginaire national et leur place dans l’imaginaire communiste est appelée à se relativiser à son tour.

2- Il en est de même des batailles contre les guerres coloniales, en particulier la guerre d’Algérie. Cette bataille est la dernière pour laquelle le peuple entier a pu constater que les communistes avaient eu « le tort d’avoir raison les premiers ». Dans le cadre de cette lutte anti-colonialiste le PCF a su faire la preuve de sa capacité à mobiliser les consciences et à organiser des actions, sans parler de la mort de ses militants à Charonne. Un demi-siècle s’est écoulé. La propagande mensongère brouille peu à peu l’image de la détermination communiste dans ce combat. Les militants issus de ces combats ne sont plus que des vétérans. Cette évidence de la clairvoyance communiste (en ce qui concerne les guerres coloniales), très mise en doute par ailleurs en ce qui concerne le rapport au « socialisme réel », ne pouvait guère apparaître au travers de questions apparues par la suite comme celle du programme commun.

  • Le poids des institutions

1- Les partis communistes de France de Belgique et d’Europe du Nord n’ont connu que cinq années de clandestinité et répression féroce. Ceux de Suisse, de Grande-Bretagne, des Etats-Unis, du Canada et de Nouvelle-Zélande n’ont jamais été littéralement interdits (encore qu’en Suisse et aux Etats-Unis ç’ait parfois été tout comme). Tous les autres partis ont connu des phases plus ou moins longues de totale ou partielle illégalité. Mais parmi ces partis inscrits dans la légalité de l’Etat bourgeois, seul le PCF avait une influence importante. Plus qu’aucun autre parti le PCF a participé au système institutionnel, y a développé des points d’appui, des relais d’influence, en particulier au travers des consultations électorales (environ 35 consultations nationales au cours de son histoire, dont une vingtaine depuis 1981, sans parler des consultations locales, régionales etc. et des effets indirects des consultations sociales). Mais il en résulte que plus qu’aucun autre parti (sauf peut-être le PCI qui a vite pris la mesure de ce que la participation aux institutions pouvait lui apporter après 22 années de clandestinité sous le fascisme) le PCF s’est trouvé impliqué dans le fonctionnement des institutions de la démocratie bourgeoise. Le communisme municipal est devenu le pourvoyeur d’emplois, de prébendes, de situations acquises (même si il a été aussi une grande avancée démocratique et progressiste) et a généré de petits conservatismes. Des conquêtes démocratiques comme celle du financement des partis politiques par la collectivité, au motif (archifondé) qu’ils collaborent à l’exercice de la démocratie, ont mis le PCF dans une certaine dépendance, au moins financière, envers le système établi. Il est apparu parfois comme soucieux de préserver en priorité ses avantages acquis plutôt que de se placer avec résolution aux cotés des plus démunis. Même analyse pour la presse communiste. Il est hors de question de récuser cette nécessaire participation au système institutionnel créé par la bourgeoisie et fonctionnant pour l’essentiel à son bénéfice, mais qui pourrait en contester certains aspects corrupteurs ? Ce qui est étonnant c’est que le PCF y ait si bien résisté relativement.

2- Une grande avancée du bolchévisme de 1902 a été de mettre en évidence la nécessité de soustraire le parti de la classe ouvrière à l’influence des professionnels de la politique, des élus, des avocats et professeurs qui constituaient l’essentiel de la direction des partis sociaux-démocrates. La prolétarisation des partis communistes a été une avancée historique fondamentale permettant à la classe ouvrière de se donner ses propres cadres et créant un véritable homme nouveau, nourri d’un savoir nouveau, celui du militant responsable, dont les permanents devaient être (et ont effectivement été très souvent) les meilleurs éléments. Mais cette prolétarisation a souvent signifié aussi une professionnalisation d’un nouveau type. Même tempéré par des garde-fous essentiels comme celui de l’abandon au parti des indemnités de fonction des élus, ce système a parfois créée des situations acquises d’un nouveau type. Et il serait bien hardi de croire que les choix stratégiques, dans la mesure où ils peuvent avoir une influence sur les positions individuelles, n’ont jamais été déterminés par des soucis de préservation de telles positions, en particulier électives. La réflexion léniniste sur l’aristocratie ouvrière est trop importante pour qu’on en fasse par avance l’économie s’agissant du PCF. En tout cas l’idée que le PCF cherche avant tout à maintenir un acquis auquel il trouve intérêt est largement répandue dans notre peuple même si la reconnaissance du dévouement des communistes est aussi très large.

