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16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 10:07
Contribution de Pierre Laroche aux débats du Congrès.

La bourgeoisie, avant d’être classe dominante en Europe occidentale, a longtemps été classe dirigeante dans ces sociétés, en y construisant du XVIIe au XIXe siècle, sur la base de ce qu’on a appelé la « philosophie des lumières », sa domination, que Gramsci nomme « hégémonie », qui combine « domination et direction intellectuelle et morale […] force et consensus […] sans que la force soit trop supérieure au consensus, mais de façon qu’elle apparaisse comme s’appuyant sur le consensus de la majorité, exprimé par ce qu’on appelle les organes de l’opinion publique » (Cahiers de prison. Cahier 1 (XVI) 1929-1930, §44). Aux XIXe/XXe sicècles, cette hégémonie s’est étendue aux autres continents, sous les formes diverses de la colonisation, avec une prédominance évidente de l’aspect « domination », mais sans que disparaisse la recherche d’une direction intellectuelle et morale, par exemple avec le rôle de la religion.

Pourrait-on dire que le prolétariat a tenté de construire au XIXe-XXe une hégémonie analogue, de signe opposé, à partir d’une analyse critique de l’hégémonie de la bourgeoisie ? Il faut bien admettre, en tout cas, que l’actualité est marquée par l’échec de cette tentative en tant que domination et que, pour ce qui est de la direction intellectuelle et morale, elle est, pour le moins, fortement mise en cause.

La question est compliquée par une variation linguistique de Gramsci qui parle tantôt de « classe » (Cahier 1 (XVI) 1929-1930, § 59), tantôt de « groupe social » (Cahier 19 (X) 1934-1935 Risorgimento italiano, § 24).

Il me semble intéressant de tenter de voir comment se construit cette « direction intellectuelle et morale » et, si possible, à l’initiative de quels « groupes sociaux ». Pour ce qui est de l’hypothèse d’une tentative d’« hégémonie » de la part du prolétariat, il ne pouvait encore s’agir, au temps de Gramsci (1891-1937), que du prolétariat « classique » : les travailleurs salariés des mines, des usines, des chantiers et des transports. De même, la bourgeoisie qui a construit sa domination et sa direction intellectuelle et morale était fondamentalement celle des propriétaires des principaux moyens de production et d’échange.

