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1 mars 2008 6 01 /03 /mars /2008 23:13
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La laïcité ne va pas de soi : est-ce le refus de toute les religions ou leur acceptation ? Acceptation par qui : par la société, par l’Etat ? De nombreux Etats, y compris de ceux que l’on dit « modernes », ont des rapports privilégiés avec une religion : « Gott mit uns », disait l’Etat nazi, « In God we trust » dit la monnaie des Etats Unis, pays où l’on jure sur la Bible au tribunal ; en Grande-Bretagne le roi (ou la reine) est le chef de l’Eglise anglicane ; de nombreux Etats sont plus ou moins ouvertement théocratiques : en Israël et en de nombreux  pays à dominante musulmane. D’autres, de tradition chrétienne, ont établi un concordat avec le Vatican.

Quand on se demande par quoi commencer pour parler de laïcité, il me semble donc qu’il faut commencer par l’Etat, pas par la religion. Et cela ne regarde pas que l’enseignement, c’est toute la société qui est concernée par la question de la laïcité.

En France, la laïcité s’est construite après des siècles où l’Etat s’appuie – parfois de façon conflictuelle - sur le christianisme, dominateur par la parole, par la censure, la contrainte et la violence, y compris dans ses conflits internes entre diverses Eglises se réclamant du christianisme : albigeois, calvinistes, luthériens, catholiques, etc…. On peut, on doit, condamner la charia qui sanctionne une femme adultère par la lapidation ; cela n’efface pas les méfaits de l’Inquisition, les procès en sorcellerie conclus par le bûcher, la main-mise de l’Eglise chrétienne sur l’éducation, sur le droit et la justice, son rôle dans les Croisades, dans la conquête de l’Amérique, la place de nombreux missionnaires dans la colonisation de l’Afrique. Dans ces domaines, au nom de Dieu, avec le soutien de l’Eglise et de la quasi-totalité de la noblesse et du clergé puis d’une bonne partie de la bourgeoisie, l’Etat, la monarchie puis la République française, ont été de tous les mauvais combats jusqu’à la fin du XIXe siècle

La laïcité est donc dans notre pays le résultat d’un long combat commencé dès avant la Révolution et qui s’est poursuivi jusqu’au XXe siècle. Un combat pour une société et un Etat fondés sur la liberté, l’égalité et la fraternité, en substitution de la foi, l’espérance et la charité, les trois vertus théologales, combat qui apparemment n’est pas achevé en ce début du XXIe  siècle.

En effet, dans ce domaine comme dans les autres, « rien n’est jamais acquis à l’homme ». On voit bien la place que tendent actuellement à occuper les religions dans la vie politique de la Pologne ou des Etats-Unis, tout comme dans nombre d’Etats africains ou du Moyen-Orient. On la voit quand le Pape efface progressivement les avancées de Vatican II, non seulement dans le rite, ce qui reste une affaire intérieure à l’Eglise, mais dans la vie sociale, en démantelant, avec son prédécesseur, la théologie de la libération, en relançant la croisade contre l’IVG, l’homosexualité, la contraception, l’euthanasie, en cherchant à être reçu dans la principale université de Rome, comme il vient de le tenter en vain. En attendant de chercher à entrer dans la chapelle et le Grand Amphi de la Sorbonne ?

Dans ce contexte, comment ne pas s’inquiéter des propos du Président de la République dans la dernière période. Il ne m’appartient pas de rappeler qu’il est divorcé et que donc, il est exclu de la communion : c’est une affaire entre lui et sa religion. On a pu remarquer cependant qu’il y a apparemment des arrangements possibles, sinon avec le Ciel, du moins avec le Pape.

Mais c’est sa religion personnelle qui est en cause, la religion de Monsieur Nicolas Sarkozy, pas une sorte de religion d’Etat de la France ; ses prédécesseurs  de la 5e République ont toujours fait la différence (« Vous dites que la France est catholique, mais la République est laïque », Ch. De Gaulle aux évêques français, 1958). Que lui efface. Ostensiblement. Et c’est bien ce qui fait problème. Il n’y a pas de religion d’Etat en France et aucune, ni l’une ni toutes, ne peut faire l’objet d’une promotion, contrairement à  ce que l’on a vu et entendu ces dernières semaines. La question n’est pas de refuser ou de pactiser avec une ou des religions : c’est tout simplement hors sujet, ce n’est pas l’affaire de l’Etat. C’est un des fondements de la République française (Jean-Louis Debré y voit à juste titre « un des piliers de la République ») depuis la loi du 9 décembre 1905 (« loi de séparation des Eglises et de l’Etat »), malgré certaines anomalies qui s’expliquent (pas très bien) par des spécificités historiques, comme dans les cas de l’Alsace ou de la Guyane. Mais il est illégal que l’Etat subventionne des établissements d’enseignement motivés par une doctrine religieuse, des hôpitaux où figurent des symboles religieux, où interviennent des personnels religieux : l’école publique est laïque, les services publics sont laïques, de par la loi : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes (art. 1) […] La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte (art. 2) »

C’est donc clairement en contradiction avec cette loi que le chef de l’Etat affiche, en tant que tel, sa croyance et donne son aval public et officiel à une ou des religions, comme cela vient de se passer lors d’épisodes récents, sa visite d’allégeance au Vatican et son voyage en Arabie Saoudite.