3- On entend souvent mettre en cause les effets des systèmes électoraux pour rendre compte du déclin communiste. Mais outre le fait que ce déclin n’est pas seulement électoral il faut faire remarquer que le scrutin majoritaire à deux tours a donné aux élus communistes un nombre correspondant à peu près au poids du PCF dans le pays. Dans de nombreux pays (La RFA pour moitié, Israel, l’Italie en partie ) le scrutin de liste proportionnel n’a pas enrayé le déclin des partis communistes locaux. Les effets dévastateurs de la tendance au bipartisme sont évidents mais n’est-ce pas le déclin du PCF qui est la cause de l’intronisation du PS comme « représentant naturel de la gauche ». Il ne faut pas oublier que le « vote utile » aurait dû profiter au PCF aussi longtemps qu’il était majoritaire à gauche. Si ce ne fut pas le cas c’est parce qu’un pourcentage croissant de Français considérait que le PCF n’était plus utile ou plus crédible.

  • Le bouleversement des valeurs

1- Tandis que la société traditionnelle vivait encore très largement sous l’influence de modes de vie et de pensée traditionnels, dont l’Eglise catholique était par excellence un des principaux garants, la société actuelle, issue de la destruction des milieux de vie anciens, a précipité dans l’anonymat de la grande ville de très nombreuses personnes. ni un visage  La famille large, autrefois rendue nécessaire par l’exigence de survie des anciens comme de mutualisation de la formation des jeunes, a perdu largement sa raison d’être au fur et à mesure que la vieillesse et l’enfance se socialisaient dans le cadre d’institutions collectives non familiales. Le cadre de la famille étroite est devenu le cadre de référence dans les esprits et il n’est que trop évident que le sort de ses proches immédiats compte infiniment plus pour le plus grand nombre de nos concitoyens que le sort des autres. Paradoxalement la bataille menée pour les droits des familles (bataille initiée par les milieux catholiques sociaux mais impulsée par les communistes), toujours nécessaire, a conduit à affirmer une certaine primauté du cadre familial au détriment du cadre social.

2- Une réflexion de fond qu’il ne saurait être question de conduire ici, doit être menée sur les causes d’un phénomène que nous constatons tous : la croissance de l’individualisme, du repli sur soi (même quand il prend une tonalité de gauchisme sociétal). Le sens du groupe s’est effacé, remplacé par un individualisme parfois radical. Ce climat d’individualisme exacerbé est antagoniste avec les grandes valeurs de solidarité dont les communistes sont les porteurs.

3- La révolution scientifique et technique a mis à la disposition des êtres humains de fantastiques moyens d’émancipation et a induit une extraordinaire augmentation des capacités productives à mettre au service des consommateurs. Mais le capitalisme a transformé ces énormes valeurs d’usage en valeurs d’échange susceptibles de rapporter de l’argent au capital industriel et financier. Les dernières décennies ont vu le déferlement d’outils nouveau, l’amoncellement des biens de consommation dans les pays développés. Il a ainsi créé un réseau de besoins nouveaux, qu’il serait hâtif d’appeler artificiels, mais qui constituent un énorme et permanent appel d’air pour la production des biens de consommation. La société de consommation est devenue une réalité que les communistes, tout attachés à dénoncer les utopies fantaisistes des premiers dénonciateurs de cette société, ont mal vu venir. Via la pub, la bagnole, la télé et leurs innombrables dérivés et homologues, sans parler des océans de « bouffe de luxe pour tous », ont objectivement tendu à jouer un rôle prioritaire dans les esprits. Face à l’exigence d’acquisition de ces biens (qui sont un élément de renouvellement de la force de travail dans sa définition actuelle) les autres déterminants du combat social font parfois pâle figure.