Sur ce point, une mutation s’est opérée dont le début me paraît à rechercher dans les années 70-80 du XXe siècle. Au moment où les forces de progrès saluaient les succès politiques des mouvements de libération nationale, notamment en Afrique et au Vietnam, tout en sous-estimant sans doute la puissance des dominations économiques et les réalités de leur poids sur la lutte des classes dans chacun de ces pays, comme on l’a vu bien vite en Amérique latine et en Afrique.
On a assisté à ce moment à un tournant dans la stratégie de la bourgeoisie en divers pays. Je ne prétends pas que quelque organisation clandestine ait décidé : « maintenant, le mouvement de libération des peuples, ça suffit, on change tout ». Mais il y a quand même au cœur et au cours de cette période des signes d’un changement stratégique volontaire, avec la venue au pouvoir de tenants du libéralisme pur et dur, Margaret Thatcher, présidente du Parti conservateur de 1975 à 1990, puis Premier ministre du Royaume-Uni de 1979 à 1990 et Ronald Reagan, président des Etats-Unis de 1981 à 1989.
Dans les années 80, en Italie aussi, qui souffre d’une grave crise économique, une fois retombé le « miracle économique » consécutif à la reconstruction d’après-guerre, s’élabore une théorisation pour un nouveau cours du capitalisme. Guido Carli, successivement directeur de la Banque d'Italie (1960-75), président de la Confindustria (le syndicat des dirigeants des grandes entreprises italiennes) de 1976 à 1980, ministre de l’Economie en 89-92 dans l’un des gouvernements Andreotti, présente le programme : moins d'Etat, avec des nuances concernant les champs où l'Etat doit intervenir moins ou plus, réhabilitation du profit comme moteur de la société, valorisation de la concurrence entre entreprises et entre individus, rôle dirigeant des grands groupes économiques. Cesare Romiti, administrateur délégué de Fiat, groupe devenu, depuis la Première guerre mondiale, leader et symbole du capitalisme industriel italien, conteste en 1987 la loi de finances en lui reprochant d’être marquée par « un esprit de gauche anti-capitaliste et par un esprit catholique qui se défie du profit » (il est exact que le programme économique de la démocratie chrétienne italienne était fortement marqué par le programme inspiré de la doctrine sociale de l’Eglise, diffusée par l’encyclique Rerum novarum de Léon XIII en 1891
Cette volonté de changement de stratégie, en rupture avec ce qu’a été, depuis la Deuxième guerre mondiale, la politique de la bourgeoisie d’Europe occidentale (je suis conscient de la généralisation rapide et sans doute abusive de mon propos) me semble ainsi clairement inspirée par les intérêts des couches les plus puissantes de la bourgeoisie, ce qui laisse de côté bien des secteurs de la société, mais peut inclure des secteurs ou des individus proches de ces couches les plus puissantes, dans l’édition, la presse et plus largement l’information, puis la communication, dans le monde des « intellectuels », chez ceux que Gramsci appelait les intellectuels « organiques » d’une classe, en l’occurrence de la grande bourgeoisie « d’affaires ». Puissantes financièrement, techniquement, mais aussi culturellement, car leur nouvelle orientation  ne peut passer dans les faits que parce qu’elle s’appuie sur une activité idéologique rénovée au plan mondial.
Il y a eu de la part des classes dirigeantes des initiatives diverses, économiques, financières, politiques, militaires, appuyées ou liées à une réponse idéologique diverse, certainement pas univoque, probablement pas entièrement concertée, mais puissante et parfois violente. Nous avons alors parlé de «contre-offensive de l’impérialisme » ; c’était probablement une expression marquée par l’illusion qu’il y avait un « sens de l’histoire » et que ce qui se passait était un incident de parcours et non pas un nouveau moment du développement du capitalisme, un nouveau moment qui a pour protagoniste le capital financier, et, plus que jamais, pour moteur non la production, mais le profit, à l’échelle mondiale compte tenu de la révolution informationnelle. Ces transformations ouvrent la voie à une véritable culture de la spéculation : la spéculation a existé dès les débuts du capitalisme (cf. Law), et même avant, mais désormais les informations quotidiennes en regorgent. On conçoit quel rôle ont dû jouer pour faire accepter une conception et une pratique aussi absurdes de l’économie et de la société, les idéologies conservatrices voire rétrogrades, pour faire revenir dans les consciences des idées rétrogrades ou, pour le moins, hostiles à des transformations révolutionnaires, face aux aspirations sociales, égalitaires, humanistes (« catholiques », disait avec dédain Cesare Romiti), aux idées qui, depuis les physiocrates, faisaient de la production (agricole en l’occurrence) le vecteur du bien-être, si ce n’est de la prospérité (N.-B. : il est vrai que les physiocrates étaient aussi des « libéraux » au sens économique contemporain).

Je ne peux donner que quelques indices des prémisses de cette grande mutation idéologique qui soutient le passage à la domination, à l’hégémonie mondiale du capital financier. 
En 1968 naît le Club de Rome, qui soutient l’objectif de la croissance zéro, dont le récent avatar est la dénonciation du « productivisme », en réaction contre la « culture » de la consommation. En 1972, à l’initiative de ce club, était publié le rapport Meadows,  Halte à la croissance ?, suivi en 1974 de Sortir de l'ère du gaspillage : demain.
En juin 1972, David Rockefeller et Zbigniew Brzezinski, conseiller politique au Département d'État, qui deviendra en 1977 conseiller du Président des Etats-Unis Jimmy Carter, avancent le projet de ce qui va devenir la Commission Trilatérale, officiellement créée à Tokyo le 1er juillet 1973. En 1977, dans sa Présentation de la Trilatérale par la Trilatérale, cette commission se présente comme « une organisation orientée vers la prise de décision » entre les « démocraties industrielles », définies comme « une communauté ayant son identité propre et constituant un enjeu vital ».
En 1976, l’Internationale socialiste, à son congrès de Genève, décide que ses forces devront être présentes partout où il se passe quelque chose. Selon le mot d’ordre de ce congrès : lutter contre le capitalisme exploiteur et contre le communisme d’Etat et de parti unique.
Dans l’Eglise catholique, en délicatesse avec les orientations du Concile Vatican II (1962-1965) et en opposition à la théologie de la libération en Amérique du sud, la Congrégation Propaganda Fide rejette la théologie de la libération en 1984-86 à l’initiative de Jean-Paul II (élu pape en 1978) et du cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, au motif que cette réflexion d’une partie importante des catholiques et du clergé d’Amérique du sud liait la question de la rédemption à l’engagement politique et à la violence contre les dirigeants politiques et économiques. Le pape et son futur successeur reconnaîtront d’ailleurs que cette approche pouvait comporter des éléments positifs. Mais ils ont fait cette concession dans les années 90, quand elle avait été très affaiblie. Il y eut aussi dans les milieux catholiques (mais aussi dans d’autres religions) des réticences, crispations, menaces et réactions dans les domaines des mœurs et de l’idéologie, des interventions souvent violentes contre les mouvements ou individus favorables à l’IVG, début de la pression en faveur du créationnisme, réactions mal cachées contre les idées d’égalité entre peuples, entre hommes et femmes, entre riches et pauvres, entre valides et handicapés, entre homosexuels et hétérosexuels, bref : contre les idées de progrès, d’égalité, de liberté, de solidarité, de laïcité.
Toutes ces recherches et réflexions ne sont pas explicitement liées à la transformation du capitalisme, mais elles sont des indices de réflexions qui ont en commun de chercher à effacer du paysage tout ce qui peut faire obstacle à ce nouveau développement du capitalisme.