Il est contraire à la loi de 1905 que le chef de l’Etat, qui n’est pas le chef d’une église, quelle qu’elle soit, dévalue la fonction civile des enseignants au motif qu’ils ne seraient pas porteurs d’espérance : « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé […] parce qu’il manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ». N’en déplaise à l’auteur de cette analyse, nous sommes des millions à avoir bénéficié de l’abnégation, du charisme des « hussards noirs de la République » et de la leçon de vie de professeurs pour qui compte en premier lieu la formation culturelle et humaine de leurs élèves et étudiants. Et dont bon nombre ont transcendé la peur pour défendre un avenir de liberté, égalité, solidarité. Cette espérance dont sont porteurs les enseignants est du domaine de la vie sur terre, de la formation des hommes à la vie sociale, au travail, au plaisir, à la culture.

Ensuite, il est faux de déclarer : « la laïcité a essayé de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû » (Rome, basilique Saint-Jean de Latran, 20 décembre 2007). Or la laïcité n’est pas anti-religieuse : il y a eu des conflits dans les premiers temps de l’application de cette loi, mais ils étaient dus pour l’essentiel à l’opposition de forces franchement rétrogrades, anti-républicaines, souvent de matrice antidreyfusarde, ou de courants catholiques qui n’acceptaient  toujours pas l’affirmation que le pouvoir n’est pas de nature divine, mais doit être l’émanation du peuple souverain et que tous les actes de la vie civile doivent être soustraits à l’emprise religieuse.

Il est contraire à la loi  encore que le Président de la République française chante (Discours à Riyad, 16 janvier 2008) les louanges de « Dieu transcendant qui est dans la pensée et le cœur de chaque homme », « n’asservit pas l’homme mais le libère », avec pour corollaire que toutes les grandes religions et toutes les grandes philosophies enseignent que « l’homme n’est pas sur terre pour détruire la vie mais pour la donner », allusion transparente aux prises de position de l’Eglise catholique contre  l’avortement, l’euthanasie, la contraception. Et de s’appuyer sur cette démonstration un peu courte pour fonder « la politique de civilisation dont le monde a besoin aujourd’hui »  et appeler toutes les religions à s’unir pour « combattre  contre le recul des valeurs morales et spirituelles, contre le matérialisme, contre les excès de l’individualisme ». 

La religion, les religions comme fondements de la civilisation ! On n’en est pas à brûler Giordano Bruno et exiger de Galilée qu’il se renie, mais comment comprendre ces propos autrement que comme la négation de la laïcité, la mise hors la loi des agnostiques et des athées ? Et qu’importe, pour ce dont nous parlons, que ceux-ci soient ou non majoritaires dans notre pays. La seule question porte sur le droit de chacun à la liberté de conscience et à l’égalité d’accès et de participation à la vie sociale. Alors, à quelle fin est-on en train de  changer les rapports entre l’Etat et les Eglises en France ?

Après avoir mis à l’ordre du jour le démantèlement des principes et des lois issus du Front Populaire, de la Résistance, de 68, ce nouveau coup de pied serait-il un premier pas vers une modification ou abrogation de la loi de 1905, fruit de la pensée et de l’action de Voltaire, de la Révolution et de toutes les luttes émancipatrices du XIXe siècle ? Encore une fois, le président Sarkozy, dans son entreprise de révolution conservatrice, frappe au niveau de l’idéologie, contre tout ce qui conforte les idées de lutte, de conquête de droits et de libertés pour favoriser en revanche les idées de résignation à la fatalité des différences de classe.

On peut le craindre : il y a probablement aussi là-derrière une autre idée pernicieuse : reconnaître comme fondements de la société une des sources du communautarisme, en faisant que les religions doivent contribuer à l’ordre social, à la « politique de civilisation ». A ce titre, les associations cultuelles pourraient être subventionnées comme des associations « loi de 1901 » et le Conseil économique et social pourrait leur être ouvert : on sait que des projets existent qui vont dans ce sens et chacun comprendra aisément que le pouvoir d’Etat fera en sorte que soient soutenues d’abord les associations qui ne remettront pas en cause l’ordre social. Ce modèle de société, qui fonctionne aux Etats-Unis, permettrait à des collectivités, fondées sur les origines géographiques ou les convictions religieuses de leurs membres, de prétendre être l’expression de ces groupes et de peser sur la vie sociale, culturelle, économique, politique, au mépris d’objectifs sociaux, économiques et politiques liés aux conditions de vie et de travail de ceux qui composent ces collectivités, et donc au mépris de la recherche de droits universels et au risque de rapports conflictuels entre elles.


Pierre Laroche,
Parti communiste français
Section Paris 5e
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