4-  Dans des sociétés déstructurées par le capitalisme et dans la solitude de la guerre de tous contre tous, les individus se rattachent d’autant plus à des communautés fantasmées que celles-ci sont en dislocation, voire n’ont existé que dans l’imaginaire. Le communautarisme, en particulier sous le prétexte de la religion (d’ailleurs retenue pour ses significations les plus réductrices) tend à remplacer les vraies solidarités. Les groupes inventés (bandes, supporters etc) deviennent les familles larges de notre temps. Le refus de l’autre, l’indifférence devant les souffrances infligées aux immigrés et aux sans-papiers perçus comme « autres », voire le racisme, ont largement gagné les esprits. La « lepenisation des esprits » rend compte des succès du FN, de l’audience de la démagogie sarkosiste, voire de certaines dérives perceptibles chez bien des électeurs de gauche. La « bête immonde » est un des fruits vénéneux de la société capitaliste en crise. Ici encore le communisme est à contre-courant (et fier de l’être). Une de ses fonctions est de réunir les forces (encore importantes) de résistance à la fascisation morale silencieuse de nos sociétés.

  • Le poids de la propagande

1- la télévision joue ici un rôle décisif. Asservie aux forces de l’ordre établi elle distille en permanence le discours de résignation, de conformisme  qui permet que l’immense majorité reste aveugle à ses propres intérêts et accepte la politique voulue par le petit nombre de ceux qui profitent de l’exploitation de l’immense majorité par la petite minorité. Captant à la fois toutes les antennes de l’être humain elle installe au centre névralgique des consciences un pouvoir de conviction au service du capitalisme et de ses valeurs, bien au-delà de la simple conjoncture politique quotidienne. Nourrissant en permanence une attitude passive envers le savoir et le pouvoir elle désarme l’esprit critique et détermine les attitudes avec infiniment plus d’efficacité que les outils d’aliénation et de démobilisation plus anciens (tels les sermons de nos curés de campagne jadis).

2- La presse, largement déterminée par la puissance des intérêts financiers qui la contrôlent, joue le même rôle en plus petit. Mais les outils de contrôle social et idéologique au service de la bourgeoisie sont bien plus nombreux encore et permettent de pénétrer plus avant dans les consciences. Une réflexion sur le rapport de notre société au sport ne saurait être éludée sous cet angle.

3- Il serait naïf de penser que l’école et l’université sont seulement les lieux de la diffusion du savoir émancipateur. Elles sont aussi des « appareils idéologiques d’Etat » véhiculant dans les contenus enseignés et pérennisant par leur organisation la division de la société en classes. Mais elles sont avant tout des terrains de lutte, lutte des classes pour soustraire leur organisation aux exigences de la rentabilité du capital, et « lutte des classes dans la théorie » pour faire prévaloir les contenus progressistes sur les contenus rétrogrades. En étendant son emprise universelle bien au-delà des enfants de moins de 13 ans, en scolarisant les adolescents et une bonne partie des jeunes adultes, le système de formation de la jeunesse a transposé cette lutte à l’échelle d’un bon quart de la nation. Les maîtres progressistes ont joué un rôle essentiel dans la montée en puissance des idées communistes. Le communisme est pour une part l’héritier des batailles laïques et républicaines pour l’école et autour de l’école. Mais l’aggravation de la lutte idéologique dans nos sociétés a aussi concerné l’école et trop souvent dilué le ferment démocratique dont l’école républicaine était porteuse.

  • La lutte des classes et ses prolongements

1- Marx a eu bien largement tort pour son temps. Il s’est magistralement trompé (et Engels s’en est expliqué) sur les perspectives de révolution prolétarienne en 1848, 1871 etc., au point de chercher parfois dans l’obscure Russie des potentialités de transformation sociale à partir de la commune paysanne. La raison en est que le mûrissement des antagonismes de classe dans la société capitaliste était à sa mort en 1883 bien moins avancé que ce que les pages brûlantes du Manifeste avaient pu laisser croire. Mais Marx le visionnaire a eu raison pour notre temps. Le mode de production capitaliste est en train de s’emparer de la planète jusque dans ses moindres recoins. Le terme de mondialisation ne fait que désigner ce que Marx avait déjà remarquablement mis en évidence dans le Manifeste. Pour ce qui concerne la France les dernières décennies ont liquidé les gros bataillons de la paysannerie parcellaire et précipité presque tous les producteurs dans le statut d’acheteur ou de vendeur de la force de travail. En ce sens les contradictions capitalistes sont beaucoup plus universelles que dans la France de 1900. Dans la France de 1900 le nombre des ouvriers d’industrie ne dépassait pas trois millions, à peine plus que celui des ouvriers agricoles. Et le nombre total des salariés était inférieur à celui des « indépendants ».