Sur ce terrain de la confrontation « idéologique », le Parti communiste français, pourtant armé d’une presse diversifiée, plus ou moins explicitement et organiquement liée au Parti, allant de « l’Humanité » et « l’Huma-dimanche » à « Regards » (1ère formule), en passant  par les « Cahiers du communisme », « Economie et politique », « la Nouvelle Critique », « France Nouvelle », « la Pensée » et bien d’autres périodiques nationaux et régionaux, de 2 maisons d’édition (les Editions sociales et les Editeurs français réunis), d’un service de diffusion (le célèbre CDLP, centre de Diffusion du livre et de la presse), d’un institut de recherche (le CERM, centre d’études et de recherches marxistes qui connut par la suite d’autres appellations), n’a pas tenu le choc, le Comité central d’Argenteuil étant sans doute intervenu trop tard (1966) pour rompre avec un longue et lourde période où la réflexion théorique, bien réelle, de quelques militants, sympathisants et dirigeants, ne passait pas, ou peu et mal, dans le tissu du Parti, en un moment où précisément, il fallait s’atteler à la compréhension de ce qui mûrissait en dehors du champ étroitement politique.
Il ne s’agit pas de faire le procès des « responsables »  du travail intellectuel du parti et dans le parti comme cela a été parfois esquissé lors de diverses « affaires » ou dans des propos railleurs sur le manque de charisme de Waldeck Rochet (qui mourut trop tôt sans doute pour débrider la réflexion sans faire éclater le PCF) ou sur « la Nouvelle Critique », rebaptisée de façon élitiste « revue du marxisme des militants » (en dérision de l’officiel « revue du marxisme militant »). C’est tout le fonctionnement du parti tel qu’il était devenu, qui est responsable de ce blocage, une conception qui rendait inconcevable de contester les orientations et décisions de la direction et de proposer de véritables changements de pratique et des enrichissements théoriques (je réserve le mot « idéologie » et ses dérivés pour d’autres usages : le marxisme n’est pas, selon moi, une idéologie mais – résumé en trois mots - une théorie matérialiste du changement).

Est-il concevable maintenant d’avoir un fonctionnement plus dynamique et efficace ?  Avec pour objectif, non seulement de reprendre le terrain perdu, conquis par la droite, notamment dans sa version sarkozienne, sur les salaires, les horaires de travail, les loisirs, la recherche, la sécurité de l’emploi, de la santé, de la formation, du logement, avec les privatisations, le démantèlement de la fonction publique, les inégalités croissantes en tous domaines, mais aussi pour frayer, dans une réalité en changement continuel et, sans doute, accéléré, des voies vers une société différente, moins inégalitaire, moins répressive, moins stérilisante.
 
Marx observait, dans Misère de la Philosophie, que « la ‘coalition ‘ [des salariés] a un double but : faire cesser la concurrence des ouvriers entre eux, pour pouvoir faire une concurrence générale au capitaliste. Si le premier but de la coalition n’a été que le maintien des salaires, à mesure que les capitalistes s’unissent à leur tour avec pour but la répression, les coalitions, d’abord isolées, se constituent en groupes et, face au capital toujours uni, le maintien des associations devient pour les ouvriers plus nécessaire encore que celui du salaire […] A ce point, l’association acquiert un caractère politique » ». Ce texte date de 1847 : on ne parle plus maintenant de coalitions mais de syndicats, le patronat n’est pas uni mais divers et travaillé par des contradictions, l’expérience prouve que le passage à la dimension politique est loin d’être mécanique et qu’en rester à la revendication n’a jamais permis de triomphe décisif sur le capital ; on le voit bien maintenant : des conquêtes des deux siècles passés sont balayées sans hésitation. On ne peut miser abstraitement sur le « rassemblement », mais travailler concrètement sur les contenus, les objectifs, la mise en œuvre, le mouvement des idées et des faits, et pas seulement sur les alliances dont Marie-George Buffet constatait il y a quelques mois que nous avons « surdimensionné » cette question. Mais il reste que les luttes sociales et civiques peuvent être des lieux et des moments de réflexion, d’approfondissement de la réflexion : elles donnent la possibilité de démystifier certaines opérations idéologiques du capital qui traînent, dominantes depuis des décennies : je pense à l’actuelle solidarité autour de la lutte des sans-papiers (hommes et femmes) qui montre concrètement – et cela commence à être compris – qu’il ne s’agit pas de délinquants, mais de travailleurs sans droits, hypocritement exploités, et qui, en outre, servent de moyen de pression sur les autres salariés.