2- Et pourtant le mouvement communiste n’a pas tiré une durable source de puissance de cette configuration sociale qui aurait du lui être plus favorable. C’est que les nouvelles couches salariées ne ressentent pas l’exploitation capitaliste de façon aussi immédiate que les anciennes couches ouvrières d’industrie. Le capitalisme a multiplié les déterminations liées non à la position par rapport à la propriété des moyens de production mais au « statut » et à la symbolique des positions et des actions. Max Weber et Bourdieu (et quelques autres) ont fait la démonstration que, même si on accepte que la position de classe soit décisive en dernière instance, devant cette dernière instance se profilent des déterminations parfois plus décisives à court terme. La problématique en termes de « distribution des miettes du bénéfice capitaliste à une poignée de membres d’une aristocratie ouvrière » était peut-être opérante dans la Russie de 1917. Elle ne l’est plus qu’à la marge (mais une marge à ne pas négliger) dans la France de 2007. Si le marxisme devait refuser des dimensions du réel qui n’ont pas été théorisées par Marx lui-même mais par des intellectuels issus d’autres horizons que le marxisme, il cesserait d’être le marxisme. La lutte des classes n’est pas un système de « rails » (bizarre expression !) sur lesquels le parti communiste conduirait la locomotive du mouvement social, une clef explicative immédiate rendant compte de chaque détail des configurations sociales en chaque instant. Elle est, me semble-t-il, une démarche explicative ultime, au niveau de la dernière instance, rendant compte des antagonismes fondamentaux de la société. Ces antagonismes sont parfois à vif, parfois ensevelis sous des couches épaisses de déterminations secondaires.

3- D’ailleurs le mouvement progressiste en France a lui-même peu à peu construit d’autres catégories d’antagonisme et exploré d’autres terrains de lutte, en articulation avec la lutte des classes mais largement en autonomie relative. Tel a été le cas des antagonismes nationaux dont l’articulation avec l’antagonisme social est devenu une préoccupation centrale de tous les penseurs de la social-démocratie, à commencer par Lénine, dès la fin du XIXe siècle. Les penseurs du marxisme n’ont jamais réduit les affirmations nationales au statut de simples modalités subordonnées ni de visages particuliers de la lutte des classes (« nationales dans leur forme, sociales dans leur fond » disait-on). Un des mérites historiques du PCF a été sa capacité à intégrer la prise en compte de l’exigence nationale (intérêts et valeurs) dans le cadre d’un combat structuré par l’exigence sociale. Intégrer et pas seulement juxtaposer : c’est parce qu’il était le parti de la classe ouvrière que, face au grand capital préférant ses intérêts de classe à l’intérêt de la nation, le PCF pouvait lever haut le drapeau de l’héritage patriotique et animer le vaste mouvement de résistance de la grande majorité du peuple de France à la « trahison des trusts ». Mais la pertinence d’une telle analyse (qui me semble rester entière) a perdu de sa force de conviction au fur et à mesure que s’éloignait le temps du dernier grand affrontement national européen. L’idée de patrie, l’adhésion à ses symboles se sont trouvées de plus en plus en plus ringardisées dans l’esprit de la jeunesse. L’homogénéisation des systèmes de valeurs, des références dans les sociétés développées, la montée dans la jeunesse d’une réelle adhésion à l’idée européenne vécue (qui n’est pas l’adhésion au système institutionnel européen) ont peu à peu rendu moins sensible cette dimension patriotique du combat du PCF.

4- Enfin le schéma des contradictions fondamentales de notre société s’est complexifié. Les concepts de contradiction de genre et d’oppression patriarcale se sont vus reconnaître une légitimité égale à ceux de classe et de lutte des classes. La question de l’avenir physique de la planète et de la possibilité ou pas de survivre dans un monde qui saccage la nature sont devenus de nouveaux champs de réflexion. Les inquiétudes sur la croissance et le productivisme ont encore complexifié les enjeux. Les tentatives pour subordonner la solution des questions de genre ou d’écologie à la solution (socialiste) des contradictions de classe ne pouvaient pas paraître convaincantes dans la mesure où manifestement les lignes de clivage dans nos sociétés n’étaient pas les mêmes au regard de ces différentes contradictions. Le PCF a bien fait de renoncer à de telles tentatives mais au prix d’un certain brouillage de son message. Cette complexification des enjeux ne pouvait que rendre plus difficile l’adhésion au communisme perçu (à tort ?) comme peu capable de prendre en compte ces nouvelles contradictions et de se positionner sur ces nouveaux enjeux.

  • Et les erreurs du PCF lui-même ?

Tout ne dépend pas du contexte. Certains en concluent plus ou moins que tout dépend du Parti lui-même et que ses erreurs, défaillances et capitulations sont responsables de son déclin historique.
Ce n’est pas ici le lieu de recenser toutes les erreurs de stratégie, de doctrine, d’initiative politique, d’organisation faites par le PCF depuis 1920. La liste serait longue mais l’inventaire de ce qui a été erreur ou pas serait loin d’être le même pour tous.

Certains soulignent l’effet catastrophique des hésitations, virages sur l’aile, contradictions. Les exemples en sont légion et encore tout récemment. Mais ce n’est pas nouveau. En 1921 Lénine a fait un spectaculaire virage, celui de la NEP. En 1934 le PCF a fait un autre spectaculaire virage, celui du Rassemblement populaire. Cela n’a pas été une cause de déclin mais au contraire de progrès. Rien n’est plus néfaste que les petites contorsions qui décrédibilisent un mouvement. Rien n’est plus fécond que les révisions globales quand les conditions historiques imposent leur nécessité.

D’autres regrettent l’insuffisance d’effort de formation des militants, mal armés pour la « bataille des idées ». Je pense en effet qu’un tel effort de formation est indispensable mais pour enseigner quoi. Si c’est pour enseigner ce que pense telle ou telle des multiples chapelles communistes on ne renforcera pas la capacité d’influence du PCF. L’urgence est de définir des positionnements clairs, d’en faire le bien commun du Parti et d’en diffuser la compréhension auprès de tous.

D’autres pensent que des abandons théoriques ont scellé le destin du PCF (prise du pouvoir par la classe ouvrière et ses alliés, dictature du prolétariat, centralisme démocratique etc.). C’est faire à ces concepts, comme jadis Althusser, un bien grand honneur. Mais qui peut croire que le peuple français apporte ou n’apporte pas au PCF un large soutien en fonction de ces concepts, d’ailleurs eux-mêmes d’interprétation très variable ?

Certains sont tentés par l’idée que le déclin provient des abandons, de la « mutation-liquidation », supposée inaugurée à l’époque de Robert Hue. Partageant beaucoup des critiques faites à la direction communiste de cette époque je crois néanmoins qu’il ne faut pas que les circonstances cachent la marche longue du mouvement de la nécessité historique qui nous est hélas bien peu favorable. Le déclin historique du communisme ne s’est pas manifesté qu’en France mais dans tous les pays. Que les partis aient adopté un positionnement « radical » (en petit nombre) ou « mutant » la tendance est évidemment la même. En accusant telle ou telle personne ou orientation ou groupe de la responsabilité du déclin on se donne d’excellentes raisons de refuser de réfléchir aux raisons de fond de ce déclin et par conséquent on se désarme pour construire la vraie force « bolchévique » du XXIe siècle.

Et il en est de même du dérisoire jeu cherchant à établir que les résultats électoraux sont d’autant meilleurs que les fédérations du Parti sont plus « radicales » ou au contraire plus « rassembleuses ».  

Pour ma part je n’arrive pas à voir en quoi le retour à des positionnements stratégiques comme en 1928 ou en 1950 nous permettrait de récupérer l’influence perdue. Troquer la position « tribunicienne » du PCF (elle-même insuffisante) pour une position protestataire pure, récusant tout rassemblement au-delà de l’espace politique du seul PCF,  me semble chercher à chasser sur les terres de la LCR ou de LO (tout en dénonçant vivement ces organisations). Mais le terrain est déjà occupé. En revanche ce que je vois, derrière les jeux de pouvoir dans l’appareil communiste, c’est le risque de groupuscularisation totale du PCF.

Pierre Saly
section du 5e arrondissement
Fédération de Paris


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