Peut-on donner à ces luttes de véritables objectifs transformateurs ? On ne devrait pas se contenter de donner dans la presse des informations sur les privilèges, y compris les avantages financiers, dont jouissent les dirigeants des entreprises du CAC 40 en regard des salaires en berne et du chômage des jeunes, sans appeler explicitement à refuser concrètement cette société. Pas en condamnant simplement en paroles le capitalisme mais en le combattant partout, dans les entreprises, et aussi, à la différence de certains courants « à gauche de la gauche », dans les lieux du pouvoir politique où notre audience nous donne parfois accès, comme cela a été le cas à propos des OGM, malgré les limites évidentes des possibilités de notre action parlementaire en ce moment.

Cela nous donne des éléments concrets de départ pour reprendre, de façon moins abstraite (moins dogmatique sans doute) que ce qu’on a pu connaître jadis, la formation et la réflexion sur la société, son mouvement, ses contradictions, la lutte des classes, le marxisme, tout ce que nous pouvons et pourrions dire dans notre presse et dans notre activité sur la baisse du pouvoir d’achat (ne devrait-on pas poser d’abord la question de la valeur de la force de travail ?) en liant  du mieux possible ces questions à la théorie économique, à l’histoire, aux luttes passées, présentes et futures. Avec l’objectif de reconstruire un consensus combatif pour que ces reconquêtes soient le point de départ pour aller à une société plus juste, plus libre, plus égalitaire, plus ouverte. 

Arrivé ici, se pose la question du fonctionnement du Parti, tel qu’il est toujours, sur certaines questions délicates : formation et rôle du groupe dirigeant, rapports « base-sommet », rapports élus/parti, les élus communistes étant les élus des électeurs, mais aussi  une des expressions du Parti. Il me paraît clair que la définition et la dénomination de Parti Communiste vont de soi dans notre pays et peut-être en Europe occidentale, compte tenu de nos origines historiques, de notre expérience avec ses échecs, ses erreurs et ses succès.. Malgré le passage des ans et des siècles, je me sens descendant de Babeuf, je n’ai pas l’intention d’abandonner « l’Huma » de Jaurès préservée par Camelinat et je souhaite vivement qu’elle redevienne « organe central du Parti communiste français » et qu’on puisse ajouter « sauvé par ses militants et sympathisants », en référence à la réponse de l’ensemble du parti devant la crise actuelle (qui méritera un peu d’éclaircissements). Je souhaite vivement que nous évitions le sort de « l’Unità », devenue « journal fondé par Antonio Gramsci », sans audience, après avoir été « organe central du Parti communiste italien ».

Cela impose à l’évidence des transformations, des changements voire des renoncements individuels : je ne pense pas qu’il soit bon que nos instances nationales comptent un aussi grand nombre  de membres, que les voix du groupe dirigeant soient si souvent discordantes, mais regroupées de façon clanique, alors que chacun dit refuser l’organisation en tendances. Je ne crois pas qu’il soit de l’intérêt du parti, mais pas plus de celui des camarades impliqués, dirigeants et/ou élus, qu’il y ait d’inamovibles professionnels de la politique, courant le risque d’être un jour au chômage et/ou en mal de politique, sans compter le risque des successions tardives, difficiles ou hasardeuses. Je sais que cela ramène au problème non résolu de « l’après » et donc d’un « statut de l’élu » : « tout le monde n’a pas la chance » de pouvoir se recycler comme président de la filiale américaine de LVMH. Il me semble de l’intérêt de la démocratie que cette question soit posée publiquement, dans le parti et hors du parti.

Je ne sais pas si nous pourrons établir « un programme » pour les luttes à venir, mais nous devrions être au moins capables, en un premier temps, de redonner aux militants, aux travailleurs, aux citoyens, du souffle, de la créativité, de la combativité, de la colère, dans l’espoir et la volonté d’une société et d’un avenir moins sinistres que ce que nous promettent et préparent une droite vorace et une « gauche » perméable et résignée.
 
Pierre Laroche
Parti communiste français
Section  Paris 5e

 